Beach Banquet

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Morceaux choisis

Parfois, alors que je suis endormie, je vois comme des flashs, des faisceaux de lumière qui viennent estomper mon regard. Comme si, en plein sommeil, je rêve tout en ayant l’impression, la sensation, la certitude qu’une partie de moi reste éveillée. Je me vois entrain de rêver. Et, quand je me réveille, je vois les choses autrement.  Au travers de ce mi-rêve, mi-éveil, je constate que mon univers de femme, parmi les femmes, subit des électrochocs, par intermittence mais à cadence régulière, chronométrée à la millionième de seconde près.

LETTRE A

MON HOMME

Le roman est un récit décliné au ton personnel d’une femme qui s’adresse à ‘’son homme’’. Elle lui parle en tant qu’amie, amante, épouse, sœur, peut-être également sa fille. Elle trace face à son regard, atrophié par un aveuglant sexisme, ce qu’il en a fait depuis l’aube des temps, au sortir de l’Eden après avoir croqué la pomme.

 

Ce ‘’sortir de l’Eden’’ est une image bien sûr. Mais en cela, évidemment, ‘’Lettre à mon homme’’ est un condensé chirurgical de la condition de toutes les femmes du monde, quelles que soient leurs religions, leur culture, leur ‘’appartenance’’ matrimoniale…  Elle lui dessine le tableau acronyme qu’il s’est immodérément peint de sa relation avec celle qui lui a donné vie, aimé, mis en orbite triomphante mais qui peut, s’il ne revient pas à la ‘’raison’’, le remettre là où il devrait, il devait être depuis le départ, un simple partenaire de parcours, sans éclat et encore moins d’apparat.

Pourtant, il est dit que ‘’les pays ayant plus d’égalité des sexes ont une meilleure croissance. Les entreprises avec plus de femmes leaders se comportent mieux. Les accords de paix qui incluent les femmes sont plus durables. Les parlements avec plus de femmes adoptent davantage de législation sur des questions sociales clés telles que la santé, l’éducation, la lutte contre la discrimination et la pension alimentaire des enfants. La preuve est claire : l’égalité pour les femmes signifie le progrès pour tous’’[1]. Cela est la seule certitude qui soit une prometteuse certitude.

Je suis l’anti-héros d’une société en mal de croyances. Car, au-delà des croyances, par-dessus les infimes suffisances, je vis au rythme de la lumière qui jaillira, à n’en pas douter, de l’errance faite cavalcade et schisme de et dans l’Humanité arborescente. 

 

Je suis femme et j’ai vu naître l’Univers. Je lui ai donné vie au commencement de la vie. Je suis Humanité sans retors. J’évolue en marge, à la marge, pourtant tout est partie de mon être, avant et au début de tout commencement. Mais, comme au jour de la Création, j’ai dû me faire une raison, celle de voir-faire les choses à l’envers, jamais à l’endroit. Je suis femme et de mon être est sortie toute l’Humanité. Parce que nous ‘’les femmes, nous sommes la moitié du ciel et même un peu plus. Nous entendons être la moitié de tout, pas vos moitiés, la moitié de tout. Et surtout, surtout, être au moins la moitié partout où se prennent les décisions. Le monde qui vient devra s’habituer partout à la présence partout, la présence forte de nos filles, de vos filles’’[2].

Lors de ce réveil, je me surprends scrutant le temps de ma traversée, notre traversée, nous femmes de ce monde, submergées par cette réalité qui baigne notre espace de vie. Par bribes au départ, puis en lots structurés, comme l’est le temps qui enveloppe notre destinée à toutes et dont la mienne est une part indécrochable.

 

Puis je me retourne, je lorgne un peu du coin de l’œil et je vois ce qui a fait notre première estocade, nous femmes de ce monde, celle que l’homme - mon père, mon frère, mon ami, mon compagnon - m’a portée. Je réalise alors que je ne me sens pas pleinement citoyenne. Parfois pas du tout. Les fractures qui hantent mon âme me semblent, sont en fait, injustes et inéquitables, parce que pointant du doigt ma précaire identité féminine. Cette partie de moi, qui me distingue des autres, c’est-à-dire de toi mon homme, dicte ma subsidiarité, dans une société harcelant mon ego de protagoniste de seconde zone. Enfin protagoniste… tant que je n’élève point la voix.

Dans les autres, toi, homme, tu es tout, tu es le tout. Tu es les autres. Et tu t’en vantes à l’égosillement. De ta suffisance je tire ma faiblesse, du moins ce que tu crois être ma faiblesse. Pourtant je sais que je suis plus forte, plus résistante, plus déterminée, toutes choses qu’il - toi, lui, les autres - refuse d’accepter, qu’il ne veut pas accepter, parce que cela l’acculera à reconnaître ma grande résilience. Celle que, depuis l’aube des temps, la société des femmes a érigée en substrat de ton errance dans les couloirs de l’ignorance. Dans l’acte de nier l’évidence. A travers l’obscur entêtement que tu as de croire que la force est physique, dans les organes, les travées et les couloirs de l’arrogance faite abrutissement infini.

Ils en ont dit

Dans les médias

Un jour, une œuvre
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Je suis une femme. Dans mon corps et mon être, bien sûr. Dans mes rêves surtout, bien que je ne les fasse presque plus.

Je suis femme de par mon statut humain, et c’est le plus éreintant. Là où je vis, par là où je passe, trop de brisures m’ont fait prendre conscience de ma fragile et combien délabrée condition.

Je suis une femme et je respire l’amertume de ne pas être prise pour ce que je suis : beauté égaillant la vie, parfum respirant l’ambition et souffle à l’inimitable création. Par-dessus ceci et cela, je suis le cœur palpitant du progrès et de l’émancipation. 

Et, parce que je suis tout cela à la fois, mon compagnon a toujours cherché et voulu briser mes élans frondeurs, se figeant dans ses retranchements sexistes, braillant à tout rompre que d’égalité en tout, entre lui et moi, il ne saurait être un agenda partagé, reconnu et admis comme salvation devant l’Eternel.

Notes :

[1] Ban Ki-Moon, ancien Secrétaire Général de l’ONU.

[2] Christiane Toubira, ex-Garde des Sceaux, ministre de la Justice du 16 mai 2012 au 27 janvier 2016, citée in ‘’Elle’’ le 06 mars 2020.

''Lettre à mon homme''

ORION EDITIONS

Couverture : Nadia Chellaoui

En librairie depuis fin juillet 2020