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Quel Etat et pour quelle société sous le capitalisme défaillant ?

Dernière mise à jour : 16 juil.

Le monde traverse depuis 2020 sa première véritable croisière qui augurerait, pour les plus optimistes d’entre nous, une chaîne de nouvelles valeurs ou, du moins, la voie vers des valeurs renouvelées, fermentant ainsi l’ouverture d’un nouvel Univers. Est-ce toujours un agenda envisageable, après deux années de ruptures, autant qualitatives que quantitatives, avec ce que l’on a vécu avant ? La question est ici d’ordre à la fois politique et culturel. Car, la nouvelle vague (pas au sens virussien mais de pratiques institutionnelles, normatives, économiques et sociales) qui a défloré notre conscient collectif, de part en part, a mis en branle les relations internationales tout autant que les rapports de la société humaine dans sa transposition en sociétés nationales éparses mais unies par un destin commun, celui de la surexistence naturelle.



Par Najib BENSBIA - En ces temps incertains en effet, l’apocalypse n’est-elle pas dans la mise en scène d’un Hollywood miniature, propulsant la Communauté des Hommes face à ce qu’elle déteste, détestait jusqu’à fin janvier 2020 en tout cas : l’Etat et ses cercles centrifuges, les appareils d’Etat comme dirait un marxien.


La crise que vit aujourd’hui l’Humanité, à l’échelle nationale et mondiale, a remis à l’ordre du jour ce qui semblait avoir été légué au passé irréversible : le retour de l’Etat autoritaire. L’absence de référents idéologiques antagoniques, tels que ceux qui animaient les relations internationales du temps de la guerre froide, a permis au capital financier universalisé de gérer insidieusement les tensions qui s’articulent entre les Etats d’une part. D’autre part, cette absence pacifiquement conflictuelle est manifeste entre les composantes de la société globale au travers de la vision néolibérale imposant au monde sa domination transversale, celle qui a mis en marge, sinon laminé, les notions de souveraineté et de frontière nationales. Ce qui a désarticulé l’ensemble des valeurs qui ce qui ne cadrent pas avec sa matrice conquérante, la circulation de la monnaie sans frontières, bien que là aussi, le coronavirus a déstructuré, momentanément peut être mais à coup sûr, les approches capitalistiques pures de la gouvernance à l’échelle mondiale.


La fin d’un phénomène et la renaissance d’un autre…

La conquête capitalistique du monde, rappelons-le pour la simple narration, s’est nourrie de la disparition du socialisme au début des années 2000, ce qui a vite fait d’être appréhendé comme la fin de la lutte entre les deux devenirs humains concurrentiels (capitalisme/communisme) et justifié, du coup, tous les errements du 20è siècle clos sous le signe de l’intolérance. Cette reconquête du temps et de l’espace humains par le capitalisme s’est prématurément satisfaite de la ‘’mort’’ du marxisme. Ce qui lui a fait croire à une pérennité idéologique inconcurrencée. Cet état de fait n’a-t-il pas signé, même provisoirement, pour l’idéologie capitaliste nihiliste la fin de l’histoire qui a vu, et a contrario, dans la ‘’démocratie capitaliste’’ un mélange conceptuel qui devrait transcender l’ensemble des relations sociales ?

La traversée conquérante du capital financier à l’échelle planétaire, depuis que l’antagonisme international n’est plus activé en confrontation bipolaire mais en transgression multinationale, a fait l’apologie de la disparition des frontières, sous le feu conjugué du capital et du pouvoir, son ultime finalité. En filigranes, cette conquête a - avait en fait - comme ambition planifiée de ‘’supprimer la souveraineté nationale, détruire le pouvoir de l’État, afin de rayer de la carte la nation, (…) obtenir ainsi (un monde éclaté), qui fonctionne comme le premier rouage d’une machine qui entend produire à terme un État universel avec un gouvernement planétaire qui économiserait les peuples et imposerait, sur le principe saint-simonien, un gouvernement dit “de techniciens”(*) qui serait en fait celui du capitalisme planétaire. Malgré le fait que cet aveu ait été véhiculé par des portes-voix de la droite, cela traduit une réalité de plus en plus évidente aujourd’hui mais remise en cause par le retour à l’Etat national-chauvin un peu partout en Europe et est une menace réelle aux USA.

La fin de l’histoire ne s’articulerait-elle pas, par conséquent, en l’affirmation que la ‘’démocratie libérale’’, encadrée qu’elle est jusqu’au milieu de janvier 2020, par le capitalisme apologisé comme étant la forme politique ‘’naturelle’’, autrement-dit accomplie, le point de non-retour de toute lutte politique (à l’échelle nationale et internationale). Pourquoi ? Parce que, pour les chantres du capital financier, la démocratie du libre-échange est le système politique qui satisfasse le mieux les aspirations des individus par la reconnaissance de leurs droits à régler directement leurs affaires collectives et en leur donnant le maximum de liberté pour réaliser leurs propres objectifs à l’échelle humaine !

Belle escroquerie, n’est-ce pas ! Mais n’y-avons-nous pas cru, nous tous larbins des théories démocratiques apprises au rythme de cours universitaires effrénés sur la démocratie et ses vertus ? Qui n’a pas, au détour d’un amphi, lu/appris que l’égalité est le principe organisateur de la démocratie, celle-ci étant le régime de la pluralité des idées et des choix de société, les humains étant différents entre eux, parce qu’ils ont des identités, des histoires, des désirs et des points de vue différents que le capitalisme unifierait en une seule prédestination, le progrès et le bien-être pour tous !

L’Etat, un acteur social ?

La pandémie actuelle, qui traverse aujourd’hui de part en part les Etats et les nations, a remis cette triple perception (dominance capitaliste/financière, défloraison des frontières nationales et compromission du pouvoir politique) en congélation intermédiaire, l’Etat central, centralisateur. Celui-ci se redécouvrirait ses vertus d’antan : protecteur sociétal, ordonnateur de sécurité et de sûreté citoyennes, punisseur des débordements, régulateur économique impératif, vaillant gardien de la frontière nationale, pourvoyeur de garanties (toutes les garanties), temple direct de la santé publique et, par-dessus tout, donneur d’ordres de première et de dernière instances.

Ce retour par inadvertance, imposé par/grâce (à) une situation mortifère de crise à l’échelle mondiale, est approché, comme par projection inéluctable, un peu partout où l’intelligence a encore son mot à dire sur la faillite, certes non-programmée mais évidente, de l’idéologie capitaliste telle qu’elle est véhiculée depuis la fin des années 1990, conjuguée désormais à la remise en cause flagrante de l’Etat transnational. Cette faillite remettrait à l’ordre du jour quasi-généralisé la conception, la nature et le rôle de l’Etat comme force centrifuge vers laquelle se tourne la société, surtout en cas de menace sur son être et son organicité tel qu’on le constate aujourd’hui. Cette appréhension revisitée du rôle et de la mission de l’Etat national présuppose même que rien ne serait plus comme avant ! D’aucuns vont jusqu’à prédire que l’Etat transnational, dans son format capitaliste dominant, est voué à la disparition à terme, du moins dans son cadrage hégémonique comme il a été vécu jusqu’à la vielle de l’attaque ‘’coronarienne’’.

La crise sanitaire mondiale actuelle a, ainsi, non seulement désossée la vision capitalistique mondialisée de l’économique. Elle a par la même occasion remis au goût de la société son besoin de protection, d’encadrement et d’ordonnancement de directives imposables par le seul appel à la solidarité et à la survie de la nation citoyenne en une seule frontière. Cet appel couve les individus-citoyens dans un territoire circonscris dans/par les limites géographiques d’un pays, et d’un seul pays à la fois. Ce retour de manivelle est justifié par le fait que l’abandon de la souveraineté nationale se soit soldé, sous l’effet surprise ‘’coronarien’’, par la ‘’défaillance de la «gouvernance», comme mode d’action partenarial plus ou moins privatisé, et le retour en force de l’État, de ses ordonnances et de l’action unilatérale ; enfin à travers la réapparition des frontières nationales’’.


Vers un nouveau modèle de société ou le rappel de l’Etat à tout faire ?


La société des nations, qui est frontalement attaquée dans ce qui fait, ce qui faisait ses différences statutaires, sa stratification sociale, ses accointances/référents communs, selon que l’on soit de ce côté-ci ou l’autre côté de l’argent et de la richesse, s’est vite découvert les vertus de la solidarité, stigmatisant en cela l’infamie de la manipulation frauduleuse et gargantuesque de l’appropriation privée des biens et services à l’échelle de la planète. Et, en ce sens, elle se tourne, comme par réflexe naturel, vers d’autres sentiments, d’autres comportements, ceux valorisant/favorisant la solidarité, l’apathie, le soutien, l’appel à l’Etat protecteur…, toutes valeurs que le capital financier conquérant ne saurait accepter, tolérer, faire siennes. Et c’est en cela justement que les augures d’un monde nouveau, celui qui serait instamment bâti sur des valeurs revigorées, chantent la disparition d’un monde et la naissance annoncée d’un autre.