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Larguer définitivement le PJD

Dernière mise à jour : 28 avr.

Najib BENSBIA, 18 mars 2017, mis à jour le 18 mars 2021

Il y a quatre ans de cela jour pour jour (le 18 mars 2017), nous l'écrivions ici-même, le sieur benki (Benkirane pour les profanes) allait tout faire pour rendre la tâche compliquée à Saâd Eddine El Othmani, pressenti alors Chef de gouvernement, pour montrer qu'il est le vrai Chef. Et il l'a fait haut en couleurs, des petits artifices pour mettre en effervescence les agités du parti, en passant par la vidéo subterfuge mise en ligne fin décembre 2020 par ses soins et jusqu'à sa mise en scène, la semaine dernière, simulant le gel de ses activités au sein du PJD. Le plus politicien des politiques du PJD est là, en agitation permanente pour se sentir vivre. Pourtant, il aurait dû se faire plus discret et disparaitre dans la nature qui pardonne les ingratitudes de toute sorte. Hélas, il ne se tait que forcé, comme toujours.

La mise à la porte du sieur Benkirane (Benki pour les éclairés) a permis la nomination d’un outsider, Saâd Eddine El Othmani, deuxième dans la hiérarchie pyramidale du PJD, Chef de gouvernement. Cette nomination a été saluée en son temps unanimement par le Conseil national du PJD, lors d’une réunion extraordinaire tenue le samedi 18 mars 2017, qui a donné carte blanche à El Othmani pour former son gouvernement.


Carte blanche, dans le jargon à peine voilé du PJD, signifie sous le contrôle et l’entremise, comme on s’y attendait de toute façon, du Secrétariat général du parti (alors en exercice), entendre le sieur Benki (Benkirane pour les profanes). Ce qui n’a pas auguré d’une bonne volonté, le Chef largué ayant signifié, dès les premières heures de cette nomination, que si on l’a sorti par la porte, il allait garder un œil sur tout le monde à travers la fenêtre. Heureusement le nouveau promu ne s’est pas laissé téléguider par l’apôtre des «crocodiles et Cie»…


Comme nous l’écrivions ici-même il y a quatre ans de cela, le Sieur Benkirane n’est pas de ces personnes qui quittent le navire de leur propre initiative. Il faut les débarquer pour qu’elles comprennent qu’elles sont persona non grata. Ce fut fait. Il a été mis à la porte à l’initiative du roi Mohammed VI. Le sieur Benki résistera, nous le savions déjà, avec toutes ses forces malignes pour ronfler contre tout et tous. Parce que, pour lui, être débarqué ne signifie pas qu’il quitte les eaux pas claires de l’océan politique marocain, avec ses vagues désarçonnantes et ses valses non-harmoniques. Mais, pour la forme du moins, Benki ne sera pas aux premières loges pour décider. Ce qui fut un acquis en soi.


Il aura donc fallu, à l'issue des législatives de 2016, cinq longs mois (6 longs mois en fait), avec leur lot de dissonances, de palabres gluantes et de gémissements pour que le pays entrevoie une petite éclaircie. En nommant Saâd Eddine El Othmani, le Chef de l’État a offert l’opportunité à l’establishment de remettre les mains sur les rames du navire.


Différent dans le tempérament, la vision politique de proximité et le comportement institutionnel, Saâd Eddine El Othmani nous a fait, comme nous l’espérions dès sa nomination, l’amitié de l’économie des salves folkloriques qui ont caractérisé le mandat du sieur Benki depuis 2012. Bien que, dès sa première sortie médiatique ce même samedi 18 mars 2017, il ait considéré opportun de faire sa première déclaration en amazigh devant les médias. Nous gagions, cependant, que cela ne fut que tactique de conjoncture et, qu’enfin, il allait nous permettre surtout de lire la politique sous une forme plus assagie, plus prompte au décodage logique, plutôt que de plonger la tête enfouie dans les aisselles et ne sentir que ce qui est nauséabonde dans le jeu de pouvoirs dans le Maroc officiel.


Dans la durée, El Othmani montrera qu’il ne décide de rien, même pas les plats de troisième choix. En effet, il a toutes les caractéristiques de l’anti-héros. Il a l’étoffe de ces «leaders» qui tournent sur place plus qu’ils ne parlent. Il a donc eu la tâche difficile, au vu de tous les dégâts causés par son prédécesseur sur le terrain de la pratique politique et partisane. Il a essayé, sans réussir, de balayer dur pour que la confiance soit le vecteur d’alliances, plutôt que la méfiance qu’a parsemée partout son coreligionnaire. Il devait, en effet, donner la preuve, dès les premiers contacts qu’il a eus avec ses potentiels alliés, qu’il est plus serein, ce qui ne fut pas une partie de plaisir, ni pour lui ni pour le politique marocain.


Rebelote donc pour une nouvelle navette PJD/autres partis politiques susceptibles de constituer une majorité pouvant former ce gouvernement que le pays et le citoyen semblaient de toute façon ne plus attendre, tant il remplit laborieusement le vide. El Othmani a eu sa majorité, bien que ce fût avec plus de pertes que de profit ! Puis le Covid-19 est passé par là, ce qui a démontré l'inutilité d'un gouvernement à stature efficiente, l'essentiel de la lutte contre la pandémie ayant été - est toujours - menée en dehors de sa sphère de décision.


Cinq ans plus tard, c’est-à-dire à quelques mois des législatives de 2021, El Othmani et son PJD auront laissé le politique en piteux état, donné le goût très amer à ceux qui en attendait une illumination quelconque, déçu le plus fan d’entre les fans et, surtout, convaincu tout le monde que l’Etat ce n’est pas eux, mais la monarchie et tant mieux !

Entre 2011 et 2021, le Maroc a perdu beaucoup de temps (10 ans !) dans cette pièce de théâtre sans envergure que nous ont imposé les Benki, El Othmani et leur PJD par la force d’un printemps arabe qui a fait éclore une mauvaise herbe, au lieu des pétales étincelantes pétries de démocratie réelle et par le bas.

Le pays a ainsi rythmé toutes ses attentes dans une marmelade sans arôme et moins encore de saveur. Entre-temps, l’éternel numéro 2 du PJD (El Othmani) n’a pas agi en conséquence. Il n’a pas réussi à se débarrasser de l’influence et l’intrusion néfastes du sieur Benki, qui l'ont fatigué dans des querelles marginales.


C’est en cela, pour cela, que le Maroc en devenir devrait s’acheminer vers de nouvelles élections (celles de 2021) plus qualitatives pour larguer définitivement le PJD comme parti de gouvernement. Du moins le souhaite-t-on !