Formes biologiques sauvages

FOCUS
L 'info autrement...

Chapeau bas, Sir Poutine !

Dernière mise à jour : 16 juil.


Il est évident que l’on ne puisse accepter qu’un Etat disposant d’une grande puissance de feu envahisse un autre Etat, pour quelque raison que ce soit. Sinon, on reviendrait à ce siècle colonial où les pays à forts biceps décidaient d’aller s’installer dans d’autres contrées. Poutine a tort de faire la guerre à l’Ukraine et il ne peut continuer à gouverner ‘’son’’ peuple par la répression et l’embrigadement des libertés. Cela étant, pourquoi les USA et l’Union Européenne s’unissent contre un seul pays, la Russie en l’occurrence en dehors du système des Nations Unies ? La réponse est simple : Poutine leur fait peur, parce qu’ils n’en cernent ni la personnalité ni les vrais enjeux qui l'animent.



Par Najib BENSBIA I Mis à jour le 14 mars 2022


Le 25 janvier, presqu’un mois avant l’invasion russe des territoires ukrainiens, l’OBS a publié un article alarmiste, voire provocateur, qui supposait que si l’Ukraine tombe entre les mains de la Russie, c’en est finit de l’équilibre mondiale et, ipso facto, de la paix internationale. Quelle est l’économie de ce texte ? Pourquoi ce tollé qui confine à la menace ?


En parcourant l’OBS (le site) ce mardi 25 janvier, j’ai été complétement ébahi face à un article, dont l’auteur a trouvé tout bonnement allant de soi de titrer - sans aucune espèce de réserve d’usage : des guillemets ou, pourquoi pas, des parenthèses, voire même un point d’interrogation - son brulot sur l’affrontement russo-européen devant la porte d’entrée de Kiev en ces mots syntaxiques lourds de conséquence : « Pourquoi le sort de la planète se joue en Ukraine ». Plus qu’une sentence, j’ai trouvé qu’il s’agit là d’une affirmation bien assumée de journaliste, flanquée d’une flambée terminologique sonnant comme un leitmotiv du temps de la guerre froide.


Cette narcissique tirade m’a fait rappeler au malheureux souvenir de la non moins triste et catastrophique décision de Saddam Hussein d’envahir le Koweït, ce qui a entrainé la destruction de l’Irak, l’assassinat ''solennel'' pur et simple de l’ex-Président iraquien par les Busch (père et fils) et la mise au pas de tout le monde arabe par l’Occident au triomphe arrogant.


Pourquoi diable ce journaliste de l’OBS, et donc le Comité de sa Rédaction, croient-ils que si Kiev tombe aux mains des Russes, la planète terre, et rien que ça, succomberait? Tout en titrant ainsi, et réalisant que cette emphase est un trop gros poisson à avaler en toute nature, le journaliste a essayé plus ou moins d’expliciter son titre par une tirade qui lui vient en appui et avançant ceci : ’’Si Kiev revient dans la sphère d’influence russe, les Etats-Unis perdront leur crédibilité, ce qui déstabilisera profondément l’Europe et pourrait convaincre la Chine d’attaquer Taïwan’’.


Bon, là, le journaliste est moins catégorique et il s’emploiera à ‘’justifier’’ son titre par moult explications/supputations/conséquences/extrapolations... Mais cela est en soi sans importance. Par contre, ce qui l’est, c’est le pourquoi de cet intérêt unidimensionnel de toute l’Europe et toute l’Amérique pour un simple exercice de biceps, au moment où notre Univers pilule de tellement de problèmes sérieux que notre survie, en tant qu’Humains, est réellement mise en équation.


Bien sûr, cela dit en passant, le coup d’Etat militaire survenu lundi 24 janvier, qui a déconstruit le timide processus démocratique au Burkina Faso, est un fait epsilon qui n’effleurera même pas le souffle gargarisant de l’Occident, trop occupé à sauver Kiev du méchant Poutine, ce spectre réactivé du bolchevisme d’antan et que l’Europe, chavirant entre le national-chauvinisme et le racisme primaire, craint comme étant l’annonce de la fin du ‘’monde démocratique’’ (bein voyons !).


Tout en lisant ‘’l’argumentaire’’ du journaliste ayant commis cette perle matinale, je me suis interrogé sur cet attentisme américano-européen, qui rompt radicalement avec ce qui s’est passé, il y a moins de 17 ans de cela, lorsque, en un tour de passe-passe, les USA ont dévissé l’esprit de paix onusien et , aidé de la Grande Bretagne, ont entrainé tout le Conseil de sécurité de l’ONU dans une guerre totale qui a fini par détruire complétement l’Irak et renvoyer toute une civilisation/culture plus que millénaire un siècle en arrière.

Pourquoi toutes ces précautions, somme toute inutiles, face à un adversaire (la Russie) qui, en bonne logique arithmétique, ne pèse pas lourd face aux Etats Unis et à l’OTAN ? Pourquoi nous rabâcher les oreilles avec une guéguerre sémiologique, alors que l’affaire et simple : renvoyer l’armada russe amassée aux frontières ukrainiennes sans ménagement, comme ce fut le cas pour l’Irak au Koweït ? Pourquoi et pourquoi…


Je ne sais pas s’il y a vraiment une réponse logique à toutes ces interrogations. Mais une chose est quasi-sûre : Il existe une peur réelle dans le regard européen face au mystère-Poutine, positif en quelque sorte, surtout en ces temps de tant d’incertitudes.


Même un journal sérieux comme ''Le monde'' voit en cette affaire une menace contre toute l’Europe. C’est ainsi que dans son édition du mardi 26 janvier, un article à la Une estime qu’au-delà de l’Ukraine, et ‘’après un flottement, les pays occidentaux ont pris conscience de l’impératif d’unité face à une Russie qui menace désormais tout l’équilibre européen’. Et, ce qui me conforte, c’est que l’éditorialiste auteure dudit article fait la même parabole (24 heure après cette chronique), mais pour une autre visée plutôt contradictoire de la mienne, avec ce qui s’est passé en 2003 lors de l’affaire Irak-Koweït.


Dans cet Univers de mensonges multiforme en effet, soumis à la manipulation, à la tentation totalitaire, à la remise en cause des libertés individuelles et collectives…, un Etat (la Russie de Poutine) voit clair dans le jeu de dupes occidentalo-américain à l’égard du monde. Et, à sa manière, il le leur fait savoir dans le style où il excelle, les yeux dans yeux : la provocation !


En tirant cette conclusion personnelle, subjective, peut-être même revancharde, il va de soi que, de ma petite place bien modeste, je ne partage ni la façon dont le Président russe gouverne son pays au plan intérieur, ni sa politique franchement anti-droits humains. Il n’est même pas dans mon intention cachée d’applaudir au chantage qu’il exerce à l’endroit de Kiev, sachant que je suis en simple extra-time les divagations de ces gens de la grande et combien édifiante stratégie planétaire.


Certes, en envahissant l'Ukraine quelques semaines après, Vladimir Poutine a mis à exécution ses menaces répétées. Mais ce n'est pas tant l'agression contre l'Ukraine qui est en soit un acte déstabilisateur à l'échelle de la planète. C'est plutôt le défi lancé par la Russie de Poutine qui harcèle l'ego occidental. Et cela rabat toutes les cartes de la géostratégie mondiale. En arrivant aux portes de l'Europe (à proximité des pays de l'Est aujourd'hui membres de l'UE) et en brandissant le spectre nucléaire, c'est tout l'équilibre sur lequel repose le monde qui s'en trouve effarouché. Ce n'est pas que le ''monde démocratique'' soit aux abois, mais parce que ce que l'on prenait pour un bluff d'un joueur d'échecs est devenu la réalité d'un jeu de dominos dont ce monde n'avait aucune nuance.


Et là, face aux USA, à l’Union Européenne et à toute l’OTAN, je suis obligé de me l’avouer : Chapeau bas Sir Poutine !


Bien sûr, à ce jeu des extrêmes, le Président russe pourrait être le grand perdant. Mais là est une autre affaire...