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Maroc - Budget exploratoire 2023 : Entre état des lieux et perspectives


Le Haut-Commissariat au Plan a préparé le budget exploratoire 2023 du royaume, où il est fait état de la situation économique nationale lors de l'exercice 2022 et des perspectives 2023. Cette analyse, qui est une action récurrente du HCP, entend livrer des données fiables et recoupées selon un ensemble d'indicateurs à la fois conjoncturels et structurels. Ce qui permet de mettre entre les mains des analystes/chercheurs et des institutionnels (publics et privés, nationaux et internationaux) en sciences économiques un matériau de haute rigueur scientifique. Compte-tenu de l'intérêt que revêt ce document, qui constitue un travail de longue haleine, FOCUS le publie en deux grandes parties. Cette subdivision est purement technique et d'ordre pratique.


Préambule

Le Haut-Commissariat au Plan élabore le budget économique exploratoire 2023 qui présente une révision de la croissance économique nationale en 2022, ainsi que les perspectives pour l’année 2023. Ce budget est de nature à permettre au gouvernement et aux décideurs de prendre conscience de l'évolution économique prévue en 2023. Il constituera, ainsi, un cadre de référence pour la fixation d'objectifs économiques appuyés par d’éventuelles mesures à mettre en œuvre notamment, dans le cadre de la Loi de Finances 2023.


L’élaboration de ce budget économique tient compte des agrégats provisoires arrêtés par la comptabilité nationale pour l’année 2021 à base 2014 et des résultats des enquêtes trimestrielles et des travaux de suivi et d’analyse de conjoncture menés par le Haut-Commissariat au Plan durant le premier semestre de l’année 2022. Ces prévisions sont, également, sous-tendues par un ensemble d'hypothèses relatives à l'évolution des facteurs exogènes régissant l'économie marocaine, aussi bien sur le plan national qu'international.


Les prévisions pour l’année 2023 sont basées sur l’hypothèse d’une production céréalière moyenne durant la campagne agricole 2022/2023 et la reconduction de la politique budgétaire en vigueur en 2022.


Partie I

Croissance économique nationale en 2022 : Net ralentissement


1 - Etat des lieux


L’économie nationale, affaiblie par la crise sanitaire et pâtissant d’un secteur agricole en berne, devrait subir en 2022 les effets de cet environnement mondial défavorable via notamment la décélération de la demande extérieure et la montée de l’inflation. La hausse générale des prix devrait affecter nettement l’offre et la demande, ce qui devrait peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur le budget de l’Etat. Ainsi, les prévisions établies dans le cadre du budget économique prévisionnel du janvier dernier, devraient être revues à la baisse.

Faible production céréalière compensée légèrement par les bonnes performances des cultures printanières


Le secteur agricole devrait peser négativement sur l’activité économique suite à la sécheresse subie durant la campagne agricole 2021-2022, induisant ainsi une baisse significative de la production des céréales. Cependant, le niveau des précipitations enregistré aux mois de mars et avril, a contribué à l’atténuation de la baisse de la production céréalière. Celle-ci est stimmée à 32MQx, en recul de 69% par rapport à la campagne précédente.

Ces pluies tardives devraient également être bénéfiques aux cultures printanières et aux activités de l’élevage. Celles-ci devraient bénéficier de l’amélioration du couvert végétal et du plan d’urgence mis en place pour soutenir les éleveurs face à la sécheresse et à la hausse des prix des aliments du bétail. Ainsi, la valeur ajoutée agricole devrait marquer un repli de l’ordre de 14,6% en 2022 après une hausse remarquable de 17,8% en 2021.

Compte tenu d’une évolution de 2,9% de l’activité de la pêche maritime, en nette décélération par rapport à 12,7% enregistré en 2021, le secteur primaire devrait ainsi, enregistrer une forte baisse de l’ordre de 13,5% après un fort rebond de 17,6% en 2021.

Secteur non agricole freiné par la décélération des activités secondaires


Les activités non agricoles devraient être impactées par le ralentissement prévu des activités secondaires, suite à la décélération de la demande extérieure, et aux répercussions de la flambée des cours des produits de base importés en particulier ceux des produits énergétiques. En effet, les activités du secteur secondaire devraient dégager une valeur ajoutée en nette décélération, avec un rythme d’accroissement de 1,5% seulement au lieu de 6,8% en 2021. Cette évolution s’explique par la contreperformance des activités des industries de transformation, qui devraient ralentir à 1,1% en 2022, suite notamment à la baisse des industries chimiques et à la nette décélération du secteur de l’automobile. Par ailleurs, l’activité du secteur minier devrait afficher une croissance timide en 2022 de l’ordre de 0,5%, sous l’effet de l’amélioration prévue de la production du phosphate roche durant le deuxième semestre de l’année en cours.


Le secteur du BTP devrait, de son côté, connaître un fort ralentissement de son activité à 1,3% en 2022, en raison de la faible dynamique de l’offre et de la demande des biens immobiliers et de l’absence de nouvelles mesures fiscales incitatives. Le renchérissement exceptionnel des prix des matériaux de construction devrait démotiver les promoteurs immobiliers en limitant leurs marges bénéficiaires, au moment où la demande en logement devrait être affectée par l’affaiblissement du pouvoir d’achat. Toutefois, les projets d’infrastructure mis en œuvre par l’Etat devraient compenser en partie le tassement de l’activité du bâtiment.


Néanmoins, les activités tertiaires devraient compenser en partie le net ralentissement des activités secondaires et contribuer positivement à la croissance des activités non agricoles. Le redressement des services marchands, en particulier ceux du transport et des activités touristiques devraient profiter de la réouverture des frontières et de la levée des restrictions des déplacements suite à l’amélioration de la situation sanitaire. De leur côté, les services non marchands devraient poursuivre leur tendance haussière en 2022 affichant une croissance de 4,7%, suite à la hausse des dépenses de la masse salariale.


Au total, l’activité économique nationale devrait enregistrer une valeur ajoutée globale en hausse de 1,2% en 2022 au lieu de 7,8% en 2021. Tenant compte d’une progression de 2,2% des impôts et taxes sur les produits nets de subventions, la croissance économique nationale devrait afficher un net ralentissement de 1,3% par rapport à 7,9% enregistrée en 2021. L’inflation, exprimée par l’indice implicite du PIB, devrait connaitre une hausse de près de 4,9% après 3,2% en 2021 et 0,1% en 2020.

Dans ces conditions, le marché du travail serait marqué par une baisse du taux d’activité de 0,9% après une hausse de 1,1% en 2021. Ainsi, et tenant compte d’une baisse prévisible de la création nette d’emploi, le taux de chômage au niveau national devrait connaitre une quasi-stagnation à 12,2% en 2022.

Baisse du pouvoir d’achat et décélération de la consommation des ménages