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Autre chose, mais point de capitalisme…

Dernière mise à jour : 16 juil.

C’est à un drôle retour de l’Histoire que le monde assiste et vit aujourd’hui. Le capitalisme est en douleur, en pure représentation de la tradition théorique marxiste qui a annoncé, il y a pratiquement un siècle de cela, la crise du capitalisme de l’intérieur de ses fondements.



Par Najib BENSBIA - En effet, l’économie de marché est victime de ses propres contradictions : la trop grande et liberticide liberté des prix ainsi que l’anarchie qui régentent les relations marchandes à l’heure de la mondialisation sans éthique. N’était-il pas admis, depuis les années 1920, que le capitalisme enfante de ses interstices les crises qui en affaiblissent la structure et engendrent l’effondrement de la société globale, tant et si bien que, sur les décombres de l’ordre ancien, naît un nouvel ordre. C’est la loi de l’évolution de manière générale, et plus particulièrement dans le monde de l’économie depuis l’aube des temps.


Avec la crise économique et financière actuelle, ce sont toutes les valeurs (en fait les non-valeurs) qui commandent au capital financier qui sont aujourd’hui décriées, voire honnies au plus profond de leur circulation. A l’anarchie des prix et à la loi du seul capital-maître de la décision dans l’absolu, c’est à l’interventionnisme étatique qu’il est fait appel pour sauver le navire du grand naufrage. Or, à voir l’évolution des choses économiques de ces derniers temps, ce navire est en train de sombrer à pas certains et téléguidés. L’heure est aux appels à l’aide. Conséquence flagrante : l’Etat est de retour par la grâce du cri d’alarme lancé par les chantres du capitalisme à tout faire !

Les batailles d’arrière-garde n’y changeront rien, en Europe comme aux USA.Des deux côtés de l’Atlantique en effet, le monde du capital est parti pour plusieurs années d’interventionnisme.

Que les gouvernants veuillent continuer à se croire de droite ou de gauche, ça ne changera rien à rien. Et, ce qui démontre la gravité de la situation, la crise actuelle ne signe pas seulement la débâcle capitaliste, elle la codifie pour l’éternité. Ne sait-on pas, ou l’a-t-on oublié, que les crises du capital sont répétitives depuis 1973 : quadruplement du prix du pétrole, bulles d’internet et de l’immobilier, crises à répétition partout dans le monde, etc. Et le COVID-19 n’a fait que faire voir les choses de manière ahurissante ! Comme qui dirait que cette pandémie fait émerger le coin pourri du l »iceberg-capital mondial, mondialisé.

Il est loisible à tout un chacun, aussi inexpert soit-il, de comprendre les tenants et aboutissants de la crise économique et financière généralisée qui s’opère au sein de l’économie capitaliste. Encore faut-il replacer cela dans le contexte historico-dialectique qui la fonde.


Il s’agit, comme l’explique avec pédagogie et perspicacité Immanuel Wallerstein, l’inspirateur de l’altermondialisme : ‘’Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la « longue durée », qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et, à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase ‘’B’’ d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase ‘’A’’, qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste’’.


Dans une phase ‘’A’’, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre. Dans la phase ‘’B’’, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes ainsi dans la dernière partie de cette phase, le déclin virtuel devenant réel, et les bulles explosant les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente jusqu’à atteindre le seuil de l’intolérable, le chômage progresse et l’économie connaît une situation de déflation réelle.

’Quand un système biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre et l’on assiste alors à une bifurcation’’

Pour périphraser encore Wallerstein, on conclura que nous vivons un cycle conjoncturel qui coïncide, et par conséquent l’aggrave, avec une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale (du moins telle qu’elle est façonnée actuellement) du capitaliste mondial. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à « faire système », car, ‘’quand un système biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre et l’on assiste alors à une bifurcation’’ qui le mène vers une autre configuration, qui n’est plus celle qui a fait son essence mais qui n’est pas encore accomplie pour fonder un autre système.


Nous en sommes là et, ce qui est certain, le capitalisme classique est en fin de parcours.