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Pourquoi refuse-t-on de se faire vacciner ?

Les premières études sur les motivations des antivaccins commencent à pointer. Elles ont essayé de catégoriser les ‘’antivax’’ selon trois grands indicateurs ''profils, raisons et craintes’’. Alors que le virus devient plus contagieux et tend à se perpétuer dans l’environnement humain, la tendance à la non-vaccination ne semble pas décroitre, ce qui a fait dire à certains politiques que les antivaccins font courir un grand risque à tout le pays. Par-delà cette assertion cavalière, il est utile de comprendre ce qui motive l’élan de l’anti-vaccination. En effet, le refus de se faire vacciner tient à la fois aux craintes des effets secondaires, à de la défiance vis-à-vis des autorités, voire à la simple peur de la piqure… Les raisons de la non-vaccination sont nombreuses et certaines puisent dans des sources antérieures au vaccin lui-même.(*)


Par Dominique Crié I The Conversation


Aujourd’hui, pour un taux de vaccination global de 79,5 en Europe, près de 4,7 millions de personnes de plus de 12 ans refusent de se faire vacciner, soit un peu moins de 9 % de la population vaccinés (données du 4 janvier 2022), dont environ deux tiers de réfractaires. Au 13 janvier, cette population de non-vaccinés se décline comme suit : 11,8 % des plus de 80 ans ; 1,2 % des 75-79 ans ; 4,44 % des 65-74 ans ; 6,12 % des 50-64 ans ; 8,61 % (soit 854 860 personnes) des 30-49 ans ; 4,45 % (505 000) des 18-29 ans et 17,16 % des 12-17 ans.


Pour comprendre cette situation, nous mobilisons le concept d’hésitation vaccinale. Il convient d’écarter pour une part les plus de 80 ans dont 11,8 % (503 000 personnes sur un peu plus de 4 millions) n’ont toujours pas reçu la double injection mais pour des freins en termes d’information, de compréhension des enjeux, de mobilité ou encore de contre-indications.


Les facteurs de l’hésitation vaccinale


En 2019, l’OMS classait ce phénomène parmi les 10 plus grandes menaces pour la santé mondiale. L’hésitation vaccinale se manifeste comme un refus plus ou moins poussé du vaccin – de tout vaccin en général ou de certains seulement, comme les nouveaux vaccins à ARNm (de type Pfizer ou Moderna).


Une étude McKinsey (cabinet de conseil stratégique international qui réalise des études sectorielles) de septembre 2021 estimait qu’environ 80 millions d’Américains des États-Unis (sur 329 millions) seraient encore à vacciner. Elle se basait sur son analyse d’un échantillon (2125 personnes) représentatif de la population étasunienne globale, où elle a identifié un noyau de 14 % « d’adopteurs improbables », 8 % de « prudents » qui doivent gagner en confiance et 7 % « d’intéressés » qui se renseignent pour se faire vacciner – soit 29 % au total.


En France, sur un échantillon de 929 Français, Bénavent et Happydemics isolaient en juillet 2021 un noyau de complotisme de 21 % d’individus manifestant une résistance variable à la vaccination : 11 % préférant attendre, 6 % de réfractaires convaincus et 4 % déclarant qu’ils s’y soumettront uniquement par obligation.


Une synthèse de 15 études montre qu’une large variété de facteurs influenceraient l’hésitation vaccinale : l’ethnicité, le statut d’actif ou non, les croyances personnelles, la religiosité, la tendance politique (partis extrêmes, populisme et abstentionnisme), le genre, le niveau d’éducation, l’âge, le niveau de revenus, la perception du risque infectieux, le manque de confiance dans les autorités sanitaires, la science, la médecine et les informations ou encore les doutes sur le vaccin.


Les raisons de l’hésitation


Un premier ensemble de raisons possiblement rationnelles se détache : le libre choix, les potentiels effets secondaires et maladies que déclencherait la vaccination, la non-efficacité des vaccins proposés ou encore la possibilité de transmettre le virus malgré l’injection ce qui la rendrait inutile (sachant que l’objectif premier d’un vaccin est davantage d’éviter de développer une forme grave de la maladie considérée, comme pour le Covid, ndlr).


D’autres logiques sont également invoquées comme le refus des vaccins en général, les doutes sur les sérums (fraction liquide du sang contenant notamment les anticorps et souvent confondu avec les vaccins, ndlr) et leur procédure d’accréditation, sur leur utilité contre une pathologie considérée comme surtout bénigne, leur provenance et mode d’action, la certitude d’être déjà immunisé… Existent aussi des raisons associées à l’acte d’injection comme la peur de la douleur, des piqûres, d’une injection incorrecte ou de contracter des infections.


En revanche, une variable ressort clairement : le jugement de confiance envers les institutions comme les politiques pour sortir de la crise. Ce rejet était manifeste avant le vaccin.


L’étude que nous réalisons sur des données recueillies au début du premier confinement (avril 2020) met déjà en évidence des réfractaires aux préconisations gouvernementales : Les « antivax » ne sont donc pas tous nés avec l’apparition des vaccins. Ceci montre une résistance puisant à des sources d’origines plus profondes, plus sociales.


La cause « vaccin » est ici une raison annexe plus avouable qu'un individualisme social, une résistance au système, très consubstantielles à la notion de libertés individuelles.


Une perméabilité des discours


Si genre, niveau d’études, revenu ou lieu de vie jouent peu, à l’inverse politisation et sensibilité aux contenus « antisystèmes » semblent rendre plus perméables aux discours « vaccino-sceptique » ou « anti-passe ».


L’hésitation vaccinale est alors un processus social complexe et dynamique qui se nourrit de multiples réseaux d’influence, de sens et de logique. Les opinions et les pratiques des individus en matière de vaccination s’analysent comme un processus continu qui évolue selon les contextes personnels et sociaux.