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L’un des éléments moteurs de la difficulté à saisir dans sa complexité la réalité politique et sociale marocaine, dans la moyenne durée, consiste en ce rapport conflictuel avec l’histoire événementielle. Le Marocain est habitué à recevoir le message historiographique en de multiples dimensions. Deux phases sont déterminantes dans l’imbroglio qui a perverti, cinq décennies durant, la raison historique nationale.

La première phase est inhérente à cette manie étatique de ramener les faits, tous les faits, à la volonté du prince. Depuis 1956, en effet, rien n’est établi dans ce pays sans que référence obligatoire soit faite à la bonne grâce de l’Exécutif. Et, en fin de compte, le peuple, cette nation supposée souveraine, n’est invoquée que comme destinataire passif des ‘’donations’’ publiques.

La deuxième phase est liée à l’implication, graduelle mais certaine, d’outsiders dans la politique officielle (entendre gouvernementale) à travers leur pénétration, même parcellaire et titubante, des leviers de commande institutionnelle et des principaux rouages étatiques.

Cette implication extravertie a toujours perturbé les compromis possibles (par essence instables) atteints le long des cinq dernières décennies du siècle passé, refondant l’imbrication des intérêts des classes sociales ayant lié statut avec le pouvoir monarchique en consolidation entre 1960 et 1980....