Formes biologiques sauvages

FOCUS
L 'info autrement...

Maroc : Droite toute !

Dernière mise à jour : 14 juil.

Le Rassemblement National des Indépendants (RNI) a opté pour la solution de facilité : une majorité bétonnée arithmétiquement. Mais le politique ne peut se résumer à une affaire de chiffres, c’est l’évidence. Certes, en choisissant le Parti Authenticité et Modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI) comme partenaires à un mandat qu’il voudrait quinquennal, le parti majoritaire aux législatives du 8 septembre 2021 s’assure une stabilité votative, du moins en apparence. Car, il faudra le répéter ici, gouverner au coude-à-coude avec le Secrétaire Général du Parti Authenticité et Modernité ne sera pas de tout repos pour le Président du RNI, l’avenir proche nous le montrera.



Par Najib BENSBIA - Cette configuration a, néanmoins, l’avantage de la clarté, puisque le pays vivra au rythme d’une gouvernance de droite, face à une opposition dominée par la gauche, bien que ce vocable soit utilisé ici avec toutes les précautions d’usage nécessaires en ces temps de confusion des concepts.


Une majorité sans atome-crochu


L’équilibre politique pour un Etat tiraillé entre de nombreux courants d’air aurait voulu que le PAM meuble les allées de l’opposition. Cela aurait eu l’avantage d’exercer une pression politique qualitative sur la majorité et aurait permis aux institutions électives d’être mieux dynamisées. Cette potion arithmétique (RNI+PAM+PI) était la plus probable et s’inscrit dans la logique d’un jeu de pouvoir qui veut s’appesantir (plus que dormir) sur ses lauriers.


Il est cependant clair que le Maroc politique a de tout temps été réticent à se ressourcer de l’adversité, même de façade. Cette configuration à trois partis dominants (au plan électoral s’entend) va dans le même sens, bien qu’au fond, on puisse se réjouir que l’on ait un gouvernement à coalition resserrée, ce qui fait une économie probable de temps et d’énergie. Car, il n’y a pas plus éreintant que de convaincre une pléthore d’alliés à s’unir autour d’un programme commun. On peut donc considérer, il faut le souligner ici tout de même, qu’un gouvernement constitué de trois partis seulement va dans le sens de l’harmonie gouvernementale. Serait-ce le cas avec cette coalition ? Rien n’est moins sûr car, bien que les trois formations de la nouvelle majorité partagent une certaine vision du politique – le libéralisme à la marocaine – il y a trop d’inconnues qui émargent ici et là au sein de cette majorité.


Approchons ces inconnues au niveau de chaque parti politique pris isolément.


Le RNI d’abord, cela est une lapalissade, est l’enfant du système. Il a été créé, formaté et a évolué sous la bannière de l’obédience inébranlable aux valeurs partagées au sommet de l’Etat. Il ne peut donc faire sienne l’approche d’un Maroc critique, qui chercherait à faire évoluer les institutions vers une appropriation sociale (pour ne pas dire populaire) des leviers du pouvoir. Il sera le bon élève du système de dominance tel qu’il a été théorisé lors des années 1960 du temps marocain. Cela ne veut pas dire que le RNI dirigé par M. Akhannouch est la copie conforme de celui créé par M. Osman en 1977. Mais les deux restent des proches/intimes du système de dominance de dernière instance. Le Rassemblement actuel a certes beaucoup évolué, et l’on peut supposer qu’il a changé sous la pression des évolutions qu’a connues le pays depuis 2011 à la faveur du printemps arabe. Or, ce changement est plus dans le détail que sur le fond. Celui-ci ne peut que rester fidèle à ce pourquoi il a été créé, bien que la politisation de sa pratique l’ait obligé à épouser un discours plus adapté à la conjoncture sociopolitique dominante dans le pays. Donc aucune rupture à attendre de son côté.


Le PAM ensuite, création artificielle concoctée par le conseiller du roi le plus proche (M. El Himma), a vogué au gré des directions qui l’ont plus ou moins ramené vers un chemin moins révérenciel que lors de ses débuts. Mais il reste ‘’insaisissable’’ quant-à sa véritable identité : Parti pro-pouvoir ? Parti libéral ? Parti de centre, mais alors quel centre ? Et l’on peut continuer les interrogations sur sa véritable nomenclature organique sans pour autant arriver à le ‘’caser’’ comme le voudraient la logique, le bon sens et la science politique. Une seule variante permet de le cerner si l’on peut dire : il s’agit d’un groupement d’individualités qui n’ont qu’un seul horizon : se faire sa place là où l’exercice du pouvoir le permet.


Le Parti de l’Istiqlal, enfin, a une histoire ancrée dans le temps national. Des trois formations de l’actuelle majorité, il demeure le seul parti qui a des racines identifiables par elles-mêmes, aussi bien au plan de sa trajectoire politique, qu’à l’échelle des valeurs premières qui en ont fait un parti de masse. Or, comme tout le parterre partisan marocain, il a subi la fourche du temps et s’est perdu en chemin. Il n’est plus ce parti national au sens étymologique, mais il n’a pu, non plus, se frayer une destination claire quant-à sa philosophie du pouvoir et de la gouvernance éclairée à laquelle la majorité des Marocains aspirent. L’usure de la longue durée (il a fait partie de tous les gouvernements qui comptent) lui a fait perdre ses repères originaires, ce qui en fait un parti comme un autre aujourd’hui.


C’est cette coalition qui va gouverner le Maroc post-Covid (cela est l’espoir) et qui devrait permettre – pure hypothèse d’interpellation – au pays de sortir des lenteurs et autres vicissitudes qui taraudent sa destinée.


Des défis majeurs pour un gouvernement unicolore


Est-ce envisageable à terme et à court terme ? – Pour répondre le plus correctement possible à cette interrogation, il serait plus adéquat de recenser, même brièvement, les défis qui attendent le gouvernement en instance de formation.


Il s’agit pour le moins de libérer la citoyenne et le citoyen des pesanteurs qui handicapent leur émancipation sur un bon nombre de dossiers dont : la croissance économique sur des bases saines, l’emploi à plein régime, la lutte contre la pauvreté et la précarité aujourd’hui prégnantes, la réforme du système d’éducation, la lutte contre les inégalités régionales, locales et interprofessionnelles, la réduction (sinon l’élimination) de toutes les formes de discrimination auxquelles sont confrontées la fille et la femme marocaines, la mise en valeur et la mise à niveau du système de santé publique, la refonte des orientations stratégiques commandant aux choix structurels de l’économie nationale, la réforme de l’Administration pour en faire un outil de développement et non une machine à broyer l’intelligence… et, surtout, reconstruire tout ce qui a été défait sous la gouvernance pjdiste (du nom commun PJD).


Enormes défis pour un gouvernement qui n’a qu’une seule orientation : gouverner pour gouverner. C’est du moins l’impression qui ressort du choix des partis politiques que les urnes ont classés premiers de toute une armada d’acteurs dans lesquels ne se reconnait vraiment pas le Marocain-commun des mortels.


A côté de tout ceci, il est une donnée objective qui s’impose face à cette nouvelle majorité : la guéguerre sera dure entre un gouvernement de droite toute et une opposition dont l’aile gauche aspire à se retrouver dans ce qui a fait son identité originelle : devenir le porte-parole de tous les démunis de ce bon pays que nous aimons !


Espérons tout de même que nous n’assisterons pas, une fois encore, à un jeu de dupes dont le Maroc en devenir sera l’éternelle victime.