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Le socialisme est-il définitivement mort et enterré ?

Dernière mise à jour : 16 avr.

Il est aujourd’hui évident que le concept de « socialisme’’ ne revêt ni la même consonance ni le même contenu et encore moins le même sens qui enveloppaient sa substance du temps du marxisme révolutionnaire. Il y a peu de ressemblance, en effet, entre le socialisme de la 1ere moitié du 20è siècle et ce qu’il est advenu de ce ciment de la société prolétarienne qui a ébranlé, plus d’un demi-siècle durant, les fondements du capitalisme mondial. La débâcle française de ce courant de pensée et modèle de société, le 10 avril dernier, en a fait un moribond dans lequel plus personne ne semble plus se reconnaître.



Par Najib BENSBIA


L’Histoire des idées a codifié la fin du marxisme concomitamment à la chute du mur de Berlin et, plus encore, avec la disparition de l'empire soviétique conjuguée au démantèlement du bloc de l'Est. Certes, des mouvements se réclamant du socialisme ont continué à exister sous une forme ou une autre en Europe, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, sans pour autant retrouver la verve, la force et le caractère offensif tel que théorisés par les fondateurs du socialisme scientifique et du marxisme conquérant.


Les citoyens du monde ont ainsi perdu leurs illusions à partir de l’année 1985 et, de manière significative et récurrente, au milieu des années 1990. Ce qui a progressivement désespéré tous les ‘’accrocs’’ de ce modèle de société de voir l’Univers des Hommes choisir l’égalité en tout gouverner leur devenir. La contre-révolution a, de fait, remis en orbite triomphale le capitalisme sauvage et sonné le glas du socialisme jadis conquérant. La dislocation du bloc soviétique et la re-naissance des nations en Europe de l’Est a mis un terme à l’expansion d’une idéologie venue d’ailleurs, celle catapultée du/par le subconscient marxien universel prêchant l’avènement d'un monde meilleur.


Le 21è siècle a fini, par conséquent, par rendre des notions comme « gauche » et « droite » dépourvues de sens et de portée, des partis dits de droite empruntant désormais des formules et des concepts puisés des fin-fonds du socialisme originaire, alors que des soi-dits socialistes ont gouverné par des formules prises de ce bon capitalisme qui a su courber l’échine pour mieux s’ancrer dans l’espace-temps humains.


Réticents à brouter dans la mare capitaliste et son arrière-garde idéologique, certains mouvements ont cependant cherché des repères-refuges, en épousant notamment le populisme comme arme de pointage pour faire rallier à leur carriérisme les populations mécontentes de tout et surtout des ex gauche-droite.


Par ailleurs, çà et là des mouvements sociaux spontanés, refusant les systèmes d’Etat en place un peu partout dans le monde, se sont élevés contre le capitalisme mondial et, parfois, permis le retour de partis socialistes au gouvernement de leur pays respectifs (Espagne, Grèce et, dernièrement, Portugal). Et dire qu’il y a à peine 20 ans, une majorité de pays européens étaient gouvernés par des partis socialistes et sociaux-démocrates. C’est là qu’est est le nœud gordien de la grande désillusion : ces gouvernements ont failli et, de ce fait, ont été reniés par ceux qui les ont portés au pouvoir, les populations coléreuses et désenchantées.


La crise du socialisme s’est alors graduellement mais irréversiblement installée, ce qui a mis en flagellation progressive toute la gauche mondiale, qu’elle fût en Amérique latine, en Afrique ou en Europe. Depuis cinq ou six ans néanmoins, l’émergence de ‘’partis verts’’ a remis l’espoir à l’ordre des revendications du mouvement civil anticapitaliste mondial. Hélas, même les partis écologiques, qui peinent à convaincre et rallier à eux une majorité de citoyens ‘’dégouttés’’ de la professionnalisation de la politique, se sont perdus sur le court chemin parcouru. Ils ont succombé aux querelles de position (tel le cas des ‘’verts’’ français) et, dans la foulée, ont perdu la plupart des élections auxquelles ils ont participé, exception faite de l’Allemagne où une coalition avec les libéraux les ont menés au gouvernement.


Ainsi, en dehors des partis socialistes portugais et espagnol, qui ont remporté les dernières élections dans leurs pays respectifs à la faveur de la déroute de la droite traditionnelle alors au gouvernement de crise, tous les autres partis socialistes sont en déroute et ont été relégués bons derniers de leur système de partis nationaux.


Cas d’école : le 1er tour des élections en France et, avant celles-ci, en Allemagne, en Grande Bretagne, en Italie, en Grèce et probablement et très prochainement un peu partout en Europe. L’enseignement simple à retenir à cet égard est que les partis socialistes ont perdu leur âme et se sont vus évincés des instances gouvernementales ainsi que des choix de société de leurs pays et de leurs concitoyens sans qu’ils s’en rendent-compte. Cette tendance ne semble pas fléchir, les extrémismes de ‘’droite’’ ayant profité de la crise multiforme engendrée par la pandémie coronarienne pour ‘’monter’’ les populations contre leurs gouvernants ''socialistes'', diabolisés et mis au ban des sociétés nationales.


Bien sûr, la défaite structurelle des partis de gauche peut suggérer que le socialisme est en soi un leg du passé et qu’il est temps de tourner la page. Sans nier une certaine logique à cette affirmation qui renferme en elle une partie de bon sens, il n’est cependant pas permis de croire que le socialisme soit mort et enterré. Les faits historiques le montrent, comme ce qui s’est passé avec le beau triomphe des socialistes portugais très récemment, ou le regain d’intérêt pour le socialisme aux USA (eh oui, les Etats Unis d’Amérique !) parmi l’aile gauche des Démocrates depuis quelques années maintenant, ce qui a donné des candidats crédibles lors des dernières élections présidentielles ayant mené Biden au pouvoir.


C’est en ce sens que l’on osera avancer ici que le socialisme ne peut disparaitre complètement et il continuera d’exister. Certes, cette présence est conjoncturellement tellement mineure, indigente et difforme qu’elle désespère les plus ardents défenseurs des idées et principes fondamentaux du socialisme. Mais il est important de ne pas oublier, ou d’en dévoyer la certitude, que le socialisme est « l’envers du capitalisme » et qu’il s’élève contre « L’exploitation capitaliste et les différents modes de domination qu’elle implique (qui) provoquent nécessairement des conflits, des luttes, et donc l’émergence de projets alternatifs, qu’ils soient modérés ou radicaux ». Tant que ce capitalisme hybride et mortifère sera parmi les Humains, son antinomie la plus illustre et la plus ancrée dans l’histoire des idées universelles, le socialisme en l’occurrence, vivra, même à titre symbolique et en demeurant cette éternelle mauvaise conscience du capital financier.


Il est des enseignements de l’Histoire qui ne trompent pas : le retour de manivelle. Si la gauche socialiste - cela dit généreusement ici vu la conjoncture ! - digère bien la sanction actuelle qui en a fait une malvenue, elle retrouvera sa force et fera adhérer de nouveau à leurs idéal, mais sur de nouvelles bases, les citoyens écœurés du capitalisme moribond aujourd’hui en astasie.


En ce sens, pour conclure sur une note optimiste, il est d’évidence que pour redevenir forte, la gauche ne pourra l’être que lorsqu’elle aura acquis de nouveau « une implantation (parmi les populations et) qu’elle (aura) mené une guerre de positions durable. Si les modalités de la vie politique ont assurément changé, rien n’indique que l’on puisse définitivement se passer de ce lent travail de structuration, qui permit par le passé d’importantes victoires pour les partisans du socialisme » comme l’a écrit fort opportunément Jean-Numa Ducange sur