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Le retour de l'Histoire ...

Dernière mise à jour : 16 juil.

Najib BENSBIA - Dernière mise à jour : 18 déc. 2021


L'Humanité vit, depuis le début des années quatre-vingt-dix du siècle passé, et fondamentalement depuis que terrorisme est automatiquement lié à islamisme, une période bien trouble en tous points de vue. Dans cette tourmente générale, le monde arabe, qui se trouve à son insu au centre de cette redistribution des rôles, sert de levier d’arrière-fond géostratégique à l’offensive occidentalo-américaine à l’échelle mondiale.


Par Najib BENSBIA - Qu’il s’agisse des relations internationales, de la vie économique et financière mondiale ou des relations humaines, nous sommes tous confrontés à des problèmes qui rongent, au fil du temps, notre conscience d’hommes libres, désireux de vivre dans l’harmonie plutôt que dans la confrontation, source de déséquilibres, d’injustice et de déstabilisation. Et dans cette tourmente générale, le respect de la dignité et de l’intégrité physique de la personne humaine semble bien aléatoire, face à tant de conflits qui gangrènent la quiétude sociale des individus, quels qu’ils soient et où ils peuvent être.

Stratégie mondiale de la nouvelle dominance ​L'Irak, porte étendard historique inconscient de cette redistribution des cartes géostratégiques, a été l’alibi qui a fait sombrer le monde arabe dans une nouvelle ère de domination/aliénation depuis 1991, sur l’autel d'un nouvel ordre de la dominance qui s'est annoncé meurtrier pour l'Arabe des temps égarés et de sa dislocation terminale. Il est bien clair, dans l’état actuel des rapports de force stratégiques universelles, que l’Europe ne peut qu’acquiescer à l’ordonnancement dicté par les USA compartimentant le monde en deux zones d’influence : la zone de dominance (USA + Europe) et la zone de soumission (le reste du monde dont la sphère arabe est le maillon le plus faible).


Certes, la Chine sert de puissance d’équilibre – ou déséquilibre, ce qui revient au même – temporisant de facto la puissance occidentale. Mais l’empire de la soie reste assez retranché sur lui-même et ne cherche pas à frontalement s’opposer à l’Occident américain. Le ‘’nouvel ordre international’’, né de la guerre bidimensionnelle menée contre l'Irak en 1991, a consacré cette compartimentation cimentée à travers la mise en service commandé du Conseil de sécurité de l'ONU, laquelle compartimentation a façonné l’articulation/désarticulation des zones d'influence et de dominance américaine à l’échelle internationale. Et, dans cet environnement fluctuant, il est d’évidence que les relations internationales resteront encore en bouleversements constants. Outre le monopole hégémonique qui s’est opéré suite à la disparition du bloc soviétique, les inégalités régionales et mondiales se sont exacerbées, le Sud devenant plus faible et entièrement soumis à la volonté de puissance occidentale.

La conséquence logique à cela est que le monde est actuellement en proie à la peur de l’inconnu. Mais cet inconnu est également synonyme de terreur barbare et incontrôlable, puisqu’il met en action des hordes qui, au nom de la religion, on fait le choix du meurtre plutôt que la sagesse du dialogue et de la négociation, donc du règlement des conflits dans le respect de l’esprit et la lettre de la Charte des Nations Unies, c'est-à-dire dans la paix et la sécurité mondiales. ​ ​La ‘’mort’’ du marxisme n’a-t-elle pas, au début des années quatre-vingt-dix du 20è siècle la fin de l’histoire sociale au profit de l'histoire économique et financière capitaliste, celle-ci envisageant la démocratie s’en référant en un mélange conceptuel anachronique entre pacification et guerre totale sous la poigne des États-Unis !


La fin de l’Histoire ?


La fin de l’Histoire (non pas dans le sens où la veut Fukuyama) s’articule ainsi en l’affirmation que la ’’démocratie libérale capitaliste est la forme politique (autrement-dit accomplie), le point de non-retour de toute lutte politique (à l’échelle nationale et internationale). Pourquoi ? Parce que la démocratie du libre-échange serait le système politique qui satisfait le mieux les aspirations des individus, en reconnaissant leurs droits à régler leurs affaires collectives et en leur donnant le maximum de liberté pour réaliser leurs propres objectifs’’ à l’échelle humaine! ​ L'Histoire universelle actuelle, qui se dessine depuis deux décennies sous les auspices de la stratégie mondiale américaine, à laquelle adhère nonchalamment l'Union Européenne, occulte les nuances de style et les subtilités de l’esprit, tant les intérêts des uns et des autres sont convergents et s’inscrivent dans une vision diachronique de l’Humanité plurielle. Or, du Sud au Nord, cette Histoire ne peut être démocratiquement complémentaire. Car, en ce sens, la démocratie serait l’apanage de l’unique libéralisme, fondement de l’État capitaliste/financier occidental. Or, la pluralité est, dans cette stratégie ou, si l'on veut, géostratégie, un antagonisme primaire, le libéralisme étant la formulation finie de l’histoire humaine contemporaine, à l’aune de laquelle il n’y a plus de mouvement créateur, mais une simple répétition des réflexes guerriers surdéterminant l’espace américano-occidental à la dimension du globe. ​


La guerre du Golfe (dans ses différents scénarii), en plus du fait qu’elle serait codifiée comme étant celle ayant amorcé le nouveau traçage du partage stratégique du monde, est l'alibi qui a conforté le conscient collectif occidental dans ce qu'il croit être la lutte intransigeante contre l'empire du mal, surtout si celui-ci s'auréole d'Islamisme et de panarabisme. Ne voit-on pas, en effet, se dessiner différentes théories amalgamant Islam, terrorisme, extermination des poches de résistance au nouvel ordre international dans l'inégalité des chances et des statuts ! ​


Aujourd'hui, avant l’attaque coronarienne bien entendu, tout l'Occident a noyé sa morale dans l'émerveillement antiterroriste sous prétexte de guerroyer contre les foyers terroristes. Cette solidarité collective occidentalo-américaine est envoyée à la face du monde via l'après 11 septembre américain et les différents actes criminels qui ont émaillé la scène internationale (de Paris à Tunis). Superbe supercherie née de la restratification stratégique mondiale,

façonnée par/dans les vertus de ce fameux 11 septembre 2001, devenu l'alibi fondamental de tous les égarements institutionnels à l'échelle de la planète. Dans cette équation de la guerre à l'infini, les libertés individuelles et collectives sont mises à la trappe et, en aval, les extrémismes de tous bords s’acoquinent avec le retour du conservatisme et le triomphe amer de l’extrême droite un peu partout en Europe. Bien sûr, depuis que le Covid-19 a ébréché cette campagne anti-islamiste et anti-arabe, l’Occident s’est fourvoyé dans une autre guerre, à l’intérieur comme à l’extérieure de ses frontières, mettant entre parenthèses les vœux creux de la démocratie et de la liberté, les individus-citoyens n’étant plus que de potentiels véhicules de virus, donc un potentiel candidat à l’isolement, pour le moins un danger immanent ! Mais cela n’est qu’un intermède, les relations internationales restant dominées par l’aveu de puissance qui met en confrontation l’ancien monde et le nouveau, USA/Union Européenne d’un côté, la Chine et le reste du monde de l’autre côté.


Le retour de l'Histoire, à l'inverse de la fin de cette même Histoire, comme l'a vulgarisé Fukuyama, est dans ce retour de puissance d'une Chine en grondements tranquilles mais allant crescendo, le déclin de l'Occident européen dans presque tous les domaines et l'émergence de forces marginales qui hantent les compromis fragiles assis sur les décombres d'un monde qui n'est plus géré par l'équilibre de la terreur.

Certes, Les USA continuent de servir de lanterne rouge au monde. Mais cela est simple reflet d'une crise de puissance qui se creuse. Sur le versant collatéral, des marginaux hantent la quiétude occidentalo-américaine et jouent aux enfants terribles (Iran/Russie). De ce fait, ils constituent les annonceurs d'alerte d'un autre monde, celui de la résurgence de l'équilibre de la terreur cher aux penseurs des relations internationales du temps de la guerre dite froide.

Et en cela, l'Univers des Hommes est parti pour un retour de l'Histoire, celui qui met de l'ordre dans ce qui semble en désagrégation.