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Liban : Une Kleptocratie qui gangrène le politique et suce à mort l'Etat

Dernière mise à jour : 16 juil.


Des élections législatives auront lieu le 15 mai au Liban. Elles surviennent trois ans après le début d’une crise économique et financière majeure qui frappe toujours le pays, et moins de deux ans après la dévastatrice explosion du port de Beyrouth, qui a tué 215 personnes et blessé plus 6 500 autres, avec des dégâts estimés à près de quatre milliards d’euros par la Banque mondiale.


Par Collectif de professeur(e)s libanais(e)s* I The Conversation


Selon la Banque mondiale, cette crise intentionnelle, l’une des pires que le monde ait connues depuis les années 1850, est le résultat de décisions prises par l’élite politique du pays. Son caractère délibéré a fait l’objet d’un documentaire de la journaliste libano-australienne Daizy Gedeon, « Enough ! Lebanon’s Darkest Hour ».


Nous sommes un groupe de professeurs en science économique, tous d’origine libanaise. En plus de nos postes académiques à l’Université d’Ottawa, à l’University of Sydney, en Australie et à la Lebanese American University, au Liban, nous avons agi à titre de consultants auprès de différent ministères et organismes nationaux et auprès d’organisations internationales.

Nous aimerions partager avec vous notre réflexion basée sur nos résultats de recherche ainsi que sur des résultats produits par d’autres économistes.


Les origines d’un système népotique


Depuis l’époque de la guerre civile de 1975-1990, la vie politique libanaise est contrôlée par des chefs de milice et des politiciens extrêmement corrompus. En 1990, les accords de fin de guerre (Accords de Taëf), ont consacré l’emprise de cette élite politique sur le pays.

Ces chefs de milices et leurs alliés politiques, issus des principaux groupes religieux au Liban, ont établi un système économique et politique de kleptocratie redistributive. La nature de ce système népotique est extrême. Les membres de cette élite politique extraient et se partagent le maximum possible de l’État libanais. Ils en redistribuent une petite partie à leur base politique, souvent sous forme d’emplois dans le secteur public.


Ainsi, ce système a amené le pays dans un mauvais équilibre. Aucun membre individuel de cette base politique n’a un intérêt à arrêter de supporter son chef de clan si les autres individus continuent de supporter le système en place. En déviant seul, un individu risque de perdre sa part du peu qui est redistribué et de sombrer dans la pauvreté.


Un système de Ponzi national


Vers la fin 2015, l’état libanais étant mis à sac par cette élite politique depuis des décennies, la Banque du Liban (BDL), présentait déjà un déficit de 4,8 milliards USD dans ses réserves nettes.


En avril 2016, ce problème inquiétant a été signalé par le Fonds monétaire international (FMI) dans un mémo adressé aux autorités libanaises. Cependant, ce mémo n’a jamais été divulgué publiquement à la demande du gouvernement libanais, qui faisait alors face à une forte baisse de confiance de la part de la population.


Dans une de nos études, nous avions analysé les fluctuations du niveau de confiance de la population libanaise envers ses institutions publiques. Les résultats de notre analyse indiquaient en effet une baisse substantielle de la confiance de la population envers toutes les institutions publiques. Les autorités libanaises ont réussi à convaincre le FMI de supprimer cette information de leur rapport officiel de janvier 2017 étant donné leur situation politique précaire et du fait que le parlement devait être réélu en 2018.


Dans ce contexte politique, les législateurs ont accéléré un système de Ponzi national qu’ils avaient déjà mis en place. Ils ont ainsi voté de nouvelles échelles de salaires publics avec des augmentations massives des dépenses d’État. Elles ont été financées par ce système qui consistait à attirer des dépôts bancaires en dollars américains dans les banques privées libanaises, qui offraient des taux d’intérêt anormalement élevés. Ces dépôts étaient ensuite utilisés pour financer la dette publique. Cette coordination entre les banques et la classe dirigeante a été rendue possible en raison des fortes connexions entre le secteur bancaire et l’élite politique.


Acheter les électeurs


Des preuves anecdotiques suggèrent que l’objectif de cette augmentation de l’échelle des salaires était d’acheter l’approbation de l’opinion publique et de préparer le terrain pour leur réélection en 2018. Le secteur public emploie 14 % des travailleurs, et cette proportion non négligeable de fonctionnaires constitue une part importante de la base électorale des partis politiques via un système élaboré de favoritisme politique.