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Eux et nous ...

Dernière mise à jour : 28 avr.

Partout dans le monde dit démocratique, après les élections générales (législatives), le Chef de l’État reçoit le leader pressenti, dont le parti est déclaré vainqueur, et lui demande de former un gouvernement. Celui-ci le fait, en règle générale, dans les 3 à 5 jours qui suivent l’annonce des résultats. Sinon, le pressenti plie bagage et laisse la place à un autre, dans le respect de soi. Par ailleurs, le nouveau gouvernement, à peine investi, veut s’illustrer par un agenda plein de promesses et non flouer l’électorat en mettant le citoyen entre des guillemets qui n’en finissent pas d’interdits à la pelle. Les deux cas de figures sans l’antinomie de la pratique politique marocaine.


Najib BENSBIA - C'est comme cela que ça fonctionne dans les États qui ont des partis (peu ou prou) responsables, des politiques qui veulent faire leurs preuves en allant vite au travail, et où tout un chacun des partis en compétition cours contre la montre. Car, dans ces pays, le temps ne pardonne pas.


Chez nous, tout semble prendre son temps. La paresse commande les gestes de nos politiques. Même leur ambition rase les murs, tant ils n’ont aucune considération ni pour le peuple des électeurs, qu’ils n’interpellent qu’une fois tous les cinq à six ans et encore, ni pour eux-mêmes !

Est-ce pathogène ou une malédiction ? En fait, il s’agit de respect. De soi d’abord et des autres ensuite. Dans les autres, nous mettons les institutions, toutes les institutions, les électeurs et, enfin, la pratique politique qui les a catapultés en gouvernants à notre insu.


Pourquoi cette longue digression et pour quelle raison revenir sur un fait qui date de 2016 ? D'abord pour fixer dans la conjoncture cette péripétie qui a fait du Maroc un pays sans gouvernement pendant plus de cinq mois. Ensuite et surtout, parce que celui qui fut à l'origine de ce vide politique revient aux affaires après la démission du Chef du parti (PJD) qui l'a remplacé pour aller vite au travail. Après les résultats des élections législatives du 7 octobre 2016 en effet, le Premier ministre pressenti, islamiste de sa cotation apparente, a mis le pays en congé de villégiature pendant presque 6 mois en le laissant sans gouvernement !


Nommé par le roi pour former un nouveau gouvernement d’obédience islamiste, l’ex-présent Chef du parti de l'ancienne majorité, le Parti Justice et Développement (PJD) - aujourd'hui dernier de la classe partisane - et quasi-détesté par tout le parterre politique, n'est pas arrivé à avoir autour de lui une coalition de gouvernance. Au lieu de jeter le tablier après une, deux ou trois semaines, il s’est entêté à »emmerder» tout le monde, jusqu’à excéder le Chef de l’Etat, qui lui signifia un persona non grata sans ménagement, en nommant un outre quadra de la même mouvance sans le recevoir par ailleurs pour le remercier ''pour services rendus à la nation'' comme c'est de coutume !


Certes, il faut le dire de manière abrupte, durant ces six mois d’absence gouvernementale, le pays a continué son bonhomme de chemin sans que cela bouleverse personne, et encore moins ‘’les équilibres macro et microéconomiques », comme disent les économistes férus ? Car, chez nous, les parcelles de pouvoir, qui fonctionnent en dehors des sphères partisanes, ont poursuivi leur train-train quotidien sans que le no gouvernement les ai dérangés en quoi que ce soit, fort heureusement. Mais il y a eu tout de même un sérieux problème organique que l’État a dû, au plus haut de sa hiérarchie, régler pour remettre les choses à leur place naturelle. La stratosphère politique marocaine a ainsi vécu six mois durant aux antipodes de la logique et du rationnel. Quand bien même l’opportunisme puisse être le moteur de la vie politique nationale, il devrait exister pour tout le monde des limiter à ne pas transcender.


n parti vainqueur qui n’arrive pas à mobiliser des alliances est un paria qui devrait se reconnaître dans sa faiblesse et, surtout, en tirer les enseignements lénifiants. On ne s’improvise pas leader si la tête que nous montrons est mal-aimée, pour ne pas dire vomie par les partenaires. C’est ce que n’a pas pu comprendre le sieur Benki (Benkirane de son nom connu). Peu importe si le blocage dont il a été »la victime » avait des ressorts qui échappent à notre intelligence de peuple amorphe, de citoyens éloignés des vrais arcanes du pouvoir d’État et d’électeurs qui n’ont plus envie d’aller voter. Le résultat est patent : Personne ne voulait voir l’ancien Chef de gouvernement rempiler pour un second mandat.


Tout le monde l’avait compris, même nous, citoyens non-informés du bellicisme qui gouverne les appareils d’État et l’establishment politique. Mais lui (Benki pour le nommer) s’entêtait à faire ce qui ne devait pas être fait. Cela a valu au Maroc 6 mois de vide politique. Nous disons bien vide politique et non institutionnel. Tous les mécanismes de commandement fonctionnaient (fonctionnent toujours) en effet, au ralenti certes, sans visibilité cela s’entend, mais un ralenti qui a fini pour nous faire prendre conscience que, chez nous, le jeu électoral est une modalité de seconde zone. Les leviers de pouvoir d’État sont ailleurs. La Constitution les a prévus, mais pour qu'ils ne soient jamais, ou presque, activés et les gardiens du temple Maroc veillent à ce que cela fonctionne comme cela et pas autrement.


Après ce miséreux intermède, le deuxième du rang au sein du PJD a réussi là où son Chef a failli, surtout lorsque l’on sait que, chez nous, former un gouvernement ne mobilise pas plus que quelques jours, en prenant son temps, comme il se doit. Car, enfin, on n’attend pas le jour du scrutin électoral pour bâtir ses alliances. Cela s’opère des mois, voire des années à l’avance, pour connaître avec qui l’on va gouverner ou pas. A moins que tous (tous les partis, les grands et les petits) ne savent pas de quoi demain serait fait, et là ‘’3ala addounia Assalam’’ (Que vogue la galère, pour traduire malin).


Dans tous les cas de figures possibles et imaginables, nos politiques sont à des années lumières de ce qui fait la différence entre eux et nous. Eux, ce sont les démocrates du monde. Nous, nous peinons à être ces apprentis partisans qui nous prenons pour des professionnels de la politique, alors que nous ne sommes que des épiciers à la petite semaine.

Eux gèrent leurs pays, nous, nous faisons un pas en avant et mille en arrière.


Ah, avant d'oublier, le Sieur Benki - après la déculottée qu'a reçue son parti aux élections générales, régionales, locales et professionnelles de septembre 2021 - a été re-choisi SG du PJD par défaut, le SG en exercice ayant démissionné suite à l'échec cuisant que lui ont infligé les électeurs. Et là, il serait vraiment hasardeux qu'il (le sieur Benki) ait le culot de vouloir prétendre encore à ''gouverner''. À moins qu'il (le sieur Benki toujours) considère cela comme sa petite revanche sur ceux (tout le monde ou presque en fait) qui ont applaudi sa mise en congé impériale en 2016.

Ce serait la fin de tout. Mais tout est possible, n'est-ce pas, dans notre beau pays, par les temps qui courent... !


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Photo : Photothèque Wix