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Le Maroc en interphases

Dernière mise à jour : 14 juil.

En ces temps de peur et la panique que cela a engendré, les citoyens du monde ont tous été à l’affût du moindre éternuement, de tout zeste de toux, de toute larme fiévreuse qui viendraient bouleverser l’ordre normal de leur vie au quotidien. En ces temps où la folie fiévreuse domine à des degrés divers nos réflexes, il est des voies pouvant oblitérer ce regard maladif, des voies pertinentes et utiles à la fois, telle celle dictant la réflexion déphasée, la réflexion engagée, l’objectif étant de ‘’coiffer’’ notre regard craintif par des biais d’intelligibilité comparée.



Par Najib BENSBIA - En ces temps où tout est à craindre, il est souhaitable de prendre justement le temps de contempler a posteriori ce qui a meublé notre factualité à aujourd’hui, afin de jeter un regard rétrospectif sur notre présent, évidemment induit de notre ‘’modèle’’, passé et très récent, de gestion sociopolitique de l’Etat et de la société globale ainsi que notre futur proche en quête de salut divin. De cette emphase analytique, nous pourrons alors nous projeter dans ce qui pourrait servir notre advenir maitrisé. Au travers de ce regard, nous voudrions relire le rapport du citoyen au politique, de la Communauté des individus aux gouvernants, passés et actuels, pour enfin sortir avec un clin d’œil transvasant notre vécu dominant, éclairant par là-même le chemin à prendre dans l’immédiateté durable, pondérable par/dans les attentes depuis longtemps insérées dans l’agenda de l’irréalisable.


Dès que la menace est devenue claire, en effet, elle nous a dicté ce fait invraisemblable : le coronavirus, qui a attaqué la Chine comme point d’ancrage et de profusion, s’est transmué en menace de mort pour toute l’Humanité. Nous avons alors et subitement pris conscience de notre grande vulnérabilité.


Ce qui était une pure fiction racontée dans des films prospecteurs, pour ne pas dire futuristes, nous a vite submergés dans notre réalité : la fiction est aujourd’hui notre vécu menaçant ruine, isolement et mort certaine. Comme dans ‘’Z WAR’’, ce long métrage qui raconte l’infection de toute l’Humanité par un virus transformant l’Homme en Zombie et l’altérant en une menace pour tous. Ce qui semblait une pure fiction hier, nous transmet cet enseignement : la nécessaire coordination de la lutte contre le virus à l’échelle de la planète : scientifiques, pouvoirs publics et citoyens ‘’saints’’ sont appelés à mener une guerre acharnée et coordonnée pour percer la première lueur qui pourrait arrêter la pandémie. Ce qui n’a malheureusement pas été en conscience le cas face à la traversée coronarienne, les Etats se recroquevillant sur eux-mêmes dans une sorte d’autarcie d’égoïste engrenage, se cantonnant dans des gestes de solidarité temporaire tout au plus.


Face à la propagation lancinante du coronavirus (‘’COVID-19’’ ou peu importe l’appellation qu’en donne l’OMS), les gouvernements du monde n’ont fait preuve d’aucune réelle nécessité de le combattre de manière coordonnée à l’échelle universelle, le virus se propageant à une vitesse inouïe, faisant ébranler toutes les certitudes et causant, sous sa marche forcée, outre la mort, chute déroutante du cours du pétrole, affolement quasi-désastreux des bourses et délitement pathogène de l’économie mondiale. La globalisation semble ainsi et de prime abord à la lisière de l’implosion, tant le premier réflexe engendré par cette ‘’chose’’ fut le confinement des uns et des autres à tous les étages de la vie communautaire et, surtout, dans des frontières nationales on ne peut plus hermétiques.


Pris isolément, les pays ont vogué à l’aveuglette. Chaque Etat a développé des réflexes subjectifs, croyant qu’il peut espérer arrêter chez lui la propagation d’un virus dont la racine est justement le contact. Si ‘’Z WAR’’ a traduit l’infection d’êtres humains par d’autres êtres humains par la recherche du contact, se mordant les uns les autres pour en faire de nouveaux zombies prêts à attaquer, le coronavirus puise sa puissance de contamination du souffle, du contact et donc de la cohabitation. Cette identification virale s’est traduite, en contre-attaque, par le réflexe de confinement, de désertion du contact, ce qui a induit l’éloignement, l’isolement et la très, très, très grande solitude réduisant l’Homme à son état primitif : la fuite des autres.


Au Maroc, les autorités sanitaires n’ont pas immédiatement mis en œuvre, de manière précoce, le dispositif vigoureux de dépistage, surtout au niveau des postes frontières, porte par laquelle est entré au départ, comme confirmé par les statistiques officielles, cette ‘’chose’’ qui s’est implantée chez nous par la force des contingences qui lui sont liées.


‘’Ça n’arrive pas qu’autres’’ ! C’est cela le principal enseignement de ce qui se passe avec cette infamie, qui a ébranlé toutes nos convictions, mis à mal notre sérénité de citoyens qui se croyaient à l’abri des aléas naturels, des bactéries et des microbes de tous genres. Une certitude s’est ancrée dans notre mémoire active et passive à la fois : tel que fonctionne le coronavirus, l’Humanité est bel et bien partie pour un long cycle de désolation à l’échelle planétaire[1].


Aussi, en ces temps de confinement, d’isolement volontaire, volontariste, il est utile pour nous de faire une sorte de flash-back sur notre vécu à aujourd’hui, le but étant de déceler dans notre passé récent et notre présent en hibernation ce qui nous a empêché d’avancer au rythme de nos ambitions politiques, économiques et sociales, voire sociétales. Ce regard est appelé à embrasser toutes les facettes de ce vécu, en partant nécessairement du politique, qui est le soubassement de toute notre vie en communauté.


Un triste constant s’impose à notre regard anxieux en ces temps de confinement : ‘’l’espace est devenu inutile, les villes se sont vidées, les rues et les routes sont désertes, le monde se dissout, chacun (étant) confiné chez lui, le nez sur son écran, à l’affût des nouvelles. Le monde est (devenu) un système (inerte) et chacun d’entre nous l’observe, impuissant’’[2].


Chaque Etat, chaque société, chaque citoyen, du fond de son espace qui est devenu une prison par décision, le temps se délite indéfiniment, sans répit et longuement réfléchi. Tous ensemble mais chacun du système de valeurs qui est le sien, nous avons pris notre mal en patience, en optant pour la réflexion prospective, celle qui devrait éclairer notre temps à venir, illuminant ainsi celui qui viendrait après. Faire le choix, les choix qui s’imposent désormais se sont imposés le seul choix à faire, parce que nous ne voulons plus vivre l’avant comme celui d’après. Cela semble être une exigence. Un défi. La raison raisonnable…


Mais au fil du temps, le coronavirus est décidé à rester parmi nous pour un autre temps encore, se décuplant en autant de variants que de vaccins mis en circulation. Il est décidé à mener la vie dure à cet être humain qui ne s'instruit pas de ses erreurs. Delta et autres Omicron virussiens contre-attaquent pour mieux signer la faiblesse de l'Homme face aux caprices de la nature, celle-là même que nous ne cessons de détruire, de déconstruire, de ruiner...


Najib BENSBIA - 21 déc 2021

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Notes :

* Extraits de la contribution à l’ouvrage collectif »Maroc : De quoi avons-nous peur ? »

ORION Editions, mai 2020 - Disponible en librairie.

[1] « Les questionnements complexes liés à la mondialisation ne seront pas résolus par des appels au nationalisme et à la fermeture des frontières. La propagation du Covid-19 devait s’accompagner d’un effort international coordonné pour trouver des vaccins, fabriquer et distribuer des fournitures médicales et, une fois la crise passée, faire en sorte que » l’Univers des humains ne soit plus jamais confronté à une nouvelle crise sanitaire qui paralyserait toute ses capacités d’anticipation. « Le temps n’est pas aux récriminations, mais à l’action ». In ‘’Après de coronavirus, le monde ne sera plus comme avant’’, theConversation du