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La France face à la pire équation : une cohabitation hermétique

Dernière mise à jour : 28 avr.

De prime abord, il faut le dire sans ambages, la France va mal. Le pays de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen a voté par 41,5% pour l'extrême droite ! Cela est en soi le signe de la dégradation des valeurs démocratiques de la république. Certes, si on tient compte des taux d'abstention et de bulletins nuls, le score aussi bien d'Emmanuel Macron (58,5%) que de Marine Le Pen peuvent paraître ''dérisoires'' au regard des enjeux d'une telle élection. Mais, les absents ayant toujours tort, les Français participent en fait et collectivement à la crise structurelle de leur pays. Cette crise pourrait engendrer une véritable onde de choc susceptible de paralyser les institutions - ce qui sera probablement le cas – si les élections des 12 et 19 juin prochains aboutissent à une deuxième cohabitation (comme en 1986), mais dans un contexte historique et social délabré, soumis à la pression des extrêmes.



Par Najib BENSBIA - Cette éventualité obligerait le Président Macron à diriger la France avec un gouvernement qui lui sera hostile le long de son mandat. Car, à titre d’inénarrable pronostic, dans le cas où le bloc formé autour de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise réussissent à réunir une majorité à l’Assemblée Nationale, ce qui est à l’agenda perceptible, cette alternance augure d’une perspective de tous les ''dangers''.


Dans ce cas de figure possible, les élections législatives de juin pourraient, en effet, aboutir à une cohabitation que l’on qualifie ici de scénario du pire, sachant que M. Mélenchon a le profil du ''déserteur'' qui mènera la vie dure au Président. Ce qui donnerait un remake de 1986 (Mitterrand face à Chirac) mais sans la pratique policée de l'ex-RPR. Car, cela est un secret de polichinelle, le patron des Insoumis voue un mépris exécrable à Macron qu’il traite sans répit de monarque dévergondé.


Deux scénarii, le moindre mal et le pire


Les législatives de juin 2022 en perspective offrent à l’observateur de la politique française deux scénarii qui s’excluent mutuellement, avec prédominance du pire. Il est, en effet, usuel que les Français changent de majorité presque tous les cinq ans depuis 1986. Leur vote est instable parce qu’ils ne sont jamais ‘’satisfaits’’ des gouvernants en exercice. Et en croyant que changer d’équipe est un facteur d’espoir est en fait un leurre qui s’apparente à un déni impérial : sanctionner ceux qui sont au pouvoir.


Qu’Emmanuel Maroc ait été élu par « défaut » comme se sont plus à qualifier cette élection tous les médias, cela n’enlève rien la valeur symbolique d'un donné objectif : la France vire à l’extrême droite avec facilité, tant la crise due au Covid et la dégradation du pouvoir d’achat de larges pans de la société française (plus de 9 millions de Français vivant au-dessous du seuil de pauvreté - statistiques officielles) ont exacerbé le rapport du « peuple » à l’Etat. Le mandat présidentiel macronien a par ailleurs banalisé la répression policière, la mise sous surveillance permanente des citoyens, le développement de la haine de l’étranger et l’instinct souverainiste, phénomènes qui ont fini le travail de sape de la démocratie à tel point que la « République » a besoin de se réinventer, le politique de se refaire une beauté et la citoyenneté trouver refuge dans la paix sociétale. En d’autres termes, la Vè république est aujourd’hui le mal à éradiquer à sa source : revoir l’ensemble des mécanismes d’exercice du pouvoir, refonder la hiérarchie institutionnelle, remettre à plat les bases de la représentation nationale et, in fine, redéfinir le mandat et les attributions du Chef de l’Etat.


Les élections de juin 2022, que l’on qualifie déjà de 3è tour, semblent drainer toutes les passions, ce qui augure d’une véritable guéguerre entre les différents protagonistes. Dans cette dynamique crevassée, il semble bien que le scénario du pire est le plus probable à venir, la majorité changeant de cap et de profil, le Président élu le 24 avril devant se coltiner un gouvernement qui ne sera pas issu de sa famille partisane, LREM. Et, dans ce scénario, le ‘’jeu de dames’’ s’oriente vers des hostilités Président vs Premier ministre, ce qui risque à terme de paralyser le système de partage des prérogatives entes les deux mamelles de l’Exécutif.


Au regard des résultats de cette élection présidentielle, quels scénarii se présenteraient devant Emmanuel Macron ?


L’option optimiste est que LREM dispose d'une large coalition (LR, les Vers et les déçus du PS ainsi que de la droite classique), ce qui permettrait au Président élu de mettre en œuvre son ‘’programme’’ tiré des enseignements des cinq dernières années. Pour donner sa chance à ce scénario, le Chef de l’Etat devrait rassurer les électeurs et les convaincre qu’il a bien appris la leçon des erreurs passées en mettant sur les rails les prémisses d’une politique sociale qui aille dans le sens des aspirations des Françaises et des Français. Le gouvernement qu’il devra nommer incessamment doit donc refléter cette volonté de changement, ce qui pourrait booster les candidats de ‘’sa’’ majorité au lendemain du scrutin du 19 juin prochain. Improbable gageure, deux mois étant insuffisants pour dessiner les grandes lignes du changement escompté. D’où le scénario du pire.


L’option névralgique, la plus indiquée au vu des choses politiques actuelles, consisterait en le triomphe du bloc autour de Mélenchon, réunissant la France Insoumise, les diverses gauches hors PS et tous les déçus de la période macronienne close par les élections du 24 avril dernier. C’est ce scénario qui paraît se dessiner conjoncturellement et qui ressort des chiffres livrés par le scrutin des 10 et 24 avril.


Certes, les élections législatives sont d’un autre ordre que celles présidentielles, les premières mettant en compétition des candidats liés à leurs territoires. Les enjeux sont donc différents et l’on pourrait envisager que la carte électorale ne soit pas radicalement bouleversée, les LR, FN et LREM pouvant rester sur une dynamique de continuité quant-aux choix des électeurs. Or, le bémol est que les électeurs actifs (hors abstentionnistes et votes blancs) changent de comportement selon la conjoncture du moment. Celle-ci est pour le désaveu du mandat macronien. Ce qui nous ramène en toute vraisemblance à un vote de défiance à l’encontre de LREM d’Emmanuel Macron. Il ne faut donc pas lier la victoire de Macron a un quelconque choix libre, mais plutôt par « obligation circonstancielle » pour barrer la route à l’extrême droite. Ce qui ne sera pas le cas les 12 et 19 juin.


Le scénario du pire est plutôt engagé dans cette perspective, d’autant que le Chef des insoumis, Mélenchon pour bien le nommer - qui se voit déjà Premier ministre - a jeté dans la mare de la surenchère politique sa volonté de ’’gouverner’’, autrement-dit d'exécuter une feuille de route qui ne sera pas celle du Président élu.


Pourquoi opter pour un tel scénario ?


Les résultats du 1er tour des présidentielles françaises ont catapulté la France Insoumise en 3è pole position, loin devant les LR, le PS. et les écolos il n'est pas dit que les législatives n'aillent pas dans le même sens et confirment le désaveu à la fois de la droite classique (LR) et du parti socialiste, nonobstant le cas epsilon des Verts.


En ce sens et dans le cas de ce scénario du pire, deux cases, parmi tout un lot de situations, mettront le feu à la maison en l’espèce.


D’abord, le changement de modèle républicain. La France Insoumise vise l’institution d’une VIè république. Celle-ci a la nette ambition de ‘’détrôner’’ le Président de son statut de ''roi de fait'' en amoindrissant ses prérogatives constitutionnelles. D’où le référendum martelé à tout venant par les Insoumis. Emmanuel macron s’opposera bec et ongles à cette perspective qui viderait son mandat de toute substance exécutive.