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Université, désamour...

Dernière mise à jour : 21 mars



Je n’avais pas l’intention d’aborder si vite le sujet de ce qui se passe(rait) dans certaines de nos universités. Je ne comptais pas le faire, non pas par manque de courage ou d’intérêt, mais parce que je ne voulais pas me précipiter sur une thématique scabreuse et un peu trop attractive, comme beaucoup l’ont fait par voyeurisme avéré ou pour développer de l’audience auprès d’autres voyeurs et voyeuses.



Par Mohamed Laâroussi

10 janvier 2022

Je vais peut-être vous étonner, mais je trouve que ce sujet est un non-sujet dans la mesure où l’on veut nous faire croire que ce serait la première fois que cela arrive dans notre pays.


En effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce phénomène appelé « harcèlement sexuel » n’est pas du tout nouveau, puisqu’on l’a déjà relevé auparavant dans certains établissements scolaires, voire préscolaires, notamment dans certaines écoles coraniques, ainsi que dans d’autres espaces qui se reconnaitront, et dans lesquels le droit de cuissage se trouve parfois intimement lié au droit du travail.


Sauf que cette fois-ci cela se passe – ou se passerait – au sein de l’université, haut lieu s’il en est de la connaissance et du savoir.


Or, ce serait un mensonge grossier et une hypocrisie inqualifiable de dire aujourd’hui que c’est une découverte d’apprendre que des enseignants veuillent passer du bon temps avec certaines de leurs étudiantes, et utilisent le chantage des notes et/ou du passage en classe supérieure comme moyen facile et lâche pour y parvenir. Tout le monde sait, tout le monde savait et tout le monde se taisait.


Personnellement, cela ne m’étonne pas du tout que de tels comportements déviants, très fréquents dans notre société, se retrouvent également dans un lieu censé être protégé par la barrière de l’instruction, et donc de « l’éducation ».


Il serait naïf et candide de penser que le dévergondage, la préversion, la dépravation, l’indécence, la débauche, et plus généralement toutes les attitudes que condamnent la bienséance et la morale, s’arrêteraient au portail de l’Université.

Nous savons tous et toutes que les grandes valeurs éthiques et les grands principes moraux que nous ont inculqués nos parents et nos grands-parents ont tendance à diminuer à vue d’œil, et qu’ils pourraient disparaître de nos sociétés si nous ne prenons pas à bras le corps ce combat que la plupart trouve désuet, voire d’arrière-garde.


C’est pour cela que je ne suis pas étonné d’apprendre que même au sein de l’université, se trouvent des dépravés et des pervers.

Bien sûr que cela est très grave, bien sûr qu’il ne faut pas se taire, et bien sûr qu’il faudrait condamner ces comportements, et condamner ceux qui les pratiquent, ceux qui les soutiennent, et même ceux qui ferment les yeux, alors qu’ils ont la responsabilité de veiller à la bonne marche et à la moralité de leurs établissements.


Cependant, je ne voudrais pas qu’on ne se focalise que sur ces comportements blâmables et inexcusables dont on parle ces derniers jours, car il y en a d’autres aussi répréhensibles, voire plus.


Bien entendu, je reste toujours à l’université. Non, je ne vais ressasser les mêmes constats et les mêmes griefs sur le niveau de plus en plus bas de nos étudiants et étudiantes, et plus particulièrement ceux et celles qui poursuivent leurs études dans des établissements publics dits supérieurs. C’est un autre débat qui mérite plus d’une chronique et plus d’un article. Je vais me limiter à un phénomène devenu tellement coutumier qu’il s’est carrément banalisé. Il s’agit de « la vente des diplômes ».


Je suis sûr que personne d’entre vous n’a sursauté parce que je suis sûr que pas un et pas une d’entre vous n’ignore que le commerce des diplômes bat son plein, du moins – je me dois le préciser – dans certaines facultés et dans certaines villes. Heureusement que ces pratiques scandaleuses ne touchent pas l’Université Marocaine dans son ensemble, mais même s’il n’y avait qu’un seul enseignant ou une seule enseignante qui n’aurait « vendu » qu’un seul diplôme ou facilité son obtention par un moyen ou un autre, ce serait un cas unique de trop.


Or, si j’en crois les nombreux témoignages entendus çà et là, de la bouche de certains professeurs, étudiants, proches et ami(e)s, cette pratique serait très répandue au point que des tarifs communs soient convenus, avec la complicité active aussi bien de certains parents que de grands responsables de l’université.


Ce qui est encore plus aberrant, c’est que ce délit gravissime semble avoir été assimilé comme un fait banal, normal, du fait que ces diplômes « achetés »n’auraient pour seul but que de « monter en grade » dans la fonction publique, et donc bénéficier d’un meilleur salaire. La belle excuse !

Donc, voyez-vous, si le harcèlement sexuel au sein de l’université et ailleurs est hautement incriminable, le commerce des diplômes est autant punissable, ne serait-ce que parce qu’il est et sera forcément préjudiciable pour les générations à venir.


En attendant qu’on décide enfin de donner un bon coup de pied dans cette fourmilière de dégénérés et de crapules, et que la morale et l’éthique ne soient plus des valeurs « has been », je vous souhaite une bonne semaine.


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Photo : Wix photothèque