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Les maitres de la manipulation de masse

Dernière mise à jour : 16 juil.


Agissant dans l’ombre ou dans la lumière, les maîtres de la manipulation conçoivent des techniques de persuasion qui bouleversent nos comportements. Parce que la communication persuasive est omniprésente, dictant parfois aux individus, voire à un groupe ou à toute la société leurs envies et leurs besoins, faisant et défaisant leurs consentements. Comment appréhender la manipulation de masse et selon quels biais ?



Les dix strates de la manipulation de masse selon Noam Chomsky


Pour Noam Chomsky, les stratégies de la manipulation sont au nombre de dix. Je vais les énumérer et donner un ou plusieurs exemples à chaque fois.


La première d'entre elle est la stratégie de la distraction, ou stratégie de la diversion. Élément primordial du contrôle social, dit Chomsky, cette stratégie consiste à détourner l'attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d'informations insignifiantes. En outre, la stratégie de la diversion empêche également le public de se cultiver, de développer ses connaissances. Dans les médias, et surtout à la télévision, cette stratégie de la distraction occupe de plus en plus de place, d'autant qu'elle s'accompagne souvent, d'une belle réussite, côté audimat ! Cela va de la télé-réalité – qui en est un bel exemple – jusqu'à la ''starification'' pour ne pas dire la déification.


La deuxième stratégie consiste à créer des problèmes, puis offrir des solutions. Ainsi, on crée d'abord une situation embarrassante, pour susciter une réaction du public afin que celui-ci soit demandeur des mesures... que l'on souhaitait faire accepter, bien sûr ! Par exemple, dit Chomsky, on laisse se développer la violence urbaine pour que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou alors, on crée - ou on encourage discrètement - une crise économique pour faire accepter, comme un mal nécessaire, le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics. Les dictateurs sont les as dans ce domaine, mais dans les démocraties également, les exemples ne manquent pas.


La troisième : la stratégie de la dégradation. Celle-là est presque plus subtile que la précédente, mais elle est tout aussi efficace ! Ainsi, pour faire accepter une mesure au préalable quasi-inacceptable, il suffit de l'appliquer progressivement, par petites doses, sur une durée de dix ans, par exemple. Pour Chomsky, c'est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 -1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n'assurant plus un revenu décent... Autant de changements qui auraient provoqué une révolution s'ils avaient été appliqués brutalement.


La quatrième : La stratégie du différé. Elle est maligne, celle-là aussi ! Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme douloureuse mais nécessaire, en obtenant l'accord du public aujourd'hui.... pour une application... demain ! En effet, il est toujours plus facile d'accepter un sacrifice futur plutôt qu'un sacrifice immédiat ! Parce que l'effort n'est pas à fournir tout de suite, et que le public a souvent tendance à espérer que ça ira mieux demain, voire peut-être que le sacrifice demandé pourra être évité.


La cinquième : S'adresser au public comme à des enfants en bas-âge. La réclame, comme on disait naguère, est le meilleur exemple ! En effet, les messages publicitaires, destinés au grand-public, utilisent un discours, des arguments, des personnages et un ton particulièrement infantilisant, parfois débile. Là, il suffit d'allumer son téléviseur à n'importe quel moment de la journée pour en être convaincu !


La sixième : Faire appel à l'émotionnel plutôt qu'à la réflexion. C'est une technique classique, pour court-circuiter l'analyse rationnelle, et donc, le sens critique des individus. De plus, l'utilisation du registre émotionnel permet d'ouvrir la porte d'accès à l'inconscient et y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions ou des comportements.


La septième : Maintenir le public dans l'ignorance et la bêtise. Ici, on fera en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour mieux le contrôler. Les dictateurs sont de vrais ''pros'', en la matière, mais dans notre monde occidental également, on utilise cet outil pour voiler ou dissimuler la vérité. Cela peut être le cas dans les dangers que représentent des centrales nucléaires en fin de vie ou... dans l'absence de danger du centre d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure, tout près d'ici...


La huitième : Encourager le public à se complaire dans la médiocrité. C'est-à-dire, lui faire croire que le fait d'être vulgaire ou inculte, c'est cool, sympa, branché même ! Le phénomène s'amplifie d'année en année, gagne du terrain, et semble satisfaire un nombre croissant de nos concitoyens, notamment les jeunes. Globalement, la télé-réalité excelle dans ce domaine, tout comme, dans un certaine mesure, les chaînes d'information continue et les réseaux sociaux.


La neuvième : Remplacer la révolte par la culpabilité. Autrement dit, faire croire à l'individu qu'il est SEUL responsable de son malheur, à cause de l'insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l'individu s'auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état d'esprit dont l'un des effets est l'inhibition de l'action. Cette stratégie est très pernicieuse également. De nombreux chômeurs, de très nombreux SDF sont – ou peuvent être – dans cet état d'esprit.


La dixième : connaître les individus mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. « Au cours des cinquante dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes » dit Chomsky. Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le ''système'', poursuit le linguiste, est parvenu à une connaissance avancée de l'être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Ce système en est arrivé à mieux connaître l'individu que celui-ci ne se connaît lui-même.

Par Michel Brunner

in Journée « Médias », organisée par Citoyenneté Active

le 30 mars 2016 à l'amphithéâtre du Lycée Stanislas à Villers-les-Nancy.