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Discours islamiste, pluralité linguistique et diversité culturelle au Maroc - Partie II

La recherche universitaire et scientifique sur la diversité culturelle, linguistique et politique au Maroc constitue un terrain d’investigation pluriel, pluridisciplinaire et riche en antagonismes à la fois entre les modèles de pensées, les approches et la sémantique qui en étayent la dynamique. C’est cette variété et cette approche contradictoire qui font sa véritable essence critique. FOCUS publie ici, la deuxième partie de l’un de ces modèles d’analyse sur la langue, le discours et l’une l’autre alors qu’au fond, ces phénomènes se nourrissent les uns des autres pour constituer ce que l’on appelle l’identité nationale marocaine.



Partie II (*)

Outputs viables de la pluralité linguistique et de la diversité culturelle au Maroc


Par Saïd Bennis I Université Mohammed V, Rabat, in ACADEMIA


A cet effet, il s’agit de débattre des hypothèses et des scénarios viables de la posture de la pluralité linguistique et de la diversité culturelle telles qu’elles sont circonscrites dans la nouvelle constitution et notamment la configuration de la politique culturelle future et les stratégies d’aménagement du plurilinguisme dans le cadre de la régionalisation. Selon les prédispositions de la nouvelle constitution (Cf. Corpus de référence : Constitution 2011« Préambule : Paragraphe 3 : Paragraphe 6, 8è engagement. Titre I. Dispositions Générales. Article Premier. Paragraphe 2 et Article 5.), la pluralité linguistique et la diversité culturelle sont à envisager à trois niveaux différents :


- Officiel (représentativité internationale : dualité arabe et amazigh),

- National (territoire marocain : amazighe marocain et arabe marocain)

- Régional (Territoire local : jebli, hassane, tarifit, 3roubi, tachelhite, tamazighte, mdini, 3ribi), et

- Universel (langues étrangères : français, anglais, espagnol, italien, hollandais, …).


Ces nouvelles dispositions portent le Maroc au rang de pays officiellement bilingues et constitutionnellement plurilingues. Il passe d’un pays monolingue à langue et identité arabe à un pays bilingue à identité métisse (Cf. Amselle, 1999). La langue du pays ne dépendra plus, dorénavant, d’une langue ou d’un groupe spécifique mais plutôt de ceux qui vivent sur son territoire. A cet égard, un bon nombre de questionnements peuvent être évoqués :


- Dans quelles mesures les dispositions constitutionnelles et institutionnelles actuelles permettent – elles de couvrir et de satisfaire les composantes du marché linguistique et culturel marocain et de faire prévaloir les orientations stratégiques du pays ?

- Comment les acteurs islamistes (pouvoirs publiques, société civile et acteurs politiques) conçoivent-ils la langue maternelle et la culture locale dépendamment des questions d’équité sociale et de démocratie politique ?


Il y a lieu de postuler qu’il y a complémentarité entre aménagement des langues et politique linguistique, autrement les aménagements linguistiques élaborés dans le futur seront l’expression sur terrain de la politique linguistique de l’Etat instituée dans la constitution de2011 à travers la création du Conseil National des Langues et de la Culture Marocaine contenue dans l’Article 5 mentionné dans les Dispositions Générales de la constitution de2011.

S’agit-il d’asseoir les bases d’une politique de restructuration du paysage linguistique et culturel marocain ? ou d’entamer les aménagements linguistiques et culturels viables pour mettre en pratique les différentes orientations induises par la nouvelle constitution ?La stabilité du plurilinguisme et du multiculturalisme ne dépend pas seulement des langues et des cultures en présence mais aussi de la volonté politique des acteurs aux pouvoirs (en l’occurrence les Islamistes) et de facteurs non structuraux comme les moyens économiques et les ressources financières dont dispose l’Etat pour concrétiser la pluralité. Il s’avère, alors, essentiel de proposer de nouvelles visions plus ouvertes et dynamiques pour dépasser la conception monolithique des langues et des cultures qui empêche le citoyen, les acteurs institutionnels, les différentes organisations de la société civile d’être traversés par d’autres cultures ou d’autres identités (Cf. Benoist, 1995). Il s’agit aussi d’impliquer les régions et les

Collectivités locales à supporter le droit durable au développement de l’identité spécifique, des cultures et des langues du territoire, et d’enseigner dans les langues maternelles pour faciliter l’accès à la compréhension des concepts et à l’accomplissement affectif et intellectuel des futures générations. A cet égard, deux questionnements peuvent être évoqués :


• Comment approfondir le débat et le dialogue sur la nouvelle génération des droits linguistiques et culturels, à la lumière des dispositions contenues dans la constitution de 2011, des référentiels nationaux et des conventions internationales ?

• Quelles sont les stratégies à aménager pour promouvoir la pluralité linguistique et la diversité culturelle, compte tenu que le pluralisme est une source de richesse culturelle et économique et une garantie de la paix sociale et du vivre ensemble ?


Il apparaît urgent de rattacher - dans la perspective des politiques publiques nationales- le paradigme de la diversité au Maroc à celui de la citoyenneté et de la participation en corrélation avec le territoire, l’histoire, la culture, la langue et les droits linguistiques et culturels. Il s’agit de transiter de la dialectique de la reconnaissance à celle de l’équité et de la justice. A cet égard, la reconnaissance de la diversité ne constitue pas seulement un cadre pour mieux faire valoir l’unité de l’identité et de l’appartenance mais aussi un arsenal pour mettre en relief l’impératif de l’équité culturelle, de la justice linguistique et de la revitalisation des langues et des cultures (Cf. Boukous 2012).


Plusieurs trajectoires peuvent être invoquées à ce sujet, on peut retenir pour le cas marocain, la trajectoire territorialiste qui consiste à rattacher la diversité et la pluralité au découpage territoriale prévu dans le cadre de la régionalisation avancée. La territorialité linguistique (Cf. Laghaout, 1995) contribuera à tracer les contours de la région sur des bases culturelles et permettant de désamorcer les tensions identitaires (cas du rif et des provinces du sud). Une telle conception conduira à passer des 12 régions de la régionalisation avancée à 7 régions culturelles que sont la région jebli, rifi, aroubi, tamazighte, Aribi, Tachelhite, Hassane (Cf.Bennis, 2014).


En outre, les attitudes et les représentations (Cf. Maurer, 1998) à l’égard des variétés régionales se sont orientées vers une visée fonctionnelle du rôle et de la place de ces types de variétés linguistiques dans les sociétés en question. La visée fonctionnelle présuppose de redorer le blason des langues maternelles qui devront dorénavant remplir le rôle de langue standard, moderne, de communication nationale et internationale, de langue des lettres, de langue des sciences, autrement passer de l’oralité identitaire à l’écrit fonctionnel. Pour revisiter le concept de langue maternelle dans le contexte de la mondialisation et le placer dans une perspective locale, il faut saisir la langue maternelle en tant que sphère englobant différentes attributions telles : l’identité, l’identification (cf. Bennis, 2011), la spécificité linguistique, l’originalité culturelle, les droits linguistiques et culturels, la minorisation, etc.

Lire la Partie I : Discours islamiste, pluralité linguistique et diversité culturelle au Maroc

De ce point de vue, la gestion de la diversité culturelle et de la pluralité linguistique sera abordée en rapport avec la modernité, la démocratie et l’universalisme afin de créer un écosystème culturel au sein duquel toutes les variétés linguistiques régionales et les expressions culturelles locales seront préservées, protégées, promues et conservées. Aussi se baser sur le concept de diversité culturelle et de pluralité linguistique peut –il être retenu comme entrée pour le développement démocratique notamment en le connectant à la nouvelle référence aux termes de l5article  et au3 t>ches du Haut Conseil des langues et de la culture marocaine génération des droits culturels et linguistiques dans leur dimension humaine et citoyenne (Cf.Alami, 2014). La bonne gouvernance des composants culturel et linguistique permettra de créer un nouvel espace dans la région du Grand Maghreb, espace qu’on peut désigner comme un espace post-multiculturel et plurilingue (Cf. Dakhlia, 2004)


Conclusion : Les représentations et les attitudes à l’égard des langues et des spécificités culturelles locales ont été longuement confinées à la revendication des droits linguistiques et identitaires. La standardisation et l’institutionnalisation de ces langues, la reconnaissance des spécificités culturelles, la réhabilitation des civilisations et le renforcement des identités qu’elles véhiculent