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Le boycott des intellectuels, artistes et sportifs russes: un chantage et un déni !

Dernière mise à jour : 21 mars

Depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, on assiste à un amalgame préjudiciable entre le politique et le culturel au sens large. Si, du point de vue d’une logique historique et normative, on ne peut accepter qu’un Etat s’arroge le droit inique d’attaquer un pays souverain sans raison légitime et valable, cela ne donne droit à quiconque de ‘’pénaliser’’ les intellectuels, les artistes, voire les simples citoyens du fait qu’ils portent la nationalité de l’Etat agresseur. C’est pourtant ce à quoi l'on assiste aujourd’hui, en faisant des artistes, intellectuels, sportifs... russes des ‘’parias’’ infréquentables ! Cela est plus qu’un non-sens, il s’agit là d’un déni du droit à la différence. Pire ou pis, il s'agit d'un véritable chantage exercé sur des populations désarmées.



Par Najib BENSBIA - On assiste, depuis le 24 février 2022 - date de l’agression des armées russes contre les territoires ukrainiens - à un appel systématique au boycott des artistes, sportifs, intellectuels russes un peu partout en Europe et particulièrement en France. Or, cet appel est à la fois dénué de tout fondement de causalité et une ‘’frénésie’’ négativiste qui ne fait pas la différence entre les potentats du régime poutinien et le reste des citoyens russes.


Il est d’évidence, en effet, que les artistes (musique, cinéma, art, théâtre…), les sportifs, les intellectuels… russes ne sont responsables ni de la paranoïa du Chef du Kremlin ni de ses visées bellicistes. Ils en sont même les première victimes, comme l’illustre parfaitement la répression aveugle qui s’abat encore et toujours sur les citoyens russes qui ‘’osent’’ défier le régime de quelque manière que ce soit.

Par ailleurs, ce qui est plus grave, ce boycott s'assimile à un véritable chantage exercé sur des populations désarmées pour les inciter à se ''soulever'' contre un système d'Etat omnipotent et qui a tout verrouillé. Cela est Inacceptable et inadmissible.

C’est en ce sens que la déclaration d’une artiste russe, Marina Davydova (metteuse en scène), tombe sous le sens qui affirme que le « boycott total de la culture russe me semble sans avenir ». Car, les faits historiques objectifs nous renseignent qu’on ne peut s’attaquer à la culture au nom d’une quelconque prise de position qui soit exfiltrante à la base. Et ce boycott aveugle est une atteinte au droit à la différence, dans le fond et la forme par ailleurs.


Nul ne peut, en effet, être mis en cause de par sa nationalité. Celle-ci est neutre tant que son dépositaire ne revendique aucune prise de position ‘’délictueuse’’ du point de vue de l’éthique et du droit. Les Russes, qu’ils soient artistes, sportifs, intellectuels ou citoyens ordinaires ne peuvent être la passoire toute trouvée pour déverser ‘’notre’’ hargne contre un homme, Vladimir Poutine, qui gouverne son pays en mains de fer et qui, par la même occasion, désarçonne l’entendement occidental (dont américain) par ses prises de position radicales, ses vues opposées à la vision du « monde libre » et ses intentions belliqueuses à tout ce qui vient d’ailleurs.


Or, en voulant se mettre au diapason du politique à tout faire, qui a engagé une armada de sanctions contre Poutine, contre le système bancaire russe et contre les appuis oligarques du régime, le monde de la Culture et du Sport occidental s’est aliéné en mimant des actes d’Etat qui ne sont pas nécessairement à l’abri de toute déviation, voire d’une injustice certaine à l’égard du citoyen russe ordinaire.


Certains ont argué que le boycott ne concerne que ceux parmi les Russes qui ne se désolidarisent pas avec Poutine. Cette déclaration est une contre-vérité comme l’illustre le cas du « jeune pianiste Alexander Malofeev, dont les trois concerts avec l’Orchestre symphonique de Montréal ont été annulés alors même que ce dernier a publiquement dénoncé la guerre ».

Lire en ce sens : ''Bienvenue aux Russes'', Jacques Attali

Toute cette ‘’frénésie négativiste’’ est amalgame et mauvaise foi sélective comme l’est d’ailleurs la ‘’politique des réfugiés’’ pratiquée par l’Europe à l’égard des Ukrainiens et des autres nationalités où la ségrégation, les deux poids mille mesures et le double langage en sont le fil d’Ariane.


En cherchant à mettre au ban de la société internationale des citoyens tous les Russes, les ‘’officiels’’ et autres claironneurs européens de l’aveuglement commettent un précédent à la trame ‘’fascisante’’, parce qu’ils font de l’exclusion une arme de différenciation, comme ce fut le cas sous les régimes social-fascistes des années 1930-45. Et cela est non seulement inadmissible, cet agissement zélé est un danger qui pèse à la fois sur la liberté et sur les droits individuels des minorités.


Dans le cas d’espèce, les citoyens russes, dans leur variété, constituent une minorité à l’échelle internationale qui doit être protégée plutôt que dénigrée et mise au pilori !

Lire sur le même thème : Guerre en Ukraine : refuser le boycott systématique des artistes russes

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Photo : Médiathèque Wix