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Crise sociétale : Les risques Majeurs d’implosion

La pandémie du coronavirus, sous l’impact de l’urgence sanitaire et du confinement qu’elle a engendré, a amplifié la crise structurelle dont souffre la jeunesse marocaine. Ce temps coronarien nous rappelle lourdement à la difficulté matricielle d’un large pan de la société, peut-être le plus emblématique, à s’intégrer dans la société globale et qui reste à la marge de la dynamique de développement humain durable auquel prétend le Maroc en devenir interpellatif.



Par Najib BENSBIA


Pour autant, il est fort dommageable de faire ici le constat de la pauvreté académique dans ce secteur, malgré le foisonnement des écrits mais qui restent l’état descriptif. Ce secteur est pourtant considéré, de manière laconique par ailleurs, comme en triple frontières critiques : identitaire, socio-économique et politique.


Par une ironique et imprévue actualité, il s’est avéré que cette pandémie, qui a ébranlé toutes les certitudes de l’être humain, a permis, de façon anachronique, d’engager une large et profonde réflexion sur le vécu communautaire, dont le plus emblématique est l’inconséquence des actes anti-planète que nous n’avons eu de cesse de fomenter contre toutes les ressources de la vie.


Par effet circonstanciel, la recherche sur le devenir humain a explosé, se triturant les méninges pour s’informer, digérer les données cumulées, les confronter au terreau de la faisabilité avant de les soumettre au moule de la prospective. Tout cela pour permettre aux gouvernants, de quelque centre de décision où ils agissent, de prendre la bonne décision, celle d’un avenir proche défalqué de tous les modules d’analyse connus jusqu’ici, l’objectif central étant de fouiller dans l’insondable, avec l’espoir de déclencher une nouvelle dynamique à décliner autrement qu’à travers les schèmes qui ont conduit l’Humanité à l’inénarrable impasse plurielle (sanitaire, vivrière, comportementale et relationnelle) actuelle. Non seulement en déni intégral de la gestion ingrate du quotidien, mais surtout pour affronter, dans le moyen et le long terme, la vie et le bien-être humain avec anticipation et circonspection. Par-delà ce parchemin qui se dessine imperceptiblement, un seul souci éclaire la voie : sans visibilité de longue portée, il n’y a point de gouvernance.

Dans ce contexte, il apparait que le Maroc regorge tout autant d’ambitions ternies que de déceptions décapantes. En effet, que de fois nous exclamons-nous, blasés de tant d’infortune : Naître au Maroc et fuir ! Belle tirade qui n’a d’égale que la sensation terrible du désespoir qui s’en dégage. Naître au Maroc est destinée. En fuir est un choix, généralement volontaire, mais surtout imposé par la réalité têtue d’une mal-existence.

Le Marocain serait un homme triste. Dans sa vie. Dans ses soirées. Dans ses ambitions et ses réticences. Pourtant, en façade, tout le monde donne du sourire comme on distribue les ‘’salamaleks’’. Derrière chaque sourire se profile, pourtant, une intense crispation dictée, imposée par les choses de la vie passée, endurée et celle en cours, dans ce terroir à la nature généreuse mais aux dures réalités de la subsistance.


Pourquoi alors ? D’où vient ce désir, plutôt cette ferme intention de partir ailleurs, alors même que l’instinct milite plutôt pour ‘’supporter’’ l’ingratitude qui se dégage des actes de l’Etat, de son style de fonctionnement et de l’accointance dépersonnalisée entre l’autorité et la déliquescence de mœurs publiques ? Ce phénomène est d’autant plus gênant que les relations sociales n’ont jamais été autant libérées des contraintes administratives aux apparences plus que manifestes par le passé !


La réponse, les réponses sont nombreuses et dépendent de la nature de chaque désir qui dicte cette volonté de partir ailleurs, vers d’autres cieux supposés plus accueillants, ou du moins plus aptes à répondre à une certaine vision de la vie humaine. Car, ne croit-on pas que là où l’être humain est valorisé en soi, dans ce qui fait le propre de son être, il ne peut être que bon d’y vivre ! C’est ce sentiment, que l’on dénie à la réalité du fait social et public marocain, qui expliquerait, sans les justifier cependant, ces exils volontaires, avec leurs lots de misères, de malheurs, de décrépitudes et de mort…!


Cycliquement, on se plaint de la «fuite des cerveaux». On se gargarise de tirades sur les raisons qui sous-tendent ce phénomène. Hélas, les leçons à tirer restent au seuil de vœux aussi pieux que ce chagrin d’amour vite oublié à la première rencontre, à la première embrassade. Pourtant, le Maroc saigne sérieusement face à ce qui fait son dégrèvement à l’infini.


Le Marocain, surtout quand il est jeune et se perd dans l’horizon flou qui harcèle sa vision, est aujourd’hui en difficultés (elles sont nombreuses et pluriformes) de vivre. Parce que son pays lui dénie la clairvoyance du citoyen accompli. Ce jeune marocain est en bute à tous les questionnements du monde, surtout quand de l’éducation il a raflé des diplômes qui ne lui servent qu’à mieux faire dégouliner sa hargne. En effet, alors que durant les années soixante, soixante-dix et même début quatre-vingt du 20è siècle, le diplôme faisait le statut et l’individu, aujourd’hui, un diplômé est un candidat affirmé à l’abandon, au stress et, plus encore, un fardeau bien inconvenant. Ce diplômé non accompli est le premier quêteur de départ, même vers l’inconnu.


Le cadre, ce citoyen au statut social plus ou moins intégré au tissu productif national, vit une gêne qu’il n’arrive pas à identifier. Dans l’Etat, au sein de l’entreprise privée, dans la rue. Il est comme titubant au seuil d’un advenir essoufflé. Ce cadre sait, parce qu’il en a une conscience aiguë, que son pays exige de lui abnégation et responsabilité. Mais il sait aussi que sa productivité, son rendement, sa participation au bien-être collectif sont hypertrophiques, routiniers et non satisfaisants. Mais il se complait dans ce strict minimum par le fait que les ‘’responsables’’ s’en foutent comme de leurs petites phalanges. L’indifférence courtise ainsi la désinvolture passive, presque allant de soi, parce qu’il ne peut en être autrement dans un pays où les comptes ne sont rendus qu’accessoirement, comme par alibi de bonne inconscience… !


Les intelligences, ces cerveaux bien faits plus que bien remplis, sont plus pressées de repasser les frontières nationales plus vite que ne s’est effectué le temps de leurs services au profit du pays et de la nation. Ce n’est pas parce qu’ils seraient moins payées (ce qui est l’évidence même), mais parce qu’elles perdent leur acuité au contact de la médiocrité faite décisions hasardeuses et convictions larvées. Ces intelligences, qui ornent les fleurons scientifiques, industriels et financiers occidentaux ou américains, sont déjà inscrits au registre des naturalisés et font le nid de l’espérance capitaliste internationale. Elles sont, certes, natives de ce bon pays qui est le nôtre. Mais de ce pays elles ne gardent que le souvenir du temps perdu à fuir la bêtise, l’entêtement administratif accapareur et la hantise du lendemain qui se démène lentement à faire perdre la raison.


Vient enfin le commun des Marocains, ces gens qui n’ont ni instruction poussée ni intelligence remarquable, et encore moins des diplômes à ne savoir quoi en faire. Ce commun des Marocains défie quotidiennement la mort pour aller périr ailleurs, sur les baies désemplies de ce terroir national qui a fait l’absurdité de sa vie, dans sa vie. Ils sont légion, ce commun des Marocains, et se recrutent à travers tout le Royaume. Ils ont pour nom désespoir et déification de l’Ailleurs, cet Occident qui pourrait amortir leur soif de vivre autrement, peut-être pas mieux mais autrement. Ils gonflent le peloton de l’errance faite recherche d’un destin forcé, dans l’instinct triomphateur de la mort programmée qui épie leur destinée. Ces communs de Marocains sont des têtes meurtries par le temps qui a forcé leur inutilité jusqu’à vomir leurs attentes.


Et puis il y a cet individu qui peut être moi, toi ou tout un chacun de nous qui, dans l’inconscience de notre existence, nous nous découvrons entrain de penser à l’Autre, ce monde dit développé où il fait humain de vivre. Alors, dans un moment de déperdition somatique, nous rêvons avoir pris pied sur la terre promise. Une terre éclairée par la valeur travail, par le respect d’autrui et l’aptitude à faire mieux et plus que jamais.

Nous nous interrogeons, le temps d’un retour sur soi, sur le pourquoi de cette errance épistolaire. Nous nous rendons compte, en ces tristes moments d’absence bien volontaire, que s’il fait bon vivre au Maroc, c’est parce que nous n’avons que le choix d’aller ailleurs. Cet ailleurs qui est là. Omniprésent. Attentif à notre obsolescence. Dans l’infini émiettement de nos convictions jadis porteuses de l’espoir fait nation souveraine.

Il ne faut pas s’y tromper, le Maroc est parmi les pays dits émergents qui risquent le plus aujourd’hui, par-delà la logique du Printemps arabe, de vivre l’impact d’une explosion sociale chrono-datée. Car, par-delà les apparences, qui sont le plus souvent, irrésistiblement et fatalement trompeuses, nous sommes tous assis sur un volcan dont la cavité pourrait sauter, sans avertir, sous la pression de nombreux facteurs dont la jeunesse est l’un des plus déstabilisateurs. En effet, les jeunes au Maroc constituent la tranche la plus v