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Le journalisme, un métier à l'éthique problématique...

Dernière mise à jour : 28 avr.

Le métier de journaliste au Maroc pose quatre questions problématiques fondamentales : Le professionnalisme des intervenants, l’éthique qui préside au traitement de l’information, le respect dû à la vie privée et la rigueur dans l’écriture. Cette équation explique, sans la justifier, l’incohérence qui semble sous-tendre la profession au Maroc actuel. Or, justement, à cause ou en raison de l’actualité qui domine un pays/Etat en éternelle transition, le journalisme prépondérant est la face de Janus, reproduisant toutes les conflictualités qui fondent l’ensemble des relations sociopolitiques guidant l’agir public des corps de métiers, tous les corps de métiers.



Par Najib BENSBIA I Posons deux questions préliminaires :

L’information est un bien commun. Comment garantir le droit d’informer et le droit à l’information contre toutes les tentatives politiques et économiques de les confisquer ?[1] Ces droits doivent être protégés par une législation et des moyens à la hauteur des enjeux, mais lesquels ?


Ces deux questions sont posées non pour avoir des réponses toutes faites, mais plutôt pour nous interroger sur l’état social du pays et, ce faisant, voir quel type d’information domine, dans un Etat qui n’a pas encore réglé sa relation à la loi et au Droit de manière globale.


Le journalisme, Reflet de l’état social


Le journalisme, il faut en convenir, périodise l’évolution culturelle, intellectuelle et civilisationnelle de la société, toute société. En cela, le journalisme marocain ne peut faire l’exception. Mieux (ou pis !), il en est le miroir transcendantal qui explique les avancées mais, surtout, les anachronismes qui s’articulent dans toutes les sphères de la vie de la nation (politique, économique, financière, culturelle, sociale…). Mais plus fondamentalement, pour ‘’remplir leur fonction démocratique, les médias devraient être soustraits à l’emprise directe des pouvoirs économiques et politiques. Or ce n’est manifestement le cas ni des médias privés, ni des médias publics. Les logiques financières qui prévalent dans les premiers ont désormais gagné les seconds, au point que le secteur ne semble devoir son maintien qu’à la perpétuation de sa dépendance politique’’[2]. Cela s’applique comme de l’eau de roche au cas marocain !


La société marocaine d’aujourd’hui vit, en effet, une véritable ‘’révolution’’ (pour ne pas dire fluctuation) à tous les niveaux. Cette révolution la traverse de part en part. Cela est dû, en son temps bien évidemment, au changement de règne, d’une part et, d’autre part, à la conception que se fait désormais le Marocain de son individualité. Faut-il le souligner, Le citoyen est passé d’une appartenance communautaire avérée à l’ambition personnelle sans limite. Ceci influe directement/physiquement pour ainsi dire sa façon de voir son environnement, immédiat et lointain. Le journalisme reçoit de plein fouet cette évolution/révolution, du fait de sa proximité avec le Marocain dans sa vie quotidienne, dans ses aspirations, sa représentation du politique et la manière dont il ‘’monnaie’’ justement sa perception de ce politique.


Le Maroc étant en quête d’une assise politico-sociale pérenne, le journalisme est alors ce lieu par excellence où cette mutation est la plus visible. Or, depuis 1999, le pays est en ébullition à tous les niveaux. A la diversité des expressions de l’individualisme conquérant dans le Maroc actuel, le journalisme répond par une diversité de l’offre qui, en conséquence, caresse dans le sens du poil cette diversité, jusqu’à la pervertir en adversité.


Il est de notoriété que la diversité de l’offre journalistique est bien problématique. D’abord partisane (1950-1980), la presse écrite a été ouverte à l’initiative privée, à travers la presse dite populaire (1980-1990), pour devenir complètement conquérante à partir de la moitié des années 90, en désaveu intégral de la presse partisane.


L’explosion des médias privés, voire l’inflation caractérisant l’offre actuelle, s’est incrustée à cette volonté, manifeste et exprimée par le lecteur, de lire une autre information plus agressive, profondément critique, voire à la limite diffamatoire, pour autant qu’elle puisse percer le secret d’Etat et mettre à nu l’establishment. Car, il faut s’en convaincre, c’est cette folie de l’irrespect de l’autorité publique qui a donné du punch à l’offre médiatique que connaît le pays (presse écrite, presse électroniques, radios, télés). Cette offre plurielle, diverse, inflationniste, est caractérisée par son intrusion dans la sphère publique (tout ce qui rappelle l’autorité, qu’elle soit d’obédience publique ou privée par ailleurs) ! Plus le ton est acerbe, plus la vente est assurée et plus la violence du mot devient monnaie courante, provocatrice, parce que vivotant entre le besoin de tout dire, jusqu’à l’injure, et la timidité de l’autorité publique à faire respecter la loi, rien que la loi.


Le journalisme marocain est à ce stade, reflétant un état social où tout est permis, la profession vacillant entre le désir, voulu, recherché et escompté, de gagner plus et très vite, et le sentiment que la loi est là pour l’exception, au traitement sélectif, selon la tête du client. C’est en cela que la liberté, jusqu’au non sens, jusqu’à l’anarchie, téléguide une offre journalistique qui date une conjoncture bien particulière : la quête d‘une identité politique qui ne soit ni autoritairement passéiste ni permissive à la dérision. Entre deux strates inconciliables, inconfortablement, parce que vivant dans/sur le faux semblant, l’irrespect manifeste de la déontologie professionnelle et de la loi. Cette tendance prolifère, elles est désormais rageuse, râlante à l’indignation ! Et vogue l’incandescendance.


L’éthique, Cette inconnue !


Une troisième question s’impose alors : le journalisme marocain est-il le produit de la conjoncture actuelle ? Ce qui dicte la quatrième et dernière question : Ce journalisme reflète-t-il la diversité de l’opinion publique nationale, les opinions publiques nationales et, en conséquence, la diversité des opinions ?


Comme largement décrit précédemment, le journalisme exercé au Maroc est le reflet de sa société. Parce qu’il est évident que l’offre médiatique dominante a une assise politique qui en fonde la trame, quand bien même elle serait satirique, platement débile, confinant dans une marmelade indigeste l’écrit sans morale. Car, cela est patent, dans un pays comme le Maroc, la presse a toujours eu un arrière-fond politique qui en détermine l’évolution. Et, au travers de cet engagement, on perd tous les repères : l’éthique professionnelle encore balbutiante, l’ego positif, éducatif, constructeur…, tous ces paramètres qui devraient dicter l’exercice de la profession.


En rupture organique avec le passé récent de cette histoire oubliée, répudiée, le journalisme des temps actuels accompagne la conjoncture, en influant sur elle, c’est certain, mais en subissant l’empreinte d’une demande qui n’est plus intéressée que par le voyeurisme et la vindicte. Normal, la société marocaine sortant d’une structuré étatico-institutionnelle quasi bloquée (le règne de Hassan II), transite – en y campant à mourir d’ostracisme – par un projet de société non encore accompli, parce qu’en quête permanente de sa propre trajectoire politique, normative, constitutionnelle, religieuse et, en fin de compte, sociale, civilisationnelle.


L’offre journaliste marocaine actuelle est, donc et par immédiate conséquence, le reflet presque symbolique (au sens représentatif) d’un Maroc qui vacille entre l’opportunisme institutionnel et la mainmise politique d’un appareil d’Etat, la monarchie en l’occurrence, qui veut avoir le contrôle de la société globale sans en payer le prix induit, la répression ostentatoire. Parce que le règne actuel a opté pour la démocratie, la modernité et le pluralisme comme essence de son armature officielle. Dilemme dont le répondant est, manifestement, un jo