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Chambre des Représentants : Qui cherche à venir à la rescousse des islamistes ?

Dernière mise à jour : 14 juil.

La pratique politique marocaine est originale, voire extravagante, pour ne pas dire sidérale. L’observateur politique n’a même pas à chercher l’information rocambolesque la concernant, elle vient vers lui pour mieux désarçonner son entendement.



Par Najib BENSBIA I FOCUS


En suivant, de loin bien entendu, les travaux parlementaires relatifs à la discussion du règlement intérieur de la Chambre des Représentants, l’observateur politique, national ou étranger par ailleurs, ne peut qu’être floué en lisant une périphrase telle que celle-ci : Une proposition d’amendement de ce règlement tendrait à ramener le nombre des députés nécessaires à la constitution d’un groupe parlementaire de 20 députés à moins de 13. Pourquoi cet amendement et ce chiffre ? Tout simplement pour permettre au Parti Justice et Développement (PJD) d’avoir son groupe parlementaire, les 13 députés dont il dispose à la Chambre basse le clouant dans l’incapacité de se constituer en groupe parlementaire.


A travers cet amendement, et on ne sait pour quelle vertu inavouée, le (ou les) parti(s) qui ont proposé une telle ‘’trouvaille’’ chercheraient, de toute évidence, à ménager le confort parlementaire du PJD, cette formation qui n’a pas hésité, entre 2011 et 2021, à malmener l’opposition pour la rendre quantité négligeable. Ce même PJD qui, pas plus loin que 2015, a tout fait pour que le quotient électoral ne descende en-dessous du seuil de 6%, alors que les petits partis, notamment le PPS - pour ne citer que notre parti ante-communiste - voulaient le ramener à 3% seulement ! Le discours d’alors du parti islamiste autant que sa verve sentaient le gargarisme de ‘’grand parti’’ pantouflard, à l’arrogance sans limite et au ton moralisateur/condescendant. Pourquoi voudrait-on donc ménager une force conservatrice qui regarde le devenir du pays en mode rétroviseur et non en hauteur-avant ?


D’ailleurs, cette proposition est d’autant malsaine lorsqu’on la lit à l’aune de ce qu’en dit un média national pro-gouvernemental(*). En effet, en traitant de cette question, ce média écrit, noir sur blanc, que vu que « le nombre de députés nécessaires pour former un groupe parlementaire (est) fixé actuellement à 20 députés, (une) proposition est prévue afin de réduire ce nombre de manière à permettre aux députés du Parti de la justice et du développement (PJD), qui a actuellement treize députés, d’avoir le statut de groupe parlementaire. Le même média ne peut, de ce fait, s'empêcher de faire le commentaire suivant : ’’Une proposition qui a une connotation politique et qui devra être portée par les députés d’une formation autre que le PJD, afin de lui éviter un quelconque embarras politique’’ ».


Bein voyons ! « Pour lui éviter (au PJD) un quelconque embarras politique » ! Le pauvre. Le grand parti des islamistes, harangueurs du peuple, sont réduits à être ‘’défendus’’ par d’autres partis, plus petits que lui en toute apparence, histoire de lui éviter ‘’la honte’’. C’est du moins comme cela que le sens commun pourrait-devrait le comprendre. Car, au final, si le politique national s’exerce en bonne logique praticienne, ce genre de raisonnement ne devrait pas avoir un droit de cité. Ce qui a prévalu pour les autres formations politiques pendant les exercices parlementaires précédents devrait s’imposer aux partis de l’actuelle législature, aussi islamistes pourraient-ils être.


A lire et constater de telles turpitudes, la mémoire politique nationale semble bien pauvre, à la vue très très très courte et à la morale bien fluctuante. Car, pourquoi amender un article du règlement intérieur de la Chambre des Représentant pour la simple raison de permettre à un parti, proie hilarante à la folie des grandeurs, d’avoir un groupe parlementaire ? Car, si le citoyen électeur a concentré le PJD en la portion congrue qu’il est désormais, c’est bel et bien pour lui signifier tout le mal qu’il a fait à ce pays dix ans durant (2011-2021).


Ce qui est terrifiant - sans exagération aucune – dans cette affaire, c’est le fait de savoir que la Commission technique, chargée d’élaborer le nouveau règlement intérieur de la Chambre des Représentants, n’a pas cru de bon temps/ton de faire une telle proposition quémandant de sauver le meubles PJD. Dans l’esprit des membres de ladite commission, il devait être de bon ordre que le nombre exigé pour constituer un groupe parlementaire restât dans ce chiffre explicite de 20 députés.


A quoi donc rime une telle proposition et qui sont le ou les parti(s) qui la porte(nt) ? Car, à n’en pas douter, cette initiative fausse le jeu démocratique, introduit de manière insidieuse le deux poids deux mesures dans une enceinte (le parlement) censée être le lieu magistral de l’exercice averti de la démocratie. Et, en ce sens, ce qui était valable avant cette législature pour l’ensemble des partis représentés au parlement, devrait le rester aujourd’hui. Sinon, on n’aura plus alors qu’à ‘’composer’' avec toutes les arithmétiques qui viendraient par la suite colorier d’autres mandats.


Ceci est non seulement inadmissible. Cela serait tout simplement ‘’hérétique’’. Suivez notre regard !


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(*) Le Matin du Sahara sur son site matin.ma du 13 juillet 2022.