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La vidéo Benki : Alerte ou brin de machiavélisme primaire ?

Dernière mise à jour : 28 avr.

Je ne lis plus et n’écoutes jamais ou visionne ce que peut débiter le sieur Benkirane depuis longtemps déjà. Les raisons à cela sont nombreuses mais dont l'une est essentielle : nous ne partageons aucune valeur, aucun principe et aucune croyance. Il est aux antipodes de ce que je crois et il ne peut adhérer à ma vision de la vie, de la liberté, du libre arbitre... Bref, nous sommes inaliénablement antagoniques.

Cependant, en cette soirée de mercredi 23 décembre de l'année coronarienne, un ami m'a envoyé une vidéo de ''benki'' (c'est le surnom que je lui ai donné du temps où il était Chef de gouvernement) m'invitant à la voir sans coupure. Car cet ami était conscient qu'il me fallait avoir la patience et le courage indulgents pour suivre ce monologue de 26 mn et des miettes ! J'ai pris mon mal en patience et je me suis fortement suggéré de visionner cet appendice des temps actuels.

J'ai ainsi vu et écouté jusqu'à la fin le contenu de cette vidéo et, comme je suis un analyste politique complexe, cela m'a soufflé une triple lecture :

  • Scénario objectif : benki, qui est connu pour celui qui tire les ficelles de tous les problèmes que vit El Othmani au sein du parti, ne veut pas s'attirer la foudre de ''l'Etat'' (au sens large et philosophique) dans l'agitation intérieure que connaît le PJD depuis la déclaration de Trump sur le Sahara marocain et le communiqué du Cabinet royal y afférent mais, surtout, la signature par le Chef du gouvernement marocain (qui est également SG du PJD – ce parti dit islamiste) des accords avec les USA et Israël. Donc, pour se dédouaner, il a fait cette déclaration pour dire ‘’je n'y suis, cette fois, pour rien’’ dans ce qui se passe dans les interstices de la ''famille''. Il s'en est même offusqué jusqu’à sembler tartuffien.

  • Scénario complémentaire : En se démarquant de cette agitation, il se repositionne pour d'éventuelles prétentions, en cela qu'il ne peut rechigner de bénéficier des opportunités qui semblent s'ouvrir avec cette nouvelle perspective en s'inscrivant à l'actif des décisions royales de quelque ordre qu’elles fussent.

  • Scénario le plus probable : Tout en faisant agiter ses pions au sein du PJD pour discréditer son Chef (El Othmani), il déclare officiellement qu'il n'est pas d'accord avec cette agitation et se fait passer pour l'indéfectible défenseur de la monarchie et de l'Etat. Objectif: reconquérir le parti et, pourquoi pas, les faveurs de qui de droit.


Il est entendu que, tel que je me suis fait une idée du personnage depuis presque toujours, je serai plus enclin à faire un mix entre le 1er et le 3e scénarii, car ce cocktail est le plus proche de la réalité des faits. Bien sûr, un politique du genre benki ne voit qu'une face de la pièce qu'il jette dans la marre de la surenchère, celle qui le fait briller au point de ne pas distinguer le revers de la médaille. Or, il devrait le savoir, personne de sensé ne croira en la sincérité absolue des propos tenus dans la vidéo, pour la simple raison qu'il est (le sieur benki bien évidemment) le plus futé (excusez cet usage argotique) de l'aéropage pjdiste.

En lançant sa vidéo, benki avait deux visées confluentes: régler définitivement le compte d'El Othmani via les instances internes du parti, dont le Conseil national d'abord et surtout. Faire-croire qu'il n'a aucun belliqueux sentiment à l'égard de la sacro-sainte souveraineté de l'Etat, ensuite. D'une pierre deux coups, comme dit le sens commun. Le brin de machiavélisme est là, bien que cela soit subterfuge que toute personne de moyennement intelligente ne saurait ne pas comprendre. La vidéo est tellement ronronnante, emplie de répétitions ''complotistes'' par défaut que la sincérité feinte s'invite à la provoc-pogrom comme aurait affirmé un marxiste des temps de jadis.

La sortie de benki est en fait un appel sournois et direct à mettre en difficulté institutionnelle le Chef de gouvernement au sein du parti (PJD) en premier, le montrer du doigt face aux petit peuple crédule ensuite et vis-à-vis de l'État enfin. Car un Chef de gouvernement qui est ''désavoué'' par son propre parti ne sert pas les intérêts suprêmes du pays. La pièce de rechange ? Suivez mon regard : sorti par la porte, benki obtiendrait sa revanche pour qu'on l'invitât à revenir via la petite fenêtre. Comme les larcins en somme.


Le puzzle mis en place par la vidéo est donc limpide : incriminer le Chef du parti qui a ‘’osé’’ se mettre à la même table que le représentant officiel de l’État d’Israël. Pire, en commettant l’impair historique de normaliser les relations israélo-marocaines à l’insu de la morale populaire, le Chef du parti serait un ''intrus'' ! L’attaque a porté ses fruits, puisque le Conseil national du PJD s’est fait convoqué, par vidéo interposée, en réunion extraordinaire le 27 décembre 2020.


Sous la pression des faits et réactions cependant, le sieur benki et ses deux principaux acolytes (El Azami et Hamieddine, qui s'agitent sans intelligence) auraient tenu une réunion à l'insu d'El Otmani dans la demeure de l'ex SG du parti, où il a été décidé de reporter la réunion du Conseil national prévu le 27 décembre dernier, objet/objectif matriciel de cette fameuse vidéo de la susurre kiranienne. Les trois ''fomenteurs'' ont dû réaliser, après coup, que ce n'était pas une bonne idée, que ce serait même une folle et ringarde idée de prêter le flanc à la loupe des appareils d'Etat par ces temps de sensibilité nationale et internationale...

C'est en cela qu'il est important pour benki et consorts de ne pas prendre leurs vessies pour des lanternes. L'intérêt suprême de l'Etat justement est de ne pas semer le discrédit sur ceux qui le servent dans les moments de crise, quels qu'en soient la nature, le timing et le libellé. El Othmani n'est certes pas un homme politique charismatique, et encore moins un éclat de brillance gouvernante, mais il demeure le Chef de gouvernement en exercice. Et en cela, il ne doit pas être le dindon de la farce pjdiste servi au plat benki. Car, il est désormais clair que cette vidéo n’avait qu’un seul objectif matriciel : Mettre sur la sellette El Othmani, le rendre minoritaire et, ipso facto, le discréditer aux yeux de tous, y compris l’État.


En montant sournoisement la ''base'' du PJD contre le SG du parti, c’est en fait le Chef de gouvernement qui est mis en cause dans son statut. Or, en le faisant, les jusqu'aux-boutistes pjdistes risquent de jeter ce parti dans les enfers de la realpolitik, celle qui ne plaisante pas avec les apprentis-complotistes. Car, au-delà de la mise en cause d'El Othmani, signataire des accords maroco-américano-israéliens, ce sont les actes d'État que l'on vise, sur lesquels on sème le doute et dont on essaie d’interpeller la légitimité. Ce fait est plus que risqué, il est dangereux par les temps actuels. Benki devrait en être conscient et averti; on ne badine pas avec les actes d’État souverains !


En tout état de cause, les élections de 2021 sont encore loin, il faut le savoir. La mémoire populaire est courte, elle ne retient que l’instant présent, hier et l’avant-hier ne résistent pas à la politique des pas perdus dans la délinquance, aventureuse par essence. Si benki croit qu’en ‘’humiliant‘’ le Chef en exercice du parti, il ‘’sauve’’ celui-ci, il devrait réviser son abécédaire politique, partisan et électoral. finalement, il doit se convaincre qu'on ne finit jamais d'apprendre.


Au Maroc, ce bon pays qui est le nôtre, le peuple est plus intelligent que les marmites sifflantes. Celles-ci brûlent par/sous le feu qui les fait sauter en un tour de rectitude salvatrice.


Photo : Le siteinfo du 18 novembre 2018.