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La France ne vote plus, et voguent les ruptures...

Dernière mise à jour : 17 juin

Le 1er tour des élections législatives françaises ont un acteur triomphant : l'abstentionnisme (52,68% du corps électoral). C’est énorme ! C’est même alarmant, car cela institutionnalise dans la durée une tendance politiquement placide qui a commencé en 2012 (44,60%), qui s’est aggravée en 2016 (57,36%) et qui semble s’inscrire en acteur majeur de l’indifférence à l’égard des institutions républicaines et de l'implication citoyenne dans la vie institutionnelle nationale. Or, au-delà des chiffres, c'est la vie démocratique qui est en jeu.



Par Najib BENSBIA I FOCUS - Est-ce normal pour un pays dont la population ne se reconnait plus, pour plus de la moitié des citoyens, en ses ‘’leaders’’ ? En effet, deux mois après les élections présidentielles, le suffrage perd plus de 12 millions d’électeurs, soit 35,2 % du corps électoral. Dans ce marasme, la NUPES, qui avait l'ambition de redonner confiance aux électeurs et rameuter les ''résistants'' au jeu démocratique, a perdu 5 millions des voix qui s’étaient portées sur les candidats de gauche à la présidentielle d’avril 2022, soit 45,7 % de son corps électoral. ''Ensemble'' (majorité présidentielle) s'est vu délestée de 3,9 millions des suffrages recueillis par Emmanuel Macron (39,8 % en avril), alors que le RN a égaré 3,8 millions (47,7 %) d'électeurs entre les deux élections (présidentielles et législatives). Ce dépeçage pourrait s'aggraver lors du 2è tour de dimanche 19 juin si la mobilisation ne fait pas le plein parmi surtout la majorité présidentielle et l'opposition menée par la NUPES.


Un son de cloche néanmoins ‘’optimiste’’ tempère cette atmosphère délétère : l’arrivée au coude à coude lors de ce 1er tour entre ''Ensemble'' (LREM+MODEM) avec 25,75% des voix et la NUPES (25,66%) réunissant les candidats de la gauche et de l’extrême gauche sous l’étendard de la ''Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale'' - NUPES, d'autant que quelques 400 candidats de cette union sont en ballotage pour le 2è tour du 19 juin. Ce résultat partiel réconforte une analyse que nous faisions ici même présupposant que le socialisme ne serait pas mort mais simplement en veille pour un nouveau retour.

Lire en ce sens: Le socialisme est-il définitivement mort et enterré ?

Certes, la NUPES n’a pas forcément cet identifiant socialiste tel qu’on le connaissait jadis. Il n’en reste pas moins qu’avec les suffrages exprimés le 12 juin en faveur de l'ensemble des partis de gauche, on n’en est pas loin, en ce sens que la vision, le projet commun et les ambitions sociopolitiques de cette union se situent bien à gauche de la droite macronienne, de celle républicaine (LR) et de l’extrême droite toutes tendances confondues. Cette alliance des diverses gauches peut être considérée comme étant à la fois la négation de la droite macroniste et des autres droites, notamment celles extrêmes. Bien sûr, l’utilisation ici de la notion ‘’gauche’’ est faite avec toutes les précautions d’usage quant-à la politique publique qu’une telle coalition aurait à mener dans un environnement mondial, économique et géopolitique en proie à toute les incertitudes que nous vivons actuellement.


La droite classique est finie


Un premier regard sur les résultats du 1er tour des législatives françaises du 12 juin dernier dresse un tableau politique assez clair : La droite classique, représentée en Les Républicains (LR) est laminée (10,42%). L’extrême droite, malgré sa défaite aux présidentielles du 24 avril, a réussi la gageure de se placer 3è force du pays avec 18,68% (RN), loin devant la famille politique des De Gaule, Pompidou et Chirac. Pire ou pis, il semble bien que la quasi-majorité des Français n’en veulent plus. Mais est-ce que le message sera entendu par un parti qui devrait se dissoudre dans une autre mouvance tant elle n’a plus de vision pour la France réellement républicaine et moins encore de place viable sur l’échiquier partisan français ? Rien n’est moins sûr, les politiques perdants n’écoutant que le son de leurs propres chimères.


Il est d’évidence qu’aujourd’hui l’électorat français est émietté entre une gauche pluri-tendances qui n’a pas encore retrouvé toute sa verve mais qui re-perce tout de même, une droite extrême dont la voix porte de plus en plus haut (ce qui est un risque, voire un danger en soi) et un entre deux (LREM, aujourd’hui réunie sous le slogan ‘’Ensemble’’, ce qui est une bizarrerie bien française) qui n’est ni vraiment à droite ni encore tout à fait à gauche, mais certainement pas au centre.


Ce tableau sera plus parlant le 19 juin prochain, mais il semble parfaitement clair que la France est partie pour une cohabitation bis, ce qui serait le pire des scenarii, sachant que le Président et le Premier ministre joueront au chat et à la sourie le long de tout un mandat. Car, rappelons-le pour la codification, Macron (LREM) ne se laissera pas faire et Mélenchon (NUPES) ruera dans tous les brancards, ce qui donnerait un mélodrame politique pathétique inédit dans la France actuelle.


En tout état de cause, la France de la prochaine gouvernance quinquennale est face à un dilemme pour ainsi dire cornélien : est-ce qu’elle saura apaiser les tensions qui perturbent la paix républicaine car, à n’en pas douter, quelle que soit la majorité qui se dégagera après le 2è tour des législatives, le pays s’engage d’ores et déjà dans un tunnel qui risque de mener vers la déconfiture de la 5è république et, en toute plausibilité, à une guéguerre civile en sourdine.


De fait, le 1er tour des législatives françaises s’inscrit dans une logique de retour de manivelle en faveur de la gauche, bien qu’il soit compliqué d’expliquer ce que cette notion exprime aujourd’hui, et en tous les cas dans le rejet de la société post-pandémie de la gouvernance telle qu’elle a été gérée par le capitalisme mondialisé. Avec le phénomène de l'abstentionnisme et la montée de la radicalisation comme tendances politiques majeures, la France se fraie un chemin sinueux vers la déconstruction.


Ce constat est en soi magnifiant en cela qu’il confirme que rien n’est jamais acquis définitivement, ni l’échec ni la victoire, le temps politique étant le plus ouvert à ce hiatus de l’événementiel de quelque ordre il puisse être. Et si, après plus d’une cinquantaine d’année d’omniprésence perforante, le socialisme s’est délité pour devenir ce ‘’cadavre à la renverse’’ (dixit BHL - Bernard-Henri Lévy), il est dans l’agenda historique qui court que le libéralisme version capital financier arrogant est entrain de céder le pas face à la remontée, timide certes mais conquérante, d’un mouvement qui s’est auto-déclaré populaire, écologique et social (pour être au diapason des temps actuels) afin de se démarquer du socialisme diabolisé par un autocratisme suicidaire.


Il est entendu que rien n’est encore joué, mais vu les résultats du 1er tour de ces législatives, le macronisme paraît avoir fait le plein, alors que la NUPES peut espérer rameuter tous les déçus du mandat précédent lors du second tour.


Et vogue les ruptures !


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Photo : Les 3 M (Macron, Mélenchon et Marine) in site Le Parisien du 12 juin 2022