Formes biologiques sauvages

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Donner un peu, pour calmer un peu



Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit sur le combat, la révolution, la lutte des classes etc. Pourtant, qu’est-ce que j’ai mis comme coups de plume à tous ces patrons véreux, ces exploiteurs de l’homme et de la femme aussi, ces « sales capitalistes », comme on les appelait du temps du drapeau rouge, du marteau et de la faucille. J’aurais pu ajouter aussi le temps de la fête, de la fleur entre les dents, de la plage sous les pavés, et de l’herbe qui te faisait tourner la tête et qui te faisait rêver, tout éveillé, du Grand Soir et du Soleil pour Tous.


Par Mohamed Laâroussi


Oui, tout cela est bien loin. Il ne me reste plus de cette époque que de vieux souvenirs vaguement nostalgiques et l’amère impression d’avoir eu tout faux. Comme diraient mes anciens camarades tous plus ou moins embourgeoisés, sauf moi parce que je n’ai jamais su comment faire du fric tout en restant honnête : « L’important, ce n’est pas de rester fidèle à ses idées, mais d’en avoir eu de bonnes ».


Pourquoi je vous parle de ça, comme ça ? Eh bien, tout simplement, parce qu’on vient de célébrer la fameuse fête du travail, et on ne s’en est même pas aperçus. En tout cas, je parle pour moi. Je rappelle que le 1er mai de cette année est tombé un dimanche, un jour férié, donc chômé et payé !


Pourtant ça n’a pas empêché tous les fumistes et tous les tire-au-flanc de ce pays et de sa région de crier au complot et à la manigance. Quant à moi, je dois avouer que cette « fête » n’a jamais été ma tasse de thé, sauf du temps où j’étais étudiant en France et j’en profitais pour offrir un brin de muguet à certaines jolies militantes de la CGT, du PSU, de la LCR ou de La Ligue Maoïste, histoire d’avoir avec elles un brin de causette et plus, si affinités.


J’ai toujours trouvé cette « fête » généreuse et très humaniste. Mais, après être entré au bled, j’avais tout de suite constaté qu’ici, chez nous, cet évènement foncièrement « prolétarien », donc frontalement révolutionnaire, avait un tout autre sens, celui d’une occasion opportuniste. Pour les uns, quémander 2 ou 3 sous de plus, et pour les autres, montrer qu’on sait écrire des slogans plus ou moins sans fautes d’orthographe sur des banderoles qu’on remettra dans un coin jusqu’à l’année d’après.


Et enfin, un peu pour tout le monde, prouver, très laborieusement d’ailleurs, qu’on vit dans un pays qui permet, le temps d’une journée, non seulement de sortir dans la rue, mais aussi de gueuler aussi haut qu’on peut. Et ce, au vu et au su des « forces de l’ordre », des autorités, de « la classe politique », et même des « affreux patrons » qui se trouvent parfois assis, dans la même tribune, côte à côte avec les « camarades combattants ». Après tout, « nous sommes tous Marocains », n’est-ce pas ?


Et cette année ? Franchement, je n’ai pas cherché à vérifier si la flamme de la lutte ouvrière était toujours aussi vivace, et comme on était un dimanche, j’ai préféré aller faire tranquillement ma marche dominicale en compagnie d’un ami et grand artiste devant l’éternel, qui a éclairé ma lanterne sur « le patrimoine urbain ».


C’était un vrai cours sur l’art, sur l’histoire, sur l’architecture et sur l’esthétique. C’est ainsi que j’ai notamment appris que « le patrimoine » n’est pas seulement quelque chose qui fait partie du passé, d’ancien ou de vieux, mais aussi tout ce qui est créé, tout ce qui nous appartient et tout ce qui fait partie de notre vie et qui nous enrichit, spirituellement et intellectuellement.


Bref, mon ami artiste et moi, nous étions loin de ce qu’on pourrait appeler vulgairement « les foutaises ». Non, je ne dis pas que les revendications salariales, matérielles, financières et autres, qu’elles émanent de la classe ouvrière ou même de catégories sociales moins désavantagées seraient insignifiantes ou sans grande importance, mais je constate et je déplore, depuis déjà un certain temps, que les uns et les autres jouent un jeu que je trouve malsain et qui pourrait un jour ou l’autre se retourner violemment contre tout le monde.


En fait, on veut nous faire croire qu’on peut acheter qui on veut, quand on veut et qu’en fin de compte, tant que les petits, les faibles, les soumis, les « pauvres », les démunis, et même les « travailleurs » continuent d’accepter les miettes qu’on leur offre de temps à autre, parfois en plusieurs petits lots, le capitalisme, le profit, l’abus, l’opulence, le faste, l’exubérance, les nababs et compagnie auront de beaux jours devant eux.


En disant cela, je sais que je ne me mouille pas trop, mais comme j’ai toujours pensé, dit et écrit, en paraphrasant je ne sais plus quel penseur, « l’élite vit de l’ignorance du peuple ». Oui, c’est vrai, mais jusqu’à quand ?

En attendant plus d’engagement citoyen et moins de cynisme politique, je vous dis à la semaine prochaine.