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ELECTIONS 2021 : DES INTERROGATIONS FONCTIONNELLES

Dernière mise à jour : 14 juil.



Najib BENSBIA, le 03 septembre 2020 - Aurons-nous des élections législatives transparentes, crédibles et, surtout, lavées de toute suspicion de fraude de quelque ordre que ce soit en 2021 ? Poser cette question peut sembler actuellement péremptoire, voire même insidieusement allusif et fictionnel, pourtant la question a valeur d’usage dans son absolue témérité. Surtout en perspective (hypothétique bien évidemment) de ce Maroc d’après Covid-19.


Le Maroc a une histoire tortueuse avec la fonction élective et, par déduction logique, la liberté de choix politique. En effet, dès les premières années du Maroc moderne, la question de l’élection et du libre exercice de la liberté a été posée de manière passionnée et passionnelle. Car elle présupposait l’émergence d’un gouvernement démocratique et un exercice politique où peuvent s’exprimer librement toutes les croyances/tendances.


Cela a été cependant difficile, parfois mortel, mais la nécessité d’avoir un gouvernement issu d’élections libres, crédibles et incontestées a fini par s’imposer comme référence, principielle du moins, de l’Etat démocratique auquel le Maroc voudrait tendre aujourd’hui irréversiblement. Il est évident que, dans cette perspective, un Marocain libre de son choix est supposé avoir en face de lui une autorité publique mue par le seul intérêt général et la défense des valeurs réelles de la nation souveraine.


Depuis 1961 et jusqu’à la veille du nouveau règne (1999), l’Etat national a fait le choix structural de ne pas laisser l’urne dicter l’option gouvernementale. La machine de la manipulation électorale s’est alors fignolée au fil des opérations depuis 1961[1] : 1963, 1976 et 77, 1983 et 84, 1992 et 93 mais, surtout, en 1997. La main frauduleuse de l’Etat a alors convaincu l’observateur politique, national et étranger, que la liberté de choix politique et d’expression est encore très problématique au Maroc.


D’un côté, le Marocain bute sur sa propre perception des limites au-delà desquelles la liberté ne peut jamais être un acte de citoyenneté objectif. De l’autre côté, l’Etat a toujours donné l’impression qu’il ne veut pas se convaincre qu’il est tout aussi obligé de respecter la loi qu’il a lui-même produite et sur la bonne application de laquelle il doit veiller.


C’est en cela que nous avons été infatigables à dire que ‘’crédibles et transparentes, les élections marocaines ne l’ont jamais été’’[2], malgré les éternelles et sempiternelles promesses qui ont été lancées par les vaillants gardiens des opérations électorales organisées par l’Etat marocain. Aujourd’hui, ce même slogan est relancé, avec plus de conviction que par le passé, il faut le dire, mais surtout parce que les élections du 27 septembre 2002 ont été les premières à être organisées sous le règne Mohammed VI, coupant, du moins qualitativement, avec cette période ‘’basrienne’’[3] qui a veillé à ce que les élections marocaines soient tout sauf transparentes, crédibles et déterminantes pour une bonne gouvernance marocaine.


La question qui se pose donc à quelques mois des législatives 2021 est en tout état de cause celle-ci : est-ce que les garanties mises constamment en avant, notamment en 2015-2016, que ce soit au niveau du code électoral, du choix du mode de scrutin de liste et des déclarations officielles et solennelles faites au plus haut sommet de l’Etat sont suffisantes pour contrecarrer la manie manipulatrice qui a dominé la pratique électorale marocaine depuis quatre décennies maintenant ?


La réponse, en fait les réponses - elles sont nombreuses et nuancées - se résument en celle-ci : dans une large mesure oui, mais pas intégralement, du moins si l’on prend en compte les différentes réclamations de plusieurs partis émises lors des dernières législatives de 2016, notamment par le PJD, le Parti de l’Istiqlal et l’USFP, pour ne citer que les plus représentatifs et le contentieux électoral qui a émergé des résultats officiels. Car, il est évident que la transparence 100% n’existe pas quand il s’agit d’élections. Par ailleurs, le résultat obtenu par les candidats d’un parti venu de nulle part, le PAM pour bien le nommer, incite à s’interroger sur le degré de fiabilité de tous les résultats annoncés.


Pour autant, il est clair que le Maroc officiel peut, s’il le veut, garantir la pleine fiabilité du scrutin à venir, surtout que le pays passe par cette étape du lendemain d’après imposé par le coronavirus à toute l’Humanité. Oui, nous le répétons sans ambages : Si l’Etat veut, il peut. Certes, il est facile de tout faire sauf bouleverser d’un coup l’ordre des priorités de la mentalité humaine. Mais au possible, l’tat est aujourd’hui tenu. Instamment.


NOTES : [1] Nous ne citons ici que les dates symboles. [2] Nous l’avons claironné solennellement dans ‘’La Vérité’’ du 6 septembre 2002. [3] Du nom de Basri (Driss), ex-éternel ministre de l’Intérieur de l’époque de Hassan II et maitre tripatouilleur de la carte électorale marocaine.