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Macron et macronisme : bilan et perspectives

Le 2è tour des élections présidentielles françaises de ce dimanche 24 avril 2022 semble s’orienter vers un deuxième mandat du Président sortant, Emmanuel Macron. Certes, sa rivale d’extrême droite, Marine Le Pen, a ‘’recentré’’ son discours par un exercice de temporisation de la radicalisation sur un ensemble de questions clés du clivage sociétal qu’elle pourrait susciter en cas de victoire. Elle n'a pu pour autant convaincre celles et ceux qui lui vouent un rejet exécrable. En tout état de cause, il y a peu de chances qu’elle puisse être élue, le ‘’vote utile’’ étant largement favorable au candidat LREM. Au-delà des résultats de ce scrutin, que retient-on du mandat 2017-2022 de Macron ?*



C’est à cela qu’a tenté de répondre l’ouvrage collectif « L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir »(1). Les contributions des 29 autrices et auteurs permettent d’apprécier l’ampleur de la transformation du système partisan, des glissements de l’électorat et du renouvellement des élites politiques, mais aussi de faire le bilan de l’action entreprise par Emmanuel Macron avec les gouvernements qu’il a nommés et la majorité parlementaire qui l’a soutenu.

Analyser le changement n’est pas chose facile : la mesure des transformations dépend du point de référence, de l’accord sur le degré d’évolution qui autorise à parler de changement, de la hiérarchisation des enjeux, mais aussi de l’attribution toujours délicate des causalités (ainsi, dans quelle mesure les éventuels changements sont-ils dus à la présidence d’Emmanuel Macron ?).


La « rupture » est une figure imposée du discours politique et les analyses de sciences sociales sont toujours promptes à en réduire la portée. Le cadre institutionnel, le poids des choix antérieurs comme les mobilisations que peuvent susciter certaines entreprises réformatrices ont vite fait d’atténuer la portée des postures volontaristes, d’autant que les discours de rupture peuvent cacher des projets politiques dans la continuité des politiques antérieures.


Là où l’homme politique vante sa capacité à réformer « en profondeur » et le caractère exceptionnel de son action, l’analyste conclut à une forme de continuité, constate la résilience des clivages institués de la vie politique ou des figures classiques de l’élu, qui cherche à concilier « présidentialisme et proximité ».


De ce point de vue, le quinquennat Macron n’échappe pas à la règle. Les ruptures amorcées, expérimentées ou tentées dans la pratique du pouvoir ont souvent été contrariées. Le renouvellement des élites n’est que partiel, malgré la forte proportion de députés novices en politique (un tiers des députés, la plupart sous l’étiquette LREM) : ceux-ci ont été dominés par les plus expérimentés tandis que les catégories socio-professionnelles supérieures restent surreprésentées ; au niveau gouvernemental, la haute fonction publique garde une place centrale, malgré le nombre élevé au regard des pratiques antérieures, de ministres passés par des groupes privés.


Enfin, les politiques publiques du quinquennat Macron s’inscrivent très largement dans le prolongement de mouvements anciens : l’analyse des politiques de logement, de santé comme celle des politiques fiscales ou des réformes territoriales montre ainsi surtout une continuité et une accélération d’orientations néo-libérales, celles-ci étant clairement assumées, au nom de la priorité donnée à la croissance économique et aux entreprises.


Deux crises majeures sans remise en cause profonde


Les changements d’orientation au cours du quinquennat sont eux aussi à prendre à leur juste mesure. Certaines réformes annoncées n’ont finalement pas été menées à bien (le renforcement des exigences déontologiques en matière policière, la suppression d’un quart des départements) ; d’autres réformes emblématiques ont été arrêtées (la réforme des retraites).


Pourtant, le cap général a été maintenu. Les crises qui ont émaillé le quinquennat pouvaient pourtant laisser présager d’importantes réorientations. L’irruption des Gilets jaunes, même si elle répond en partie à des transformations socio-économiques de long terme, est en effet une réaction au pouvoir en place et aux politiques qu’il mène ; le président de la République est d’ailleurs pris à partie très personnellement tandis que le patronat n’est pas interpellé, alors que ce sont les conditions de travail, de salaires, de niveau de vie qui sont dénoncées.

La pandémie de Covid-19 questionne quant à elle les politiques de santé évidemment mais aussi, plus généralement, le rôle de l’État et de la dépense publique. Pourtant, si ces deux crises ont eu un impact fort sur le tempo du quinquennat, si elles n’ont pas été sans effet sur les mesures adoptées, elles n’ont finalement pas remis en cause les orientations libérales défendues par le Président de la République et ses soutiens.


Un certain pragmatisme dans l’exercice du pouvoir


Ainsi, les deux crises des Gilets jaunes et de la Covid-19 mettent en évidence un certain pragmatisme dans l’exercice du pouvoir, qui se traduit par l’adoption de mesures « exigées » par les circonstances sans que cela remette en cause les grandes orientations idéologiques. Quelques concessions sont faites face au mouvement des Gilets jaunes et conduisent l’exécutif à prendre des décisions qu’il n’envisageait pas (chèque énergie, moratoire sur la taxe carbone, annulation de la hausse de la CSG pour les retraités les plus modestes), mais ce dernier ne revient pas sur la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et « profite » même du mouvement pour accélérer l’augmentation de la prime d’activité et la baisse des cotisations sociales.


De la même façon, si E. Macron déclare en mars 2020 que « la santé n’a pas de prix, [que] le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies, quoi qu’il en coûte », si le gouvernement déploie tout un ensemble d’aides aux entreprises et à certaines professions pour pallier les conséquences des confinements – laissant filer les dépenses publiques et la dette –, si la réforme des retraites lancée fin 2019 est suspendue (mais pas abandonnée), les grandes orientations du quinquennat sont réaffirmées fermement en 2021.


En mars le ministre de l’économie Bruno Le Maire rappelle à l’Assemblée nationale les « piliers de la sagesse financière », parmi lesquelles la croissance et la baisse de la dépense publique. La réforme de l’assurance-chômage est bien actée en mars 2021. Les revendications des personnels hospitaliers en termes de budget, d’effectifs, de lits et de rémunérations restent pour leur part sans réponse malgré l’organisation d’un « Ségur de la santé ».


Les mesures qui caractérisent l’ori