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« Guerre d’influence » ou les Etats à la conquête des esprits

Qu'y a-t-il de commun entre les fondations allemandes, les Instituts Confucius, les programmes d’invitation « Young leaders » aux États-Unis, les panda kissers (les zélateurs de la politique chinoise), la « Poutine mania », les « réseaux » turcs ou qataris ou la K-pop (musique pop coréenne) ? Dans tous ces cas de figure cités à titre d’exemples, l’objectif est d’afficher, de séduire, de convaincre, de trouver des relais…, dans une stratégie d’État plus globale qui vise à conquérir les esprits.



Synthèse médias - La thèse de l'ouvrage ''Guerre d'influence, les Etats à la conquête des esprits'' de Frédéric Charillon traite de l’influence, et non plus la puissance, en tant que nouvelle clé pour déchiffrer le jeu des relations internationales. L’influence mobilise des ressources croissantes de la part des États. Elle leur permet de modifier le rapport de force mondial, de contrôler des pays tiers ou d’y prospérer sans entrave.


Ces stratégies d’influence sont autant de manipulations inacceptables qui pointent du doigt leurs commanditaires, en particulier quand ils pratiquent la nuisance et l’intimidation comme arme ''d'adhésion forcée'' à leur façon de lire l'Histoire en tant qu'instrument d'hégémonie géopolitique.


L’Europe et les pays du Sud sont-ils bien armés pour mener ces guerres d’un autre type ?


Mettant en focus plusieurs exemples en ce sens, le politiste Frédéric Charillon analyse la façon dont les États s’y prennent pour séduire, attirer et gratifier les cibles qu’ils souhaitent influencer. Notion complexe, l’influence, telle qu’il l’envisage, est le fruit d’une politique au grand jour, d’un agenda consistant pour un État à modifier le comportement d’un autre État, à contrôler une instance internationale ou encore à redorer son propre blason dans l’opinion. Pour ce faire, les États disposent de différents outils et relais : acteurs locaux et collectivités, médias, séries télévisées, universités, diasporas, défense d’une cause éthique, diplomatie culturelle, etc.


Les méthodes sont variées, allant du smart power au sharp power en passant par le storytelling. L’auteur distingue trois modes d’influences à l’œuvre. Le premier s’appuie sur le modèle démocratique libéral et consiste à « convaincre et attirer », fort de la conviction de représenter un idéal civilisationnel suprême. Si ce modèle persiste, il a toutefois été remis en cause suite aux attentats du 11 septembre et à l’impopularité des États-Unis dans d’importantes franges de l’opinion mondiale.


Notons aussi le cas de pays développés d’Asie (Japon, Corée du Sud, Taïwan) qui, pour divers motifs, mettent en avant leur image à la fois démocratique et d’Eldorado pour les investisseurs. Le second modèle dit « impérial » est incarné par des régimes autoritaires (Russie, Turquie et Chine), contempteurs des démocraties libérales : leur paradigme repose sur l’exaltation d’un passé grandiose, la désignation de l’Occident comme responsable des humiliations passées et l’appel à une révision de l’ordre mondial. Ces acteurs déploient un sharp power, mélange de politique agressive et subversive à l’égard de l’Occident. Ils se sont dotés de moyens considérables pour déployer leurs stratégies d’influence. Mais ces régimes autoritaires supportent mal les critiques et leur image ne parvient guère à séduire, ne serait-ce que pour des raisons de culture (Chine).


‘’Guerre d’influence’’, Frédéric Charillon, Ed. Odile Jacob, Janvier 2022.


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