Formes biologiques sauvages

FOCUS
L 'info autrement...

Les enjeux du sommet de l’OTAN de Madrid

Dernière mise à jour : 15 juil.

Les enjeux du sommet de l'OTAN, qui a eu lieu à Madrid du 28 au 30 juin, sont de quatre ordre : La Guerre en Ukraine, ses répercussions et conséquences stratégiques, l’adhésion de la Finlande et de la Suède, le financement interne de l’Organisation et les nouveaux concepts stratégiques de cette alliance militaire américano-européenne*.



Par Jean-Pierre Maulny I IRIS


1- La guerre en Ukraine et ses conséquences pour l’OTAN


La guerre en Ukraine et le soutien à Kiev constitueront un des enjeux majeurs du sommet de l’OTAN. Les alliés devraient renouveler leur soutien à l’Ukraine et se traduire par des décisions majeures :


La livraison d’armes à l’Ukraine. Formellement celui-ci ne se fait pas dans le cadre de l’OTAN, mais dans le cadre d’un groupe de contact piloté par les Américains dont la première réunion s’est tenue à Ramstein, le 26 avril 2022, et qui a tenu deux autres réunions depuis.


La posture de défense de l’Alliance. Le secrétaire général de l’OTAN a évoqué une augmentation des forces de l’OTAN passant de 40.000 à 300.000 hommes. Il a fait, dans ce cas, référence à la force de réaction rapide de l’OTAN qui est constituée des forces que les pays de l’Alliance affectent, que ce soit des unités terrestres, aériennes, maritimes ou des forces spéciales pour une période de 12 mois. Ces forces ne sont pas nécessairement déployées sur le terrain, mais elles sont mobilisables durant cette période donnée.

De manière générale, la question de la posture de défense de l’Alliance atlantique est posée à deux niveaux :


⦁ le rappel du fait que l’OTAN est une alliance nucléaire figurera dans le concept stratégique de l’OTAN.

⦁ la question d’une posture de défense avancée est posée. C’est la question des battlegroups de l’OTAN déployés en permanence dans certains pays de l’OTAN, comme dans les pays baltes, en Pologne et en Roumanie. La question de l’augmentation de ces forces est posée lors de ce sommet de l’OTAN : c’est une question à la fois d’ordre politique liée à la solidarité entre les alliés, mais également la posture à adopter vis-à-vis de la Russie, mais qui pose également la question des autres intérêts de sécurité des pays de l’Alliance, ainsi qu’une question financière.


2- L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN


La Turquie a levé son embargo sur l’adhésion de ces deux pays à l’OTAN. Officiellement, Ankara invoquait des questions de sécurité du fait de l’attitude conciliante de ces deux pays vis-à-vis du PKK et du refus de la Suède d’exporter des armes vers la Turquie.

En définitive, la demande d’adhésion de la Finlande et de la Suède a été finalement acceptée, la Turquie ayant obtenu des contreparties à la levée de son embargo et que la suède et la Finlande n’envisagent plus d’embargo sur Ankara.


3- Le financement commun de l’OTAN


Le budget commun de l’Alliance atlantique est de 2,5 milliards d’euros. Les Alliés devaient en accepter son augmentation – on parle de proposition de doublement de ce budget – afin de financer des dépenses d’infrastructures, mais également des capacités d’acquisition en commun pour les systèmes de commandement, ainsi que d’autres types de matériels. La France est soucieuse à ce niveau de pouvoir limiter l’augmentation de ces dépenses à ce qui est nécessaire et pouvoir contrôler ces dépenses.


Par ailleurs, le Fonds d’innovation de l’OTAN doit être formellement créé, doté d’un milliard d’euros sur 15 ans, et financé par les contributions volontaires des États qui auront décidé de se joindre à cette initiative, ainsi qu’un accélérateur d’innovation DIANA.


4- Le nouveau concept stratégique de l’OTAN


C’est le document stratégique de référence de l’Alliance. Le dernier concept stratégique de l’OTAN avait été adopté en 2010 lors du Sommet de Lisbonne. Le nouveau concept stratégique, qui devait être adopté lors du Sommet de Madrid, a été marqué par la guerre en Ukraine. Il fera de la Russie une menace clairement identifiée la question étant de savoir si une porte au dialogue avec la Russie sera laissée ou non dans ce concept stratégique, comme cela avait été le cas après l’annexion de la Crimée.


La deuxième question est de savoir quel traitement sera réservé à la Chine. Pour certains, dont les États-Unis, la tentation est grande de faire un lien de plus en plus étroit entre la menace russe et la Chine dans un concept d’alliance des démocraties. Les Européens, et notamment les Français et les Allemands sont plus modérés parlant de « défis systémiques ». La France argue notamment que la zone d’action de l’OTAN est la zone euro-atlantique et ce d’autant plus que l’Europe fait aujourd’hui face à l’agression russe en Ukraine, même si cette dernière n’est pas membre de l’OTAN. Les Français souhaiteraient donc que la question chinoise soit traitée prioritairement dans le cadre du dialogue Europe/États-Unis et non dans le cadre d’une alliance militaire comme l’OTAN.


Enfin, la question du rôle de l’Union européenne dans la sécurité européenne devrait également être scrutée avec attention. Le risque est qu’alors que les Européens ont multiplié les initiatives pour mieux prendre en compte leur sécurité, cet effort ne soit pas reconnu, et ce alors même que la boussole stratégique, le document stratégique européen adopté au mois de mars, fait de nombreuses références au rôle de l’OTAN pour garantir la sécurité de l’Europe. Derrière cette bataille sémantique se déroule donc toujours le débat sur l’autonomie stratégique européenne, c’est-à-dire la capacité de l’Union européenne à prendre en main son destin en matière de sécurité seule ou dans le cadre de l’OTAN.


_____

(*) Cet article a été écrit avant la tenue officielle du Sommet de Madrid. Il s'agit donc de projections et d'hypothèses de travail (Avertissement de FOCUS)


Photo : Vue des travaux du Sommet OTAN à Madrid