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Séquelles de guerre : L’Arabe en défaite terminale ?

Dernière mise à jour : 16 juil.

La guerre que mène la Russie à l'Ukraine constitue l'une des alertes qui démontrent que des États qui se sentent supérieurs aux autres commettent des injustices inqualifiables et difficilement réparables. Ce fut le cas de l'agression criminelle commise par les USA contre l'Irak. Les dégâts provoqués par ce genre de guerres sont multidimensionnels et laissent des traces indélébiles qui ne s'effacent jamais. L'agression caractérielle commise par la famille Bush contre la nation et le territoire irakiens est à tous ordres haineuse et démonstrative.



Par Najib BENSBIA I Ecrit le 20-10-2003, mis à jour le 19-04-2022


L'Arabe de par le monde porte encore l'impact déconstructeur de cette guerre. Il est donc de bonne conscience de rappeler l’infamie d’une guerre tout autant mensongère dans ses justifications que criminelle de par sa portée et ses retombées. Car, si aujourd’hui Vladimir Poutine est susceptible de poursuites pénales pour crime contre l’Humanité, les Bush, père et fils, devraient y être également assujettis.


Il est aujourd’hui une évidence accablante en effet : la guerre contre l’Irak a eu un impact dévastateur sur la psychologie de l’Etre arabe, qui s’en est trouvé blessé dans son âme tout autant que dans son corps par le fait de la guerre totale que lui ont menée les Bush père et fils. Et, dans ce malaise, c’est toute l’identité arabe qui a vacillé entre l’insensé et l’absurde, pour finalement se ‘’complaire’’ dans la défaite terminale et permanente.


La faillite collective


Nous sommes tous responsables, à des degrés divers mais convergeant, au même confluent identitaire, face à ce qui s’est passé en Irak. Voilà un peuple – les Irakiens - qui a vécu au rythme de la crise de sa démocratie depuis que le parti Baâth s’est autoproclamé gouvernant de l’Etat et de la société, au point qu’un dictateur comme Saddam Hussein ait servi d’alibi pour que l’on détruise tout un pays, dévaste ses signes identifiants et mette à terre tout un peuple. L’objectif sous-jacent de la destruction de l’Irak était en fait motivé par le danger qu’a constitué en son temps cet Etat baâthien face à la volonté de puissance américaine.


Par ailleurs, ceci expliquant cela, Américains et Européens avaient compris, au lendemain de la guerre israélo-arabe de 1973 et la fin de la guerre irako-iranienne, que l’ambition et la volonté de Saddam Hussein d’avoir un Etat fort et autonome en tout constituerait une menace permanente à la fois pour Israël en tant que puissance moyen-orientale, que contre l’équilibre régional et, donc, un obstacle au contrôle des richesses pétrolières moyen-orientales par l’Occident. Il a donc fallu détruire l’Irak, dans son entité intrinsèque comme à travers ce qu’il représente pour le conscient collectif arabe et musulman.


En fait, dès 1990/91, les Arabe ont su que leur sort ne peut - ne pouvait - être que celui des vaincus. Dans leur rôle international, tout autant que dans la maîtrise de leur devenir. Car, en définitive, que signifie aujourd’hui être Arabe dans un monde conduit par la force, mais également et surtout par la puissance exponentielle que procure la domestication des leviers génériques des technologies de progrès et d’émancipation ?


Dans sa vie de tous les jours, l’être arabe (entendre tous ceux qui vivent en terre arabe) est soumis à une pression plurielle. Il vit d’abord l’engrenage des choix (critiquables, voire condamnables) politiques et sociaux de son Etat. Celui-ci, on le sait, a failli là où l’Occident a émerveillé autrui. Il est, ensuite, piégé par son identité qui en fait un individu sans vrais droits, tant est atrophiée son envie d’être citoyen à part entière, parmi sa société et dans son Etat là encore. Cet être arabe est, enfin, quantité négligeable dans les choix décisionnels de dernière instance des gouvernants qui façonnent son mode de vie. Les ingrédients premiers objectivant la psychologie zéro de l’Arabe sont donc là, enfouis dans le terroir de son appartenance national-identitaire. L’Arabe, né dans un système politique qui lui dénie tout, et surtout l’ambition de revendiquer sa totale liberté, comprend qu’il puisse finalement être la cible toute trouvée à l’insu de laquelle s’expriment toutes les volontés de puissance qui sèment la pagaille dans le monde d’aujourd’hui.


L’Arabe en dislocation terminale


Quelle sensation alors cet Arabe peut-il vivre lorsque, de l’extérieur de ce qui fait son environnement délinquant, l’étranger lui signifie son inutilité existentielle dans l’absolu humain ? Car, la guerre menée par Américains et Anglais à l’Irak n’avait qu’un seul sens : liquider, au sens matériel du terme, l’Irakien, tout l’Irakien, sans ressentiment quelconque ! L’Arabe, parce qu’il est forcément Irakien dans son être, ne peut que vivre la même apathie face à la destruction systématique qui anime la volonté américaine. Il est alors évident qu’en tuant l’Irakien, l’Américain a tué l’Arabe dans la foulée. La psychologie degré zéro est dans cette ostentation à dire à l’Arabe sa taille mortifiée d’être à utilité nulle.


La leçon - si tant est aujourd’hui légitime de parler de leçon face au crime contre l’humanité dont a été coupable l’Américano-Anglais - consiste en cette latitude humiliante à harceler notre conscient collectif. L’indigence arabe, il faut désormais se le dire sans ambages, est plus dans l’incapacité de notre corps à faire harmonie avec notre esprit, la blessure du nom propre, notre nom propre collectif, n’étant plus que caprice épistolaire face à ce qui fait la négation absolue dans laquelle nous a jetés le yankee, sous le regard timidement apitoyé de l’Européen. Et, en cela, la liquidation identitaire qui nous implose à la figure sous les feux américano-anglais interpelle notre temps/mémoire passé à essayer de forcer nos gouvernants à faire comme ailleurs, c’est-à-dire à tout simplement reconnaître notre part de responsabilité dans ce qui engage notre destin. A cet égard, il est notoire que ce qui s’est passé en terre irakienne a signé définitivement la faillite collective arabe, en tous les cas dans l’état actuel des relations internationales ! Il est, en effet, acquis que la destruction de l’Irak nous a plongés dans le chaos psychologique, sociologique et politique.


Que suggère, finalement et pratiquement, pour les arabo-musulmans que nous sommes, la guerre totale qu’ont imposé les Américains au monde via l’Irak ?


En termes de stratégie, nous l’avons déjà écrit par ailleurs, la guerre contre l’Irak fut un moment historique datant la suprématie sans partage des Américains sur le reste du monde. Dans sa mécanique pourtant, cette guerre semble avoir été dirigée essentiellement contre l’Arabe, avant le musulman et le reste.


L’Irak, symbole du projet arabe d’intégration régionale, a payé - et continue de le faire - la facture de sa ‘’ex’’capacité à gérer son corps en parfaite maîtrise des leviers de son développement intégré. Par ailleurs, l’Irak fut le seul État arabe à avoir compris que les ressources naturelles du pays devaient servir la prise en charge intégrale de la destinée nationale, contrairement aux autres pays pétroliers arabes, vaincus qu’ils furent par l’indécence ostentatoire et les signes exhibitionnistes de richesse. On comprend dès lors la perfidie du piège qui fut tendu à l’Irak par l’Occident - tout l’Occident - sans discernement aucun entre Américains et Européens des temps actuels.


Aujourd’hui, il est clair que les Américains ont fait le sale boulot, le criminel boulot, à la place de tous ceux qui en voulaient - qui en veulent toujours - aux Arabes-musulmans. Avec cette nuance dans les ambitions de simple désarticulation européenne et les instincts cowboy des Américains. La différence est donc plus dans le style que par rapport à la finalité. Il ne faut pas se méprendre, en effet, sur les enjeux de puissance qui commandent les relations internationales. L’union Européenne n’est pas plus altruiste que les USA. Tous savent que l’Arabe doit être dominé, sinon par le feu et la tuerie, ce qui fut fait d’une certaine manière, du moins grâce à la différence technologique et culturelle. Cela est un constat primaire, tant est flagrant le fossé s’amplifiant à la folie entre le monde occidentalo-américain et celui arabe, donc, forcément musulman !