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Etat de surveillance, société de vigilance...

Dernière mise à jour : 16 juil.

Le gouvernement marocain a institué, depuis quelques mois maintenant, l’obligation de pass vaccinal pour accéder aux lieux et services publics et privés. Pour appliquer cette interdiction d’accès, les autorités ont informé les responsables d’administrations ainsi que les patrons/gérants des établissements industriels, commerciaux et de services (centres commerciaux, restaurants, salles de sport, hammams et tous lieux de loisirs ou assimilés) pour veiller à la mise en application de cette obligation de pass.


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Par Najib BENSBIA - Posons alors la première vraie question : Pourquoi instaurer une obligation de pass vaccinal, est-ce pour disposer de données fiables qui éclaireraient la situation sur une potentielle immunité collective, ou pour instituer des passe-droits, phénomène condamnable par la raison, l’éthique et la loi ? – La réponse est évidente par elle-même, tant ce pass est une aberration plurielle notamment au double plan constitutionnel et normatif.


Cette interrogation amène une deuxième question conséquente : De quelle autorité des personnes qui ne sont pas investies de l’autorité publique pourraient-ils se réclamer pour mettre en exécution cet interdit d’accès ? Car, à n’en pas douter une seconde, seule un agent d’autorité publique dûment habilité a le droit de mettre en application cette obligation, ce qui n’est le cas d’aucun patron/gérant ou employé de tous les établissements industriels, commerciaux et autres services à la clientèle. En d’autres termes, avec ce pass vaccinal, le pays baigne dans l’imbroglio/fantaisie absolus.


Un nouvel Exécutif, des erreurs en un temps éclair


L’enfer est pavé de bonnes intentions dit l’adage. La nouvelle gouvernance a démarré par deux grosses fausses notes. La première concerne le cafouillage quant-à la nomination/démission d’une ministre-femme et son remplacement par un ministre-homme en dehors des partis de la nouvelle majorité. La deuxième est cette obligation de pass vaccinal, en copié-collé des erreurs substantielles commises en permanence par notre reflet/miroir du zèle administratif, la France de notre passé colonial, que nous mimons sans interpeller l’essence de nos décisions. Or, ce pays-reflet est un concentré de tous les égarements : racisme, xénophobie, radicalités en tous genres, conservatisme outrancier, recentrage narcissique sur soi, bavardage irrévérencieux interminable, ahurissement national-chauvin…


En tout état de cause, cette deuxième décision par laquelle ce nouvel Exécutif inaugure sa gouvernance (sic !), est une autre de plus et de trop prise en un temps éclair par un gouvernement que l’on a supposé (parmi les profanes j’entends) être celui de l’espoir (bein voyons !). Cette deuxième malencontreuse incidence du nouvel exécutif pose en fait une question subsidiaire : Quelles sont les catégories de population qui sont encore réticentes à se faire vacciner ?


Selon les statistiques officielles, les jeunes entre 15 et 35 ans constituent la majorité de cette population. Hasard de calendrier ou simple péripétie d’un agenda politique fringant de revanche ? – On le sait pourtant, il n’y a pas de hasard en politique. Cette décision sonne comme une alerte, tant le Chef de gouvernement actuel a un passé récent passif et conflictuel avec cette tranche d’âge, avide de réseaux sociaux et de lobbying en ligne destructeur, qui lui a mené la vie dure dans un passé récent[1].


Il est dit en arrière base de légitimation de cette décision que l’obligation de pass vaccinal a été prise sur recommandation du Conseil scientifique. Mais, nous interrogeons-nous, quelle est la mission de ce conseil alors : se concentrer sur les données médicales et épidémiologiques pour sortir le pays de la zone rouge de la pandémie, en veillant à garantir la santé des citoyens en priorité, ou ordonner des décisions qui relèvent du pouvoir législatif (et non réglementaire), ce qui n’est ni de son ressort ni de sa mission.


En tout état de cause, le pass vaccinal n’est pas le produit de ce nouveau gouvernement. Cette initiative était dans la pipe des actions du précédent Exécutif dirigé par une locomotive arrière-gardiste qui a éreinté le Maroc moderne. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement à tête islamiste a hésité à installer cette obligation pour diverses raisons dont une, essentielle : Ce pass pose problème, à la fois au plan social, politique et normatif. Au plan stratégique, cette décision est impopulaire, du moins chez les gens rationnels d’abord, chez les citoyens avertis de la tentation de l’autoritarisme ensuite et, enfin, chez tout citoyen critique (au sens constructif bien sûr).


Pourquoi alors inaugurer cette nouvelle gouvernance par une telle erreur tactique ? Et, en l’occurrence, l’opposition serait bel et bien inspirée de déposer une recours en inconstitutionnalité devant le Cour constitutionnelle pour faire annuler cette décision. Les citoyens lui en sauraient gré, le politique la gratifierait d’un satisfecit indéniable et le sens commun l’approuverait sans réserve.


Surveiller et punir n’est pas de la gouvernance


L’Etat de surveillance est devenu aujourd’hui un état de fait permanent, depuis que le Covid-19 a prêté prétexte idéal aux politiques déculturés et à toute la panoplie de répression symbolique de masse. Et, par mimétisme glauque de ce qui se passe ailleurs, dans des pays où le la loi et le Droit contrôlent tout de même les abus et les déviances, les autorités de ce bon pays qui est le nôtre se sont érigés en censeurs sans limites devant l’Eternel, épiant nos pas, cadenassant nos déplacements et censurant notre liberté, toutes nos libertés.


Il est probable, voire relativement certain, que le vaccin anti-covid soit une arme pour lutter contre ce mal qui nous est venu par inadvertance. Or, tel que les choses virussiennes évoluent un peu partout dans le monde, ce vaccin semble avoir une portée limitée dans le temps et, parfois, non-recommandée de par certains de ses à-côtés néfastes (effets indésirable disent-ils) pour nombre d’individus. Il devrait être cependant clair, dans tous les cas de figure, que se faire vacciner ne saurait relever que de la liberté individuelle et non le résultat de décisions administratives répressives même symboliquement.


Or, en mimant les autres pays de manière tardive, notamment la France chez qui nous empruntons toutes les décisions et pratiques déviantes, sans tenir-compte des réalités citoyennes locales, l’Etat trouve là un terrain propice pour donner un autre tour de vis à ce qui est déjà étroit, nos espaces de respiration et nos sphères de circulation, cela en affront direct aux dispositions constitutionnelles et normatives bien établies. Il faut, à cet égard, souligner que les pays à tradition démocratique pérenne et réelle n’ont imposé aucun pass vaccinal pour, justement, ne pas stratifier leurs populations en bons élèves disciplinés et en récalcitrants à punir, ce qui est le propre de cette obligation de pass vaccinal dont nous découvrons, Ô bel hasard ( !), les vertus.


Instaurer une obligation de pass vaccinal relève donc non seulement d’un mimétisme glauque et injustifié du point de vue des us et coutumes nationales, d’une part et, d’autre part, de la réalité des pratiques populaires. Cette décision peut être considérée, également et surtout, comme une affliction à nos sentiments de citoyens ne jouissant déjà que de ce que les gouvernants daignent à nous reconnaître pour ne pas mourir complètement bêtes.


Par ailleurs, ce qui est plus vicieux, cet acte administratif (ce qu’il est dans les