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Les États et les entreprises recourent au conseil, pourquoi et à quelle fin ?

Dernière mise à jour : 28 avr.

A quel dessein les pouvoirs publics, autant que les entreprises, engagent-ils des sommes colossales pour des prestations de conseil ? Une étude en ce sens, menée dans 21 pays européens et nord-américains sur les 20 dernières années, fait ressortir des résultats à la fois étonnants et explicites d'un besoin ''narcissique'' de se rassurer.

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Par Najib BENSBIA - L’étude menée dans ces pays a permis de conclure, selon le compte-rendu de l’un des chercheurs(*) publié sur theconversation en date du 30 mars, que les écarts, en matière de dépenses en conseils de consultation, entre les Etats et les entreprises ont partie liée avec le niveau de leur développement économique, donc de leurs richesses. Il ressort également de cette enquête que la plus grande partie des clients des Cabinets de conseil est constituée de grandes entreprises et leurs dépenses à cet effet sont très élevées.


Rush sur le Conseil quand ça va mieux


Selon les constats de cette même enquête, la conjoncture économique dominante à un temps x a un lien de causalité directe avec la demande de conseils. En effet, d'après le même chercheur, « les dépenses de conseil sont fortement influencées par la conjoncture économique. Les consultants aiment se présenter comme des médecins à qui les entreprises font appel lorsqu’elles vont mal. En vérité, c’est plutôt le contraire. Les entreprises sont plus susceptibles de faire appel aux consultants lorsqu’elles vont bien. L’explication : elles ont plus d’argent à dépenser en prestations de conseil que lorsqu’elles vont mal ! Outre le développement économique, l'étude s'est intéressée à l’impact de la culture nationale sur les dépenses de conseil ».


D’après les résultats de l’enquête, il existe une dimension culturelle qui expliquerait que la valorisation de la performance de l’entreprise ou de l’équipe dirigeante dans un État ou une entreprise justifierait la ‘’chasse’’ à la propension dans laquelle les ‘’bons résultats’’ atteints sont mis en valeur et appréciées par ‘’les bénéficiaires’’. Autrement-dit, si l’on en croit les conclusions rapportées par ‘’theconversation’’ via le chercheur cité plus haut, ceux qui recourent au conseil des cabinets cherchent à connaitre « la mesure dans laquelle l’amélioration de la performance et l’excellence sont valorisées dans un pays ».


Le recours aux conseil de consultants serait justifié, selon le même compte-rendu, par le fait que l’atout de ces cabinets réside dans leur capacité à « extraire les ‘’meilleures pratiques’’ des entreprises les plus performantes et à les transférer à leurs clients. Leur regard extérieur leur donnerait également un avantage par rapport aux salariés des entreprises pour qui ils travaillent. Alors que l'on pouvait s'attendre à ce que les dépenses de conseil soient plus élevées dans les pays qui valorisent plus la performance, et contre toute attente, les résultats montrent qu’il n’y a aucun lien entre ces deux variables ».


Bonjour l’imprévisible !


Les chercheurs ayant mené cette enquête se sont posés, notamment et in fine, une question d’opportunité. Ils se sont interrogés sur le pourquoi du recours aux consultants si l’amélioration des performances des entités demanderesses n’est pas l’objectif matriciel de ce recours. La réponse à cette interrogation suggère que ce recours dépend, en fait, de la relation que ces acteurs (États et entreprises demandeurs) entretiennent avec le facteur conjoncturel, c’est-à-dire le déroulé des faits qui se présentent à eux dans la gestion de leur quotidien entrepreneurial (ou gestionnaire aussi bien en cas de gouvernance publique ou privée).


C’est ce que les chercheurs ayant mené cette enquête ont casé dans la rubrique « maîtrise de l’incertitude », bien que cette association de mots soit pour le moins interpellative (‘’maîtrise’’ et ‘’incertitude’’, mais là est une autre question). Il s’agirait, pour les États et les entreprises de mesurer « la réduction de l’incertitude » qui menacerait en permanence leurs activités.


On comprend dès lors que les pays qui aspirent à réduire le risque d’incertitude engagent plus de dépenses que les autres qui s’accommodent de l’incertitude, en la mettant dans la catégorie des impondérables à faire avec, pour ainsi dire. A titre d’exemple, les chercheurs mettent l’Allemagne et l’Autiche dans la première catégorie, l’Italie et/ou le Portugal dans la deuxième alors que la France est entre les deux, ni prévoyante à l’excès ni je-m’en-foutiste au bon plaisir.


Les cabinets-conseils, un tranquillisant…


En bref, il semble bien que le recours aux Cabinets-conseils remplisse plus une mission de ‘’tranquillisation’’ qu’une quête de solution pour une meilleure performance ou la recherche de solutions pertinentes de gouvernance. C’est en tout cas la conclusion à laquelle a abouti ladite étude. Selon l’auteur du compte-rendu des résultats de l’étude, il s’agirait d’une sorte de pari qui tient à un donné immuable stipulant qu’« une seule chose est pire que de faire une erreur : être le seul à la commettre ».


Cette assertion, prêtée à un consultant du Cabinet McKinsey Quarterly, semble justifier l’injustifiable : dépenser pour se tranquilliser que l’on n’est pas seul dans le naufrage !


Cette sentence aurait fait dire à une déléguée interministérielle française, que les « fonctionnaires ont depuis longtemps perdu confiance en eux, en leurs compétences. Ils se sentent obligés d’ouvrir 50 parapluies, de commander 50 000 rapports pour se protéger en cas d’erreur… Quand j’entends un ministre dire que c’est difficile de décider avec un risque pénal au-dessus de la tête, je suis choquée. Ils ont été choisis normalement pour leur capacité de décision »(**)


Concluant son compte-rendu, le chercheur Jérôme Barthélémy affirme que, lorsqu’on « y réfléchit, faire appel à des consultants pour se rassurer n’est pas très rationnel. Dans certains cas, ils n’en savent pas plus que leurs clients… et ce sont plutôt eux qui auraient besoin d’être rassurés ! »


Pour abonder dans son sens, je dirai que l’expérience publique personnelle m’a appris que les consultants, surtout ceux qui vendent ‘’leurs conseils’’, sont là pour mieux dépenser l’argent public dans ce qui est superflu. Car, il faut en être convaincu, les cadres internes, (au sein de l’État ou des entreprises, surtout les grandes) sont plus outillés et mieux au fait de ce qui va et ne va pas dans la gouvernance de leurs entités. Et, surtout, ils connaissent parfaitement ce qu’il faut faire pour remédier aux carences.


Si ces sommes colossales déversées sur les trésoreries des Cabinets-conseil étaient distribuées, selon l’effort, le mérite et le rendement à ces cadres, des lumières étincelantes jailliraient des coins et recoins de tous les ministères et toutes les entreprises de moyenne et grande tailles.