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Il sera une fois, inchallah !



Nous sommes tous des musulmans, disons-nous tout le temps, pour nous donner bonne conscience, pour faire dans le religieusement correct, ou pour justifier parfois l’injustifiable.


Par Mohamed Laâroussi


Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire du prosélytisme à deux sous, ou même à beaucoup plus. Je n’y connais rien ou si peu, et je sais que les érudits dans ce rayon et les experts en la matière, il y en a à la pelle. J’ai presque envie d’écrire « à l’appel », puisqu’il suffit de dire « Allah » pour susciter l’envie, voire la frénésie chez bon nombre de donneurs de leçons et/ou lanceurs de fatwas.


En vérité, je ne sais pas pourquoi j’ai fait toute cette introduction, alors que le sujet que j’ai choisi pour cette chronique n’a qu’un petit rapport très lointain avec la religion, et plus exactement avec notre religion officielle, puisque, ai-je précisé au tout début, nous sommes tous des musulmans.


S’il y a un mot qui est probablement prononcé des millions de fois par jour par des millions de Marocaines et de Marocains, qu’ils soient croyants, qu’elles soient pratiquantes, ou pas, C’est …c’est… c’est ? Yallah, c’est quoi ? - Oui, vous l’avez deviné parce que j’ai vendu la mèche dans le titre : Inchallah ! Inchallah pour tout, Inchallah dans tout, Inchallah partout et Inchallah sur tout.


Je vais faire ceci, Inchallah ! Je vais partir là, Inchallah ! Je vais aller au travail, Inchallah ! Je vais étudier, Inchallah ! Je vais réussir, Inchallah ! Je vais jouer et je vais gagner, Inchallah ! Je vais prier, Inchallah ! Je vais même aller au bar pour boire, Inchallah ! Je ne pense pas qu’il y ait un autre pays que le nôtre qui prononce autant d’inchallah à la minute.


Trop, c’est trop ! Je ne comprends pas comment se fait-il que plus la technologie, la modernité, et donc une certaine rationalité scientifique fait des pas de géant en avant, et plus, nous, ici, on augmente le nombre d’inchallah, comme si on avait peur qu’une malédiction permanente allait frapper, par méchanceté, ou juste pour le plaisir, toutes les initiatives que nous envisageons de prendre.


Quand j’étais au lycée, il y a très longtemps, un copain de classe m’avait raconté une blague que je n’ai jamais oubliée. Je vais vous la raconter parce que je crois qu’elle a sa place dans cette chronique qui pourrait paraître à certains un tantinet « mécréante », et qui, tout-à-fait entre nous, pourrait le paraître un petit peu.


Un jour, dans un collège, un prof a interrogé un élève islamiste sur la composition chimique de la molécule de l’eau. Et voici qu’elle a été sa réponse : la molécule de l’eau est composée de 2 atomes d’hydrogène et 1 atome d’oxygène, « ouallahou a3lam » (mais c’est Allah qui sait).


Autrement dit, même si on réunit ces éléments, « dans les conditions normales de température et de pression », comme on nous apprenait dans le cours de chimie, eh bien, on n’est jamais sûrs de rien.


Si cet archaïsme qui nous colle constamment à la peau et à la langue était limité à un niveau strictement personnel et individuel, cela ne me dérangerait pas et je n’en ferais pas un plat, ou, en tout cas, pas un sujet pour une chronique censée être satirique, mais aussi, un peu, pédagogique. Le problème, c’est que même nos plus hauts responsables, c’est-à dire ceux et celles qui décident de notre sort, voire de notre vie et de notre mort, utilisent ce mot tous les jours et dans tous leurs discours. D’ailleurs, il y en a même qui agrémentent leurs correspondances officielles avec ce mot si magique qu’il en devient diabolique.


Aussi, la chose est simple : à chaque fois que nous, citoyennes et citoyens, nous entendons le mot inchallah dans la bouche d’un responsable ou dans une lettre qu’il nous adresse, nous sommes quasiment sûrs que nous n’allons rien obtenir. Inchallah équivaut souvent à jamais ou à rien du tout.


Oui, ce mot, répété à satiété, est une vraie pandémie contre laquelle, je pense, il serait très difficile, voire impossible de trouver un vaccin pour l’affronter et pour l’anéantir. C’est comme ça. Nous n’y pouvons rien. Ou bien, il va falloir une vraie révolution linguistique d’où sortirait une loi qui interdirait à toute personne d’utiliser ce mot – inchallah – ne serait-ce qu’une fois par jour, sous peine d’être très lourdement sanctionnée.


En attendant que ce vœu soit un jour exaucé, je vous dis à la semaine prochaine. Inchallah !


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Photo : Wix médiathèque