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L’Arabe face à la sclérose de l’esprit et l’indigence gouvernante

Dernière mise à jour : 28 avr.

Pourquoi nos bibliothèques nationales et assimilées sont de très pâles figures comparées à celles des pays européens ? Cette question pourrait paraître superflue tant Europe et Afrique sont inconciliables en tous points de vue. Tout de même, à voir les rayonnages, les hauteurs et on ne parle même pas des contenus des bibliothèques européennes et américaines, pourquoi s'étonne-t-on alors du fossé nous séparant ! Quelques bonnes feuilles du récit à paraître ''Entre deux âges''.



Bonnes feuilles de ''Entre deux âges'', Najib BENSBIA, récit à paraître :


'' Cette interpellation de l’homme entre deux âges n’est pas une interrogation demandant réponse. Elle est l’expression de la structure même façonnant nos esprits respectifs ainsi que la manière dont nous ordonnançons le savoir et l’intellect. La différence entre nous et eux part du livre, pour toucher l’essentiel des étages de notre culture de la lecture, donc de la réception de la connaissance. Un peuple qui ne lit pas ou subsidiairement est voué à la paresse, à la ménopause de l’esprit et à l’atrophie de l’imagination. Sans imaginaire, ce qui est le propre existentiel du livre, le rêve perd toute la latitude nécessaire à dessiner les contours de notre présent, en tirant profit de notre passé et en entrevoyant le tracé de notre devenir, proche ou lointain. Dans cette lamentation, notre homme rechigne à ressasser cet épiphénomène chantant le passé glorieux de la civilisation arabe, morte et enterrée il y a des lustres et que les guerres fratricides ont fini par démembrer au fil de confrontations bêtes et amorphes.


Ces vestiges d’un passé lointain ne permettent pas à la génération de notre homme, et moins encore à celle de ses enfants et petits-enfants de s’y identifier pour s’y reconnaitre. De ce passé glorieux, il ne décèle alors que les lambeaux de dictatures parsemées çà et là dans l’espace immentissime de la sphère de décrépitude du monde arabe, un univers disloqué à force de mensonges, de faux-fuyants et de lamentations de faiblards qui ont peur de laisser l’individu-citoyen penser par lui-même.


En persévérant à se morfondre dans le passé, croit-il, les Arabes se sont figés à leur place, n’avançant certes pas mais, plus grave, marchent à reculons. D’ailleurs, comment osent-ils se référer, même symboliquement, à leur passé alors que ce qui faisait la gloire de leurs ancêtres tournait justement autour de la culture et du symbole, ces trésors qui en ont fait les précurseurs de la civilisation mondiale en leur temps !


C’est dans le livre et grâce à son éclairage que le passé arabe s’est construit et, en l’abandonnant, les Arabes se sont sclérosés pour ne plus être que des girouettes que les uns et les autres des visiteurs nouveaux de l’Univers utilisent à toutes les sauces. Alors que l’écrit éclaire l’esprit, les gouvernants de ce monde d’arriérés l’ont utilisé soit pour berner la conscience de leurs concitoyens, soit pour s’en servir contre eux afin de les maintenir dans l’asservissement intégral. L’école arabe est ce haut lieu où s’exprime la manipulation par le bas, tant les branches de progrès sont désarticulées et les disciplines d’analyse de la société ont été tout simplement bannies.


La culture et le livre sont, en effet et depuis l’aube des temps, ces lieux où les enjeux de dominance par la médiocrité ont délabré le penser arabe éclairé au profit de la manipulation par l’ignorance. Il n’est donc pas étonnant que nos bibliothèques et leur architecture témoignent de notre errance dans les labyrinthes non-esthétiques enveloppant les véritables centres de pouvoir par l’esprit, donc la lettre et la pensée. Le verbe est le pire ennemi de ces hordes qui se sont investies ‘’commandeurs’’ de notre être. Ils le combattent par tous les moyens, y compris et surtout à travers la déshumanisation des espaces où la pensée éclot et se transmet des uns aux autres par/grâce à la finitude de leurs suggestions émancipatrices.


Or, cela est une lapalissade, la bibliothèque est le lieu du savoir par excellence. Elle est un espace refuge pour toutes les personnes, jeunes et moins jeunes, dont les conditions ne leur permettent pas de disposer des moyens d'accès justement à ce savoir. Si l'on prend les USA, par exemple, malgré toutes les critiques (fondées) qu’on leur fait, leurs bibliothèques des grandes villes sont un espace de réduction des inégalités de réception du savoir et, en même temps, un lieu d'accès gratuit aux technologies de l'information, Internet notamment, pour favoriser le contact avec la connaissance.


Domestiquer le langage est le premier pas politique décisif pour être un observateur averti de ce qui nous entoure, surtout lorsque cet environnement nous insupporte. Maîtriser les outils du langage a une porte d'entrée inestimable, la bibliothèque. Les gens de progrès favorisent la disponibilité et l'accès à cet espace, les obscurantistes déconstruisent ce lieu et le pervertissent pour en faire des bâtisses désolantes et infréquentables. Là est également le fossé qui sépare le Nord des pays du Sud. Ce qui explique l'indigence des politiques publiques culturelles dans nos pays, nous autres sous-développés organiques.


En articulant sont regard vers cet espace de culture, la bibliothèque, l’homme entre deux âges est presque coléreux, sachant que cette colère ne peut servir à rien d’autre qu’oblitérer davantage sa vision. Il est en colère car, au moment où dans son monde d’identification organique on détruit tout ce qui élève la pensée, ailleurs, dans ce monde occidental de nos désillusions, il s’émerveille face à ces initiatives où le savoir par la culture transmutante et transhumante s’étend jusqu’à couvrir des quartiers pleins et entiers, voire à la taille de la ville.


Depuis une vingtaine d’années, en effet, on assiste à l’émergence de quartiers culturels et créatifs qui sont valorisés par les pouvoirs publics (vous avez bien lu : les ‘’pouvoirs publics’’) comme un levier de transformation urbaine et de développement économique et touristique des territoires. Ces quartiers se sont avéré un modèle urbain d’intégration et non d’exclusion un peu partout dans le monde développé, couvrant aussi bien de grandes métropoles mondiales que de moyennes et petites villes. Espaces spontanés de création culturelle et artistique, ces quartiers se développent à l’échelle urbaine pour servir comme lieux de création et de diffusion culturelles. Ils sont le lieu d’homogénéisation entre tous les artistes, quelle que soit leur discipline, œuvrant à mettre à disposition leur production au profit de tous.


En y pensant, l’homme entre deux âges se rappelle que ce genre d’initiatives aurait pu réussir dans son pays, notamment par le développement et la pérennisation de ces projets d’action culturelle dans la rue (Street’Art) qui ont vu le jour dans certaines villes comme Casablanca, Tanger et Chefchaouen(1) notamment. Ces initiatives se sont malheureusement évaporées à cause du manque d’encouragement de la part des autorités publiques et en ne trouvant aucun appui chez les mécènes privés. Certes, ce ne sont pas des initiatives nées dans un espace urbain circonscrit, et c’est cela leur avantage, parce qu’elles pouvaient être dupliquées partout avec une utilisation optimisée de l’environnement de leur éclosion. Ces projets de rue auraient dû susciter l’intérêt des pouvoirs publics en les labélisant à l’échelle soit de quartiers soit au niveau de toute une ville comme espace créatifs et culturels qui auraient permis à la jeunesse de sortir de l’état léthargique qui broie leurs espérances. Cela aurait pu être fait si l’intelligence guidait les actions publiques aux plan local et national, mais…! Hélas, les bibliothèques sont aujourd’hui le lieu le moins visité, voire le plus méconnu des espaces de savoir.


Au lieu de cultiver l’esprit critique auquel éduquent le livre et la lecture, on favorise ce qui abrutit le cerveau et fragilise l’imagination par manque de créativité. Il n’est donc pas étonnant que les pays pauvres et à la traine de ce qui génère le progrès soient les plus grands utilisateurs de ces factices ‘’liens’’ dits réseaux sociaux, où la palabre et la mal-orthographe règnent en maîtres de l’esprit. Le politique ouvre ainsi grande la vanne de la médiocrité et ne la ferme que lorsque sa prégnance est mise à l’épreuve cycliquement. Ce à quoi on a été témoin une certaine année 2011, où les jeunes générations ont dit non à la mainmise sur leur devenir par ces gérontocrates qui étouffent leur esprit.


La désolation qu'éprouve l'homme entre deux âges face à cette déculturation de l'esprit citoyen est suscitée par l'utilisation massive des réseaux sociaux, ces instruments d'abêtissement de masse. En désertant ce qui est déjà déconstruit (les bibliothèques, lieux nobles de la connaissance et du savoir), toutes les générations en viennent à s'aliéner elles-mêmes, en allant chercher ''refuge'' dans la facilit