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L’Italie tentée de nouveau par le fascisme ?

Les droites italiennes ont officiellement couronné Giorgia Meloni. La cheffe de Fratelli d’Italia pour briguer le poste de première ministre en perspective des élections législatives anticipées du 25 septembre prochain. Ses alliés Matteo Salvini et Silvio Berlusconi ont accepté à contrecœur à la fin juillet de concéder au parti le plus voté de leur alliance le choix de désigner la personne candidate à la présidence du Conseil.



Synthèse médias* - Selon les derniers sondages, la formation menée par la députée romaine recueille 25% des intentions de vote, soit deux fois plus que la Ligue et trois plus que Forza Italia. Elle est sur le papier la première force politique de la Péninsule.


Jeune députée puis plus jeune ministre de la République italienne à 31 ans dans le gouvernement de Silvio Berlusconi, Giorgia Meloni va créer son propre parti Fratelli d'Italia fin 2012. Pour l'un de ses soutiens, Federico Giubilei, président de la Fondation conservatrice Tatarella et qui vient d'écrire Giorgia Meloni, La révolution des conservateurs, elle n'a plus de lien avec le fascisme.


Très souvent, on interroge Giorgia Meloni, on l'accuse même de faire des allusions au fascisme ou au néofascisme. À mon avis, cela n'a pas lieu d'être car Giorgia Meloni est née dans les années 70 et le fascisme n'existe plus depuis 1945. Et ce n'est pas moi qui le dis ni même Giorgia Meloni mais Renzo De Felice, le principal historien du fascisme en Italie et qui a même été membre du Parti communiste italien. Renzo De Felice, qui n'était certainement pas un historien de droite, dit à juste titre que le fascisme s'est terminé en 1945 avec la mort de Mussolini.


Mais il existe quelques nostalgiques du passé comme Gimmi Cangiano, candidat du parti aux régionales en Campanie il y un an qui avait pris pour slogan la devise de Mussolini Me ne frego (je m'en fous), immédiatement dénoncé par le principal adversaire politique de Fratelli d'Italia, le Parti démocrate. Son secrétaire général aujourd'hui, Enrico Letta, qui a dirigé l'Italie en 2013, estime que ce passé empêchera Giorgia Meloni d'aller encore plus haut.


Giorgia Meloni sera une leader de droite minoritaire parce qu'elle n'a pas la capacité de fédérateur de Berlusconi. Meloni, c'est une droite très à droite. Et je ne crois pas qu'en Italie, il y ait de l'espace pour qu'une droite liée au passé - au passé de la droite italienne qui n'est pas un très beau passé - puisse devenir majoritaire. Ou alors elle cherche à faire quelque chose de différent mais ce n'est pas vraiment l'impression qu'elle donne. Elle devrait donc plafonner.


La deuxième personnalité politique préférée des Italiens


Un plafond de verre comme pour Marine Le Pen en France, c'est ce que l'on dit depuis toujours. Sauf qu'en 2018, elle ne remporte que 4% des suffrages en Italie puis 6,5% aux européennes en 2019 ; elle gagne alors sa première région en Italie. En 2020, elle atteint 9% en Emilie-Romagne et 10% en Calabre.


Mais surtout, elle est aujourd'hui créditée de 20% d'intentions de vote dans les sondages et Fratelli d’Italia devient le premier parti d'Italie devant la Ligue et le Parti démocrate. Après Mario Draghi, Giorgia Meloni est la personnalité politique préférée des Italiens, loin devant Matteo Salvini.


Une popularité dopée par son indépendance, elle est la seule à avoir refusé d'entrer dans les derniers gouvernements. Elle est la seule opposition en Italie aujourd'hui. En pleine ascension, Giorgia Meloni tente de changer son image. Elle vient de se livrer de manière intimiste dans une sorte d'autobiographie, comme Berlusconi en son temps ou même Salvini il y a cinq ans, Io sono Giorgia, Le mie radici, le mie idee (Je suis Giorgia, Mes racines, mes idées) aux éditions Rizzoli (non traduit), un livre vendu à 100 000 exemplaires en à peine dix jours lorsqu'il est sorti au mois de mai et qui atteint plus de 170 000 exemplaires aujourd'hui !


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(*) Radio France et Le Temps

Photo : Giorgia Meloni avec Silvio Berlusconi et Matteo Salvini le 19 octobre 2019 à Rome. © Getty - Stefano Montesi - Corbis