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L’Europe et l'exhibitionnisme de la souveraineté

Dernière mise à jour : 16 avr.

EDITO* - La « boussole stratégique » dont se sont dotés les Vingt-Sept le 21 mars dernier fixe des objectifs de sécurité et des moyens pour les atteindre. Mais, loin d’affirmer la « souveraineté européenne » chère à M. Emmanuel Macron, elle se veut complémentaire de l’Alliance atlantique sans contredire ses priorités.

Illustration wix


L’image spectaculaire : le vendredi 10 mars 2022, dans la galerie des Batailles du château de Versailles, les présidents du Conseil européen (le Belge Charles Michel), de la République française (Emmanuel Macron), de la Commission européenne (l’Allemande Ursula von der Leyen) rendent compte à la presse des décisions prises par les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement concernant la guerre en Ukraine.


Aucune annonce renversante ce jour-là, mais une volonté de marquer les esprits en ringardisant les antagonismes historiques entre deux tableaux à la gloire des victoires militaires de la France. « C’est un tournant pour nos sociétés, nos peuples et notre projet européen », affirme M. Macron, visiblement satisfait.


Rarement les Vingt-Sept ont-ils affiché une telle unité sur un sujet géopolitique majeur : en quelques jours, des trains de sanctions sévères ont été adoptés contre Moscou et — geste inédit — des livraisons d’armes à un pays en guerre, l’Ukraine, décidées. La toute nouvelle facilité européenne pour la paix (FEP), créée en 2021, fait ici une entrée fracassante dans l’histoire de l’unification continentale : grâce à elle, l’Union peut désormais livrer des engins militaires sur un théâtre d’opérations. Auparavant, son action internationale devait demeurer dans le cadre strict de l’aide au développement et des missions de paix.


Ce pas de géant renvoie aux oubliettes l’impuissance européenne face à la décomposition sanglante de la Yougoslavie au début des années 1990. C’est Washington qui avait mis un terme à une guerre civile dévastatrice « à deux heures de Paris » par les accords de Dayton (1995). Amère, la leçon avait favorisé l’essor de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), lancée par le traité de Maastricht en 1992, et son développement constant jusqu’au traité de Lisbonne (2007), qui la dote d’une branche opérationnelle : la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ;


Anne-Cécile Robert I Le monde diplomatique

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*) Le titre est de la rédaction de Focus.