Formes biologiques sauvages

FOCUS
L 'info autrement...

Royaume Uni : il s’en va mais il reste …


''C'est presque fini'', souffle The Guardian, soulagé, vendredi 8 juillet. Presque. Car, au lendemain de sa démission de la tête du parti conservateur britannique, Boris Johnson occupe toujours le 10, Downing Street. “Le Premier ministre s’en va, mais il reste”, ironise le quotidien gratuit ‘’Metro’’.

Par Sasha Mitchell I Courrier International


Les appels à son départ immédiat n’y font rien : Johnson compte poursuivre sa mission à la tête du pays jusqu’à la désignation de son successeur dans les rangs des torys (au Royaume-Uni, c’est le chef de la majorité qui prend les rênes du gouvernement). Un processus fastidieux qui dure plusieurs semaines, composé d’un premier écrémage par les députés puis du choix final des militants. “Il faut accélérer le calendrier, s’agace The Times. D’anciens Premiers ministres, comme David Cameron et Theresa May, tous deux démissionnaires, étaient dignes de confiance pour assurer la transition. Boris Johnson, lui, est tombé en disgrâce, rejeté par son propre camp politique pour ses mensonges et sa malhonnêteté.”

Aucun favori clair


Seulement voilà : si au moment de son arrivée au pouvoir, en juillet 2019, “Boris Johnson faisait figure de sauveur providentiel”, rappelle The Guardian ; trois ans plus tard aucun leader naturel ne semble se dégager sur les bancs de la majorité. “La compétition s’annonce rude, et il n’y a pas vraiment de favori”, selon les bookmakers, entre l’ambitieux ex-ministre des Finances Rishi Sunak, l’ancien ministre de la Santé Jeremy Hunt et l’actuelle ministre des Affaires étrangères, Liz Truss.


Quel que soit le nom du successeur de Boris Johnson, le Parti conservateur “se trouve à la croisée des chemins”, prévient The Times. Confronté à des choix difficiles :

“Dans quelle mesure doit-il se désolidariser de Boris Johnson ? Quelles prises de position doit-il assumer dans le contexte post-Brexit et post-Covid qui présage la pire crise du coût de la vie depuis 1945 ?”


Merci, Monsieur Brexit


Le futur ex-Premier ministre laisse “indéniablement” le Royaume-Uni “dans une situation extrêmement précaire”, en proie à de “graves problèmes” économiques et sociaux, s’alarme The Economist(*). “Le pays enregistre l’inflation la plus élevée au sein du G7 et les mouvements de grève se multiplient, que ce soit chez les cheminots, chez les avocats ou chez les médecins.” Derrière les scandales à répétition, “qui ont éclipsé au passage ses réussites, comme l’approvisionnement en vaccins anti-Covid et le soutien à l’Ukraine”, se cachaient une “absence totale de vision”, assène le journal économique. Trois ans durant, “c’est la politique fantaisie qui a primé, le gouvernement a promis tout et son contraire” aux Britanniques, “comme d’augmenter la dépense publique tout en réduisant les impôts”.


Une fois ce constat dressé, “les conservateurs doivent collectivement prendre leur part de ce bazar, estime The Daily Telegraph, ancien employeur de Boris Johnson. Ils aiment le pouvoir et ont tendance à suivre quiconque le leur apportera.”


Dans ces limbes où l’ancien Premier ministre s’éclipse et le nouveau tarde à apparaître, les questions existentielles peuvent attendre, balaie de son côté The Sun. Le tabloïd conservateur et eurosceptique préfère, pour l’heure, rendre hommage à Monsieur Brexit. “Cet appel révolutionnaire à l’indépendance, lancé par 17,4 millions de personnes, a déclenché le plus grand changement de cap national en plusieurs décennies, applaudit le quotidien londonien. Son immense potentiel est loin d’être pleinement concrétisé, mais, sans Boris, rien de tout ça ne serait arrivé.” Sur ce point au moins, tout le monde, outre-Manche, peut sans doute s’accorder.


-----

(*) " Boris Johnson’s government has collapsed at last. For months Britain’s prime minister wriggled out of one scandal after another. Now, irretrievably rejected by his own mps, he has accepted that his premiership is over. He has asked to stay until the autumn, but he should go immediately " - The Economist du 7 juin 2022.

Photo 1 : L'Entrepreneur

Photo 2 : The Sun, 8 juin 2022., reproduite par Courrier International et recadrée par FOCUS.

Posts récents

Voir tout