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Le rôle de l'islam politique



Regroupant des chercheurs travaillant sur l’islam politique dans plusieurs aires régionales, ''Histoires des mobilisations islamistes''(*) est un ouvrage collectif qui défend la thèse que l’islamisme est avant tout une pratique politique comparable à bien d’autres.

Par Tigrane Yégavian I Sciences Humaines


De prime abord, les auteurs de l'ouvrage contestent que le phénomène ne remonte qu’aux années 1960, par réaction à l’échec du nationalisme socialisant panarabe et à la défaite face à Israël. L’hypothèse d’une radicalisation progressive de l’islam (thèse défendue par Gilles Kepel) ne tient pas compte d’autres trajectoires vécues par des pays musulmans non arabes (Indonésie, Malaisie, Nigeria, Pakistan).


Les auteurs invitent à pousser le regard au-delà du cœur historique arabe de l’islam, et proposent une lecture élargie des dynamiques de mobilisation dans d’autres aires culturelles musulmanes en tenant compte de leurs environnements locaux et régionaux respectifs. Cette nouvelle lecture leur permet de mettre l’accent sur les dimensions culturelles, identitaires, anti-impérialistes et nationalistes des causes islamistes, sous un angle sociopolitique le plus global possible.


Ce large tour d’horizon leur permet de dégager cinq césures historiques depuis les prémices du 19e siècle jusqu’à aujourd’hui. Cette mise en perspective globale les mène à conclure que la mobilisation islamiste procède moins de l’émergence d’une idéologie qu’elle est le résultat d’un processus complexe de reconnexion entre les marqueurs identitaires de la culture musulmane et le politique. Il s’agirait donc d’une sorte de modernisation non occidentale en réaction à la colonisation et à ses conséquences.


Si on peut saluer la démarche et l’effort de nuance, les auteurs s’inscrivent dans une démarche de décentralisation de l’Occident, attribuant à l’entreprise coloniale un rôle de moteur dans le développement de l’intégrisme islamique. Ce faisant, ils oublient un peu de signaler le rôle financier majeur de l’Arabie Saoudite et, en moindre mesure, du Qatar dans l’exportation du wahhabisme en Afrique, au Caucase et en Occident.


(*) ‘’Histoire des mobilisations islamistes 19e-21e siècle’’, François Burgat, Matthieu Rey (dir.), CNRS éditions.