Formes biologiques sauvages

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Du pognon et des cigares !


Pour commencer, j’ai une bonne nouvelle : cette chronique ne sera ni politique, ni sociale moins encore culturelle. J’en ai marre de toujours tout critiquer, de râler tout le temps et de penser aux autres avant de penser à moi. Je viens d’entamer une cure sérieuse de désintoxication pour me libérer une fois pour toutes des communiqués creux de notre gouvernement, des discours verbeux de nos hommes politiques et syndicaux et, surtout, des débats vaseux et parfois boueux de membres de notre élite qui n’a jamais été aussi arrogante ainsi que de nos intellectuels qui n’ont jamais été aussi muets.

Par Mohamed Lâaroussi


En attendant la fin de ma cure, je vais essayer de vous parler de choses moins toxiques et plus personnelles. Après tout, depuis le temps qu’on se côtoie, vous allez bien le droit de mieux me connaître.


Comment ça va ? Comment vas-tu ? Ça va bien ? Tout va bien ?… À chaque fois qu’on me pose ce type de questions, je réponds presque toujours systématiquement par l’affirmative. Pourtant, souvent, je suis loin d’être bien. Si je réponds que ça va, alors que ça ne va pas et, parfois, pas du tout, c’est pour ne pas avoir à révéler la cause de ma « ça-ne-va-passitude », ou pour ne pas avoir à en donner trop de détails. Après tout, je ne suis pas obligé de tout raconter à tout le monde, surtout que ce tout le monde, mises à part sa curiosité maladive et sa compassion contreproductive, il ne va pas faire grand-chose pour moi.


Vous aussi, lorsqu’on vous interroge si ça va, répondez toujours et tout de suite ‘’oui’’. Vous gagnerez ainsi et du temps et de la tranquillité. Sauf si vous pensez que la personne interrogatrice pourrait éventuellement régler vos problèmes, ou en partie, auquel cas, n’hésitez pas à tout déballer, mais n’en rajoutez pas trop. Parfois plus vous dévoilez vos soucis, plus les gens ont pitié de vous, et plus ils auront pitié, et plus ils s’éloigneront de vous. Il faut trouver le bon équilibre.


Tenez, moi, par exemple, on n’arrête pas de m’interroger sur tout, tout le temps : Les gentils sur ma santé, les proches sur ma famille, les érudits sur mes publications passées ou à venir, les petits curieux sur mes mamours et certains, les grands curieux, sur tout cela en même temps. Il y en a même qui veulent connaître mes projets professionnels, alors que tout le monde sait que ça fait des années que j’ai levé le pied et que si je continue d’écrire, c’est juste pour garder la main alerte, et surtout, surtout, pour ne pas baisser l’échine.


Curieusement, il n’y en a pas un ou une qui s’évertue un jour à me poser une question sur ma situation financière. Pourtant, je pense que si on s’intéresse réellement aux gens qu’on interroge, c’est celle qui mérite le plus d’être posée. Si jamais une fois on vous pose la question sur vos finances, et si jamais vous répondez que ça va, alors là, c’est vous qui allez-vous inquiéter, car c’est vous qui risquez de casquer.


L’humoriste Smaïn a dit un jour : « L’argent, ça va, ça vient, mais quand ça vient, ça va ».

Je pense que cette phrase à l’apparence drôle est vraiment vraie. Ceux qui défendent le contraire sont des fieffés menteurs ou de sacrés hypocrites, ou les deux en même temps. En général, je n’aime pas trop parler d’argent. D’abord, parce que je n’en ai pas beaucoup actuellement, et même quand j’en avais un peu plus, je ne le criais pas sur tous les toits. Quand on a été piqué une fois par le fisc, on doit craindre éternellement pour son fric. Motus sur l’oseille. Il n y a pas que les murs qui ont des oreilles.


Personnellement, j’ai toujours pensé, à tort ou à raison, je ne sais pas, qu’autant la prospérité doit rester discrète, l’adversité doit être bavarde. C’est simple : tu ne gueules pas, tu ne bouffes pas.


Vous savez, il n’y a pas que les pauvres qui sont malheureux ces derniers temps. Je discutais récemment avec un ami qui n’est pas un nabab, mais qui n’est pas un démuni non plus. C’est d’ailleurs un des rares potes, patron, riche, bon vivant et tout et tout, qui continue de me fréquenter. Tous les autres, depuis que je ne pointe plus à la CGEM, au Sun Club, au Golf d’Anfa et au Cabestan, se sont éloignés de moi, mais ça, c’est une autre histoire. Bref, pour revenir à mon pote, je puis vous assurer que ma discussion avec lui m’a convaincu que notre bourgeoisie souffre, elle aussi, de la cherté de la vie.


Je vais donner un exemple, un seul : le prix des cigares. Savez-vous qu’ils ont augmenté d’une manière vertigineuse, en plus du fait que les cigares cubains, et qui sont les préférés des amateurs et autres épicuriens, sont actuellement quasiment introuvables au Maroc. Alors, les pauvres, ils sont obligés de se rabattre sur de vulgaires cigares venus de République Dominicaine, du Honduras, du Nicaragua et même du Cameroun !!! C’est vous dire l’ampleur de la crise …


Quant à moi - s’il vous plait, que ça reste entre nous - j’arrive à me fournir régulièrement en très bons « cigaros cubanos », C’est d’ailleurs pour ça, entre autres, que lorsqu’on me demande si ça va, je réponds toujours avec un grand OUI !


Quant à vous, j’espère que ça va pour vous aussi bien que pour moi et je vous dis à la semaine prochaine.


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