Formes biologiques sauvages

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Ce n'est pas grave ...


J’ai enfin compris pourquoi notre pays est si stable : c’est grâce à la loi de la relativité. Oui, oui, celle qui a été développée par le génie Einstein, vous savez, ce mec qui tire la langue pour narguer les nuls et les incrédules.

Par Mohamed Laâroussi


Je vais essayer de vous la rappeler d’une manière très grossière, d’abord parce que ça serait un peu long, et surtout parce que je ne la maitrise pas du tout.


En gros, il y aurait deux théories de la relativité desquelles découleraient deux conclusions révolutionnaires, valables en tout temps et en tout lieu. Justement, la première démontre que l’espace et le temps sont liés. Et la seconde est que les deux sont relatifs, autrement dit aussi bien l’espace que le temps ne sont pas absolus et peuvent être déformés. Ce n’est pas pour faire mon savant, mais c’est juste pour vous expliquer en quoi nous, citoyens et citoyennes de ce bled, avons bien assimilé ces théories jusqu’à en faire une philosophie de la vie.


Vous pensez bien que le titre que j’ai choisi pour la présente chronique n’est pas fortuit et qu’il a forcément un rapport avec tout mon baratin pseudo-scientifique et frimeur. J’ai hésité avec un autre : ça ira mieux demain.


En fait, je suis impressionné par la capacité supranaturelle, voire surhumaine qu’ont les Marocaines et les Marocains à résister aux coups de la vie. J’aurais pu écrire « au(x) coût(s) de la vie », mais ça aurait été trop réducteur.


Il est vrai que pour une majorité de ménages et de foyers, la vie est devenue tellement chère que je me demande parfois comment font tous ces gens qui ne sont pas riches. Il paraît que même certains riches commencent à avoir des fins de mois difficiles et à se serrer la ceinture.

En tout cas, j’imagine parfaitement qu’avec l’envolée du prix du carburant, les déplacements en jets privés et les sorties en yacht – c’est juste des exemples pris au hasard – ça doit coûter aujourd’hui bonbon. Mais, bon, laissons les nababs tranquilles, et parlons plutôt de gens normaux comme vous et moi, c’est-à-dire ceux et celles qui ont de plus en plus peur de rentrer dans une station d’essence – c’est juste un exemple aussi – de crainte de se faire détrousser par le pompiste qui, lui-même, devient traumatisé par le tournis ravageur des compteurs de ses distributeurs.


Tout cela ne rime plus à rien. Les prix de l’essence sans plomb et du diesel ont pratiquement doublé en quelques semaines, et pourtant, ça continue de tourner comme si de rien n’était. La loi de la relativité ! Bien sûr, certains protestent, d’autres râlent, il y en a même qui gueulent un peu, mais juste entre eux, histoire d’avoir bonne conscience, mais tous, y compris moi, finissent par racler les fonds de poche et de tiroir pour casquer ce qu’on leur demande de casquer. Payer ou rester immobilisé(e), on n’a plus le choix. Comme dirait l’autre : Ti bouge pas, Ti bouffe pas.


A ce propos, je n’ai pas bien compris la logique de la subvention que l’État a accordée aux « professionnels » pour, soi-disant, les aider à affronter les augmentations répétitives du prix du carburant.


Je ne suis pas contre le principe de cette aide, bien au contraire, mais ce que je ne comprends pas c’est pourquoi elle a été limitée aux seuls « professionnels » (taxis, autocaristes, transporteurs routiers etc.).


Oui, j’ai bien compris que le carburant est essentiel pour le métier de ces « professionnels », mais, si on regarde de plus près, ils ne sont pas les seuls. A l’exception de quelques flambeurs qui passent le plus clair de leur temps à exposer leurs richesses et à faire des parades avec leurs grosses bagnoles qu’ils font tourner en rond pour faire tourner la tête des minettes, la plupart des automobilistes, et encore plus les motocyclistes, n’utilisent essentiellement leurs véhicules que pour aller à leur boulot. Donc, ne sont-ils pas aussi des « professionnels » et ne méritent-ils pas, eux aussi, une aide, comme les autres ?


Ah ! J’avais oublié : nous, les citoyens normaux et citoyennes normales, ne sommes pas organisé(e)s en centrales syndicales ou autres organisations corporatives, et par conséquent, nous ne pourrons jamais constituer une force capable un jour, si ça lui chante, de faire, par exemple, une grève, ne serait-ce que de zèle, de geler la circulation, et de bloquer ainsi le passage et le transport des biens et des services.


Quel bras d’honneur ce serait à ces « transporteurs professionnels » qui, tout en profitant des subventions puisées de nos propres deniers publics, nous minent la vie en nous menaçant à chaque fois de « tout arrêter ». D’ailleurs, c’est ce qu’ils viennent de faire récemment, en précisant toutefois qu’ils ne comptent le faire « qu’après l’aïd ».

Parce que, voyez-vous, c’est pendant la période de l’aïd qu’ils ont le plus de labeur et qu’ils font le plus leur beurre. D’autant plus que quel que soit le coût de ce aïd pour nous les gens « normaux », nous y fonçons comme des moutons.


Et la loi de la relativité dans tout ça ? Si vous ne l’avez pas compris, je n’y peux rien pour vous. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis de plus en plus persuadé que nous sommes dès incorrigibles fatalistes et des éternels optimistes. Ceci expliquant peut-être cela.


Ce n’est pas grave… ça ira mieux demain … En attendant je vous dis à la semaine prochaine.