Formes biologiques sauvages

FOCUS
L 'info autrement...

Les « militaro » relèvent la tête

En ces temps de guerre régionale européenne, et de menace d’extension sur tout le continent, avec déjà des conséquences à l’échelle mondiale, il n’est plus très bien vu de prôner une baisse des budgets des armées, une sortie totale ou partielle de l’OTAN, ou de dire du mal de l’industrie de l’armement.



Par Philippe Leymarie I Le monde diplomatique


EDITO - Depuis la guerre en Ukraine, la France et l’Europe — qui avaient eu tendance à baisser la garde, au moins jusqu’en 2015 — savent qu’elles en ont fini pour un moment avec l’époque bénie des « dividendes de la paix ». Elles s’attendent, de manière générale, à vivre des conflits plus durs et étendus, dits à « haute intensité », après des décennies l’arme au pied, sur le théâtre européen, ou de combat asymétrique et limité, comme en Afrique. Finies les « armées bonsaï », selon les mots du spécialiste des questions de défense François Heisbourg… expression reprise notamment, ces dernières semaines par Eric Zemmour, un des candidats d’extrême droite à l’élection présidentielle française. Un cycle trentenaire se termine. L’heure est désormais à « l’extension du domaine de la lutte », en plus fort, plus lourd, plus létal.


L’électrochoc subi ces dernières semaines devrait conduire la plupart de ces pays à remodeler tout ou partie de leur système de défense : c’est ce que préconisaient , sur un mode d’ailleurs plutôt « soft », les députés Patricia Mirallès (LRM) et Jean-Louis Thiériot (LR), dans un rapport sur les moyens dont disposent les armées françaises pour faire face à un conflit dit de « haute intensité » — texte déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale le 17 février dernier, quelques jours seulement avant l’entrée des troupes russes en Ukraine.


« Le meilleur moyen d’éviter la guerre est de s’y préparer », se justifient classiquement les rapporteurs de cette mission d’information : les nations européennes sont aux prises de plus en plus avec un « risque de déclassement stratégique » ; et en cas de guerre conventionnelle de grande ampleur, l’armée française — qui souffre de nombreuses « lacunes capacitaires » — n’aurait ni la masse, ni la force de frappe, ni la « résilience » suffisantes pour tenir sur la durée.


Un diagnostic que partagent la plupart des experts, notamment Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, aujourd’hui analyste et historien : les armées en France font preuve de réactivité, avec des unités aguerries, très disponibles, une expérience considérable acquise sous toutes les latitudes, un processus de décision très court qui permet des réponses d’urgence, et un dispositif de dissuasion nucléaire qui maintient le pays dans la « cour des grands ». En revanche, c’est « une armée d’échantillons, de bouts tout petits », qui permet d’effectuer des frappes, des raids, mais pas de tenir sur la longueur, sur la distance : c’est ainsi qu’aucune opération, même sur un théâtre d’ampleur limitée (comme en Afrique), ne peut être menée sans une aide extérieure, un fonctionnement en coalition, etc. Et qu’après un premier choc, faute de réserves, il est chaque fois difficile de remonter en puissance.


____

Photo : Défilé militaire - Wix médiathèque


<